Près de 15 millions de Français vivent avec une affection longue durée, et jusqu’au 30 septembre leur passage en pharmacie ressemblait à une formalité : tout ce qui touchait à leur maladie était pris en charge à 100 %. Depuis le 1er octobre, 171 boîtes courantes — Spasfon, Gaviscon, Dexeryl — ont changé de régime.

Le Spasfon, 3,16 euros la boîte de 30. Le Gaviscon, 4,23 euros le flacon de 250 ml. Pour un patient en ALD, ces boîtes ne coûtaient rien. Depuis le 1er octobre, la Sécu n’en rembourse plus que 15 %, et personne n’est venu vous prévenir au comptoir.

Comptoir d’une pharmacie en France C’est au moment de passer la carte Vitale que le changement se constate, sans explication particulière.

Pourquoi ces médicaments ne sont-ils plus remboursés à 100 % ?

Tout part du décret n° 2026-285, publié le 16 avril au Journal officiel et entré en vigueur le 1er octobre. Avant lui, un patient en ALD était exonéré du ticket modérateur sur tous les médicaments liés à son affection, y compris ceux dont le service médical rendu (SMR) est jugé faible et qui, pour un assuré ordinaire, ne sont remboursés qu’à 15 %.

La logique des pouvoirs publics, dans les arbitrages de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 : les médicaments à faible intérêt médical n’ont pas vocation à profiter du même niveau de solidarité nationale que les traitements indispensables. L’Assurance maladie affiche l’objectif : dégager environ 90 millions d’euros d’économies par an.

Quels médicaments sont concernés ?

La liste compte 171 spécialités classées en SMR faible. Ce sigle, attribué par la Haute Autorité de santé, note la gravité de la maladie, la place du médicament dans la stratégie thérapeutique et son efficacité face à ses effets secondaires. Un SMR faible ne veut pas dire que le produit est inutile, seulement que son intérêt thérapeutique est jugé limité.

Parmi les plus courants, souvent renouvelés chaque mois sur la même ordonnance :

  • les antispasmodiques : Spasfon, Météospasmyl ;
  • les pansements gastriques : Gaviscon, Maalox ;
  • la dermatologie : Dexeryl et ses génériques, Eryfluid ;
  • les troubles du sommeil : Noctran, zolpidem, zopiclone ;
  • les usages courants : Tanakan, Bétadine, Zovirax, Aciclovir, Valium.

Combien ça va vous coûter ?

Avant, ces boîtes étaient prises en charge à 100 % pour les patients en ALD. Désormais : 15 %, comme pour n’importe quel assuré. Le reste à charge passe de zéro à 85 % du prix.

« Le patient en ALD est désormais aligné sur l’assuré ordinaire pour ces seules boîtes : le reste à charge passe de 0 à 85 % du prix. » — votre-assurance.fr

Le Galvus 50 mg, à 15,69 euros la boîte de 60 comprimés : 13,34 euros restent à votre charge. Le Stilnox 10 mg, boîte de 14 à 2,72 euros, laisse 2,31 euros à payer. Sur une ordonnance renouvelée chaque mois, le cumul annuel peut coûter entre 150 et 300 euros de plus à un consommateur régulier, selon les estimations publiées par le site spécialisé Agentlink.

Votre mutuelle paie-t-elle la différence ?

Le différentiel peut être pris en charge par votre complémentaire santé, mais seulement si votre contrat le prévoit. Or le contrat responsable — environ 96 % des offres souscrites — n’oblige les mutuelles à couvrir le ticket modérateur que pour les médicaments remboursés à 65 %. Pour ceux à 15 %, rien n’est garanti.

Médicaments rangés dans une pharmacie française 171 spécialités concernées : surtout des traitements d’appoint prescrits au long cours, pas le cœur du traitement des maladies chroniques.

Les mutuelles ne sont pas tenues de compenser : vérifiez votre tableau de garanties avant de supposer quoi que ce soit.

Comment vérifier le taux de remboursement de vos boîtes ?

Le ticket Vitale imprimé au dos de votre ordonnance détaille le prix, le taux et le montant remboursé pour chaque ligne. Trois autres moyens de savoir à quoi vous attendre :

  • la base de données publique des médicaments, qui indique le taux pour chaque présentation ;
  • votre pharmacien, qui peut vous le dire avant la délivrance ;
  • vos relevés de remboursement sur le site ameli, ligne par ligne.

Ce qui ne change pas : les traitements essentiels de votre maladie chronique — insuline, antidiabétiques oraux, antihypertenseurs, anticancéreux — restent pris en charge à 100 %. Un patient diabétique continuera de recevoir son insuline sans avance de frais. Ce qui baisse, c’est le petit accompagnement d’à côté, celui qu’on ne regardait jamais vraiment.

Dernier point, pour l’avenir : un autre décret, le n° 2026-811 du 21 août 2026, prévoit de faire tomber le taux des médicaments à SMR faible à 3 à 7 % à partir du 1er janvier 2027. La facture de ces boîtes n’a donc probablement pas fini d’évoluer.