« Cinq fruits et légumes par jour » : en France, tout le monde connaît la formule par cœur. Mais le baromètre nutrition 2026 de Santé publique France, publié le 3 septembre, révèle que seule une personne sur quatre atteint ce repère — et que les jeunes, les hommes et les familles monoparentales décrochent encore plus.

Demandez à n’importe qui dans la rue. « Combien de fruits et légumes faut-il manger par jour ? » La réponse fuse, apprise depuis l’école, martelée depuis 2001 par le Programme national nutrition santé : cinq. Cinq portions, chaque jour. Le slogan a vingt-cinq ans, il est devenu une évidence culturelle. Et pourtant, l’assiette réelle des Français s’en éloigne chaque année un peu plus.

Le baromètre nutrition 2026 de Santé publique France, publié le 3 septembre, tranche le débat. Seule une personne sur quatre atteint le repère des cinq portions quotidiennes. Une personne sur deux est même classée « petite consommatrice » de fruits et légumes.

Une assiette qui décroche des repères

Le détail par famille d’aliments raconte la même histoire. Seuls 22,6 % des adultes respectent les recommandations pour les fruits et légumes, 22,8 % pour les légumes secs, 28 % pour les féculents complets. Moins de trois personnes sur dix mangent donc des céréales complètes au quotidien, et à peine deux sur dix consomment des légumineuses de façon régulière. Les messages sont stables depuis des années ; c’est leur mise en pratique qui patine.

Un sac de courses rempli de légumes frais sur une table de cuisine Un sac de courses bien rempli : la théorie est connue de 87 % des adultes, la pratique par 16 % seulement.

Les jeunes et les foyers modestes décrochent le plus

Le baromètre ne se contente pas d’une moyenne nationale. Il dessine une carte précise des inégalités alimentaires, et elle est cruelle pour certains profils.

Chez les femmes de 18 à 30 ans, seules 11,8 % respectent le repère des cinq fruits et légumes quotidiens. Chez les pères en situation de monoparentalité, 82 % sont classés petits consommateurs. Les foyers modestes et les familles monoparentales dépassent aussi plus souvent le plafond d’un verre de boisson sucrée par jour : plus d’un tiers des hommes de 18 à 30 ans en boit quotidiennement plus d’un verre. D’une manière générale, le non-respect des repères touche davantage les hommes que les femmes.

87 % des Français savent qu’il faut manger plusieurs fruits et légumes par jour. Seuls 16 % le font vraiment.

Tout le monde sait, presque personne ne suit

Ce chiffre de 16 %, il vient d’ailleurs. En mars 2026, le CREDOC publiait les résultats de sa vague 2025 sur les comportements alimentaires : 87 % des adultes connaissent la recommandation des cinq portions, mais seuls 16 % déclarent effectivement en manger plusieurs par jour. Connue par neuf personnes sur dix, suivie par une sur six.

Le fossé entre le savoir et l’assiette n’est donc pas une question d’information : le message est passé. Ce qui coince, c’est le prix des produits frais, le temps de cuisiner et les habitudes prises jeune.

Les légumes secs, les grands oubliés du panier

Parmi tous les repères boudés, celui des légumes secs est peut-être le plus révélateur : deux fois par semaine, recommande le Programme national nutrition santé. Seuls 22,8 % des adultes s’y tiennent, selon le baromètre.

Pourtant, lentilles, pois chiches et haricots secs cochent toutes les cases : riches en fibres et en protéines, peu chers, faciles à stocker. Leur absence des assiettes en dit long sur la distance entre les repères officiels et les menus du quotidien.

Bols de lentilles, pois chiches et haricots secs vus du dessus Lentilles, pois chiches, haricots : les légumes secs restent les grands oubliés, à peine deux adultes sur dix les mangent régulièrement.

Trois réflexes simples pour s’en approcher

Pas besoin de tout changer du jour au lendemain. Les nutritionnistes rappellent que la répartition compte autant que le total : viser trois portions de légumes et deux de fruits par jour offre un apport optimal en fibres, vitamines et antioxydants. Une portion, c’est 80 à 100 grammes, soit à peu près la taille d’un poing.

  • Comptez en portions, pas en plats : une soupe, une salade et un fruit au goûter, et les cinq portions sont presque atteintes.
  • Osez les surgelés et les conserves : ils gardent de bonnes qualités nutritionnelles, coûtent souvent moins cher et évitent le gaspillage.
  • Ressortez les légumes secs : une fois par semaine pour commencer, en salade, en soupe ou en curry, deux fois quand le rythme est pris.

Le baromètre de Santé publique France n’est pas un réquisitoire contre les Français. C’est un miroir tendu à vingt-cinq ans de messages nutritionnels : le pays connaît la leçon par cœur, il lui reste à l’écrire dans son assiette.