Le 8 juillet, autour d’une table du Comité interministériel pour la résilience nationale, l’État a acté l’impensable : répéter un pays entier privé d’électricité. En 2027, ministères, préfectures, RTE et Enedis joueront le pire scénario. Et votre foyer, lui, a une mission : tenir 72 heures tout seul.
« Black-out électrique généralisé » : c’est le nom de code de l’exercice que la France prépare pour 2027. Réuni le 8 juillet 2026, le Comité interministériel pour la résilience nationale a validé l’organisation d’une simulation d’ampleur inédite face à une panne majeure, annonce le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) dans son dossier de presse.
Premier point à clarifier, parce que les titres alarmistes circulent déjà : personne ne viendra couper votre courant. Il s’agit d’une simulation sur table, jouée à huis clos, sans coupure réelle pour les habitants. Autour de la table : plusieurs ministères, les préfectures, RTE et Enedis. Au programme : mesurer le temps de réaction de l’État, le délai de rétablissement du courant, la capacité à garder debout les services vitaux, hôpitaux, transports et télécommunications en tête, et vérifier l’état des stocks stratégiques, des groupes électrogènes aux médicaments.
Madrid, le 28 avril 2025 : la Gran Via pendant le black-out qui a plongé l’Espagne et le Portugal dans le noir en moins de 90 secondes. (Photo : Luis Soto)
Pourquoi l’État organise ça maintenant ?
Le 28 avril 2025, la péninsule ibérique a basculé dans le noir en moins de 90 secondes. Plus de 50 millions de personnes sans électricité : plus de téléphone, plus de paiements par carte, des rues éteintes pendant plus de dix heures à Malaga. Huit mois plus tard, en décembre 2025, le réseau électrique polonais subissait une cyberattaque visant plusieurs centrales, attribuée à la Russie par les instances européennes. Le SGDSN résume la leçon des deux épisodes : ils « démontrent le risque de paralysie de la société ».
La France elle-même a frôlé l’incident. Le 1er avril 2025, près de 9 GW de production renouvelable se sont déconnectés du réseau en quelques minutes, et RTE a dû mobiliser d’importantes réserves pour éviter le pire. Le Premier ministre Sébastien Lecornu justifie la démarche : l’État veut « recentrer les services de secours sur leur mission fondamentale et adapter notre organisation aux crises à venir ».
Est-ce qu’on va vraiment être plongés dans le noir ?
Non. L’exercice reste une répétition, pas une annonce de catastrophe. Les autorités le disent elles-mêmes : il ne signifie pas qu’un effondrement du réseau électrique est attendu à court terme. Mais la machine doit être prête avant, pas pendant.
Une réunion est prévue en novembre pour écrire le scénario, que une source sécuritaire décrit comme « vraiment complexe, à la Netflix » : plusieurs épisodes, des mois de préparation en amont. Selon Le Monde, l’exercice dressera aussi un inventaire, classé secret, « des menaces et des vulnérabilités du réseau », en associant ministères, collectivités et préfectures pour s’entraîner à communiquer avec la population, même en cas de panne des réseaux de téléphonie.
« Les attaques informatiques à l’encontre d’infrastructures électriques récemment en Pologne, comme le black-out électrique en Espagne pour d’autres raisons, démontrent le risque de paralysie de la société. » — SGDSN
Exercice black-out électrique : ce que votre foyer doit préparer
L’exercice teste l’État, pas votre salon. Mais le même dossier de presse rappelle la règle côté particuliers, fixée par le guide « Tous responsables » publié le 20 novembre 2025 : en cas de crise majeure, les 72 premières heures sont souvent les plus éprouvantes, et chaque foyer capable de tenir seul ce délai libère les secours pour les personnes en grande difficulté.
La liste officielle mérite un détour par votre placard :
- 6 litres d’eau en bouteille par personne
- de la nourriture qui se mange sans cuisson, avec un ouvre-boîte
- une radio à piles, avec des piles de rechange, pour suivre les consignes des autorités
- une lampe de poche
- un chargeur de téléphone et une batterie externe déjà chargée
- vos médicaments du quotidien, avec les photocopies des ordonnances dans une pochette étanche
- de l’argent liquide, car les distributeurs peuvent cesser de fonctionner
- les photocopies de vos papiers d’identité
- un double des clés de la maison et de la voiture
- des vêtements chauds et une couverture de survie
Le kit d’urgence pour 72 heures : eau, nourriture sans cuisson, radio à piles, lampe, médicaments et argent liquide.
Deux fois par an, le guide demande de rouvrir le sac : dates de péremption des denrées et des médicaments, piles à changer. Cinq minutes d’habitude, pour trois jours d’autonomie.
La France répétera donc le pire en 2027 pour ne jamais avoir à le vivre. En attendant, la consigne la plus simple tient dans un tiroir : un sac, une radio, six litres d’eau par personne. Le reste, c’est l’affaire de l’État.
