Jeudi 8 octobre, les lycéens remettent ça. Après l’acte III qui a fait descendre entre 266 000 et 450 000 personnes dans la rue mardi, les syndicats lycéens appellent à un « acte IV », épaulés cette fois par les syndicats de l’Éducation nationale. Et pendant ce temps, 30 000 lycéens n’ont toujours pas de cours en présentiel.

L’acte III à peine refermé, l’acte IV est déjà annoncé. Mercredi, au lendemain d’une journée de mobilisation qui a réuni entre 266 000 manifestants, selon le ministère de l’Intérieur, et 450 000, selon les organisateurs, l’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante ont appelé à une nouvelle journée d’action jeudi 8 octobre. « Blocages le 7 octobre, manifs le 8 octobre », résume l’Union étudiante sur ses réseaux sociaux. Les syndicats de l’Éducation nationale ont décidé d’emboîter le pas : le Snes-FSU, la CGT, FO, Sud et l’Unsa appellent à la grève et aux manifestations en soutien, jeudi.

Ce que change l’acte IV pour vous, parents et lycéens

Jeudi ne sera pas un jeudi comme les autres. Là où la grève des personnels sera suivie et où les blocages reprendront, des cours vont sauter, partiellement ou totalement. Et les 24 établissements incendiés ou saccagés ne rouvriront pas de sitôt : mercredi devant les députés, Édouard Geffray a indiqué que 30 000 lycéens sont privés de cours en présentiel, pour plusieurs semaines dans certains cas.

La « banalisation » promise par le gouvernement, elle, sème la confusion. Mardi à l’Assemblée nationale, Sébastien Lecornu a promis une « banalisation complète » des emplois du temps mercredi et jeudi pour organiser un « temps de démocratie interne » dans chaque lycée. Sur le terrain, ça coince. Bruno Bobkiewicz, du SNPDEN-Unsa, premier syndicat des chefs d’établissement, dénonce une « confusion totale » et annonce son « refus » de mettre en place une mesure « improvisée ». Les élèves et les parents pensent qu’il n’y a pas cours jusqu’à la fin de la semaine, s’emporte-t-il, alors que rien n’est tranché. Ne comptez donc pas sur une règle nationale : tout se décide au cas par cas, lycée par lycée.

Des lycéens en cortège lors de la manifestation du 6 octobre Entre 266 000 et 450 000 personnes ont défilé mardi 6 octobre, selon les sources, pour l’acte III du mouvement lycéen.

La plateforme de consultation Agora, elle, reste ouverte jusqu’au 23 octobre : tous les lycéens peuvent y déposer leurs difficultés et leurs attentes, en attendant les « premières décisions » promises fin octobre.

Mardi, mercredi, jeudi : la frise d’une crise qui s’emballe

  • Mardi 6 octobre. L’acte III fait descendre dans la rue lycéens, étudiants, professeurs et parents d’élèves. Le soir même, Emmanuel Macron réunit à l’Élysée plusieurs ministres pour un point sur la crise.
  • Mercredi 7 octobre. Les deux ministres sont auditionnés à l’Assemblée nationale. Sur RTL le matin, Laurent Nuñez annonce la suspension des grenades assourdissantes « pour le mouvement lycéen », après la blessure grave d’un lycéen de 15 ans à Lens. Devant les députés, Édouard Geffray dresse un bilan lourd : 24 bâtiments incendiés ou saccagés, 30 000 élèves sans cours en présentiel, 85 personnels blessés. Le soir, Sébastien Lecornu s’adresse aux Français depuis Matignon.
  • Jeudi 8 octobre. L’acte IV. Blocages annoncés par les organisations lycéennes, manifestations dans plusieurs villes, et grève des personnels de l’Éducation nationale appelée par cinq syndicats.

« Pas pour instruction d’affronter les lycéens » : ce qu’a dit Lecornu

Mercredi soir depuis Matignon, le Premier ministre a consacré l’essentiel de son allocution à la crise lycéenne, aux prix des carburants et à la crise agricole. Sur le maintien de l’ordre, il a été direct : « Contrairement à ce que certains racontent et répètent, les forces de l’ordre n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens. » Leur mission, selon lui : « protéger les biens, mais surtout les personnes, faire respecter la loi et permettre l’accès aux établissements scolaires », en agissant « de manière proportionnée ».

« La colère des jeunes ne vient pas de nulle part. Nul ne peut être indifférent aux angoisses qu’ils expriment. »

Toujours mercredi soir, le Premier ministre a promis que « les premières décisions du gouvernement seront présentées à la fin du mois d’octobre », et annoncé le déblocage de 10 millions de barils de gazole pour trois mois, avec une baisse de 12 à 18 centimes attendue à la pompe.

Grenades assourdissantes suspendues : pourquoi mercredi change la donne

C’est la décision la plus concrète de la journée de mercredi. Sur RTL, Laurent Nuñez a annoncé la suspension de l’usage des grenades assourdissantes « pour le mouvement lycéen », « tant que la lumière n’a pas été faite » sur la blessure du jeune de Lens. La veille, le directeur général de la police nationale avait déjà ordonné la suspension « à titre conservatoire » de cette grenade de nouvelle génération, l’EF-SON. L’Inspection générale de la police nationale a été saisie de 18 enquêtes au total.

Nuance à retenir : la suspension ne vaut que « pour le mouvement lycéen ». Les étudiants, qui appellent eux aussi à se mobiliser, ne sont pas couverts par la mesure.

Des élèves devant leur lycée pendant la mobilisation Devant les lycées, les blocages se décident souvent le matin même : la communication de l’établissement reste la seule source fiable.

Blocus lycées jeudi 8 octobre : mon enfant aura-t-il cours ?

Impossible de répondre par oui ou par non pour tout le pays. Trois situations coexistent. Si le lycée de votre enfant compte parmi les 24 établissements détruits, pas de retour en présentiel avant plusieurs semaines. Si des personnels sont en grève jeudi, des cours seront annulés au cas par cas. Et si un blocage se met en place devant la grille, l’accès peut être impossible le matin.

Le réflexe utile reste le même : Pronote, l’ENT, les courriels et les SMS de l’établissement. Les proviseurs informent les parents directement, et c’est cette communication locale qui fait foi. Aucune liste nationale complète des établissements concernés n’a été publiée.

Les cours manqués seront-ils rattrapés ?

C’est la question que se posent les parents des classes à examen. La lettre de mission adressée par le Premier ministre à ses ministres demande un « traitement prioritaire du remplacement des absences longues et des postes non pourvus » dans chaque académie dès cette semaine, avec un premier bilan attendu le 16 octobre. Elle évoque même des possibilités de stages sur les vacances pour rattraper les cours manqués, en associant les familles aux démarches.

Sur le terrain, la réalité est contrastée. Certains cours basculent en visioconférence, d’autres n’ont tout simplement pas lieu. Et les lycéens rappellent leurs revendications de départ : des classes surchargées, des professeurs absents non remplacés, des bâtiments vétustes. « On manifeste contre les classes surchargées », résumait à l’AFP Maëlle, 16 ans, lycéenne à Caen.

Jeudi dira si l’acte IV marque un pic ou un début. En attendant, les 30 000 lycéens privés de salle de classe attendent autre chose que des symboles : des cours.