Ce jeudi 1er octobre, le gouvernement Lecornu a dévoilé en Conseil des ministres son projet de budget 2027. Derrière le chiffre de 54 milliards d’économies martelé depuis deux semaines, la copie réelle s’établit à 43 milliards. Pour des millions de Français, l’addition se lira directement sur leur feuille d’impôt, leur pension ou leurs aides.
Le budget 2027 est sorti du bois. Ce jeudi 1er octobre, le gouvernement de Sébastien Lecornu a présenté en Conseil des ministres ses deux grands textes, le projet de loi de finances (PLF) et celui de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Le chiffre le plus spectaculaire, ces « 54 milliards d’économies » promis par le Premier ministre au Figaro le 17 septembre, ne survit pas à la lecture de la copie : l’effort réel s’établit à 43 milliards, et l’amélioration nette du déficit n’est que de 12 à 15 milliards, selon les décryptages publiés ce jeudi par Le Monde.
L’objectif affiché : ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2027, alors qu’il devrait déraper à 5,4 % cette année. « Le réel nous rattrape », a résumé Lecornu sur X, mercredi. La France emprunte désormais à dix ans à 4,9 %, contre 3,5 % un an plus tôt. La charge de la dette bondit de 24 % et devient, pour la première fois, le premier budget de l’État.
Pour votre portefeuille : combien, quand, qui, que faire
Combien. Le seuil d’entrée dans l’impôt sur le revenu grimpe à 11 844 euros par part ; la tranche à 45 % ne démarre plus qu’au-delà de 185 737 euros. Pour les retraités, la ligne de partage se situe autour de 1 260 euros de pension mensuelle : en dessous, l’indexation sur l’inflation est maintenue ; au-dessus, elle disparaît dans la copie initiale. Les allocataires d’APL ne toucheront pas un euro de plus en 2027.
Quand. Le texte sera déposé à l’Assemblée mardi 6 octobre, puis débattu tout l’automne. Les mesures fiscales s’appliqueront aux revenus de 2026, déclarés au printemps 2027. Le recours au 49.3 est déjà évoqué en cas d’impasse.
Qui est concerné. Tous les contribuables, via le barème. Les retraités au-delà de 1 260 euros. Les bénéficiaires d’APL et d’allocations familiales, gelées. Les travailleurs en affection de longue durée, dont les indemnités journalières deviendraient imposables à 50 %. Les loueurs en meublé non professionnel, visés par une nouvelle taxe.
Que faire. Rien, pour le barème : il s’appliquera automatiquement via le prélèvement à la source. Pour le reste, surveillez le vote : tant que le Parlement n’a pas tranché, aucune mesure n’est définitive.
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La suite, en bref : dépôt à l’Assemblée le 6 octobre, examen du volet Sécu en séance du 20 au 26 octobre, vote solennel le 27, puis des débats qui s’étireront jusqu’à Noël, en pleine campagne présidentielle. Entrée en vigueur : le 1er janvier 2027. Auparavant, le 13 septembre, la porte-parole Maud Bregeon avait déjà écarté tout gel du barème de l’impôt, qui aurait « mécaniquement » augmenté la fiscalité de tous les Français.
Mon impôt sur le revenu va-t-il augmenter en 2027 ?
Non, pas avec le barème : ses cinq tranches sont revalorisées de 2,1 %, au rythme de l’inflation hors tabac. Un célibataire gagnant 30 000 euros par an restera sous le seuil de la tranche à 30 %, fixé à 30 200 euros. Le gouvernement y voit même « une petite baisse d’impôt » pour les revenus qui progressent moins vite que les prix.
Le barème de l’impôt sur le revenu est revalorisé de 2,1 % : le seuil d’imposition passe à 11 844 euros.
Le texte alourdit toutefois la fiscalité par petites touches : les indemnités journalières des affections de longue durée, aujourd’hui exonérées, deviennent imposables à 50 % ; les indemnités de rupture ne sont plus exonérées qu’à hauteur de 48 060 euros. La contribution différentielle sur les hauts revenus — un impôt plancher de 20 % au-delà de 250 000 euros annuels — est prolongée et rapportera 600 millions d’euros. À l’inverse, les dons aux enfants et petits-enfants seront exonérés jusqu’à 50 000 euros tous les quinze ans, contre 31 865 euros aujourd’hui.
Ma pension de retraite va-t-elle baisser ?
Non : aucune pension ne diminuera, le gouvernement l’a martelé. Mais la revalorisation sur l’inflation ne sera pleinement maintenue que sous environ 1 260 euros par mois, soit 85 % du Smic. Au-delà, l’indexation est supprimée dans la copie initiale, pour 4,1 milliards d’euros d’économies. Le plafond de l’abattement fiscal de 10 % passerait de 4 439 à 3 000 euros, soit 1,4 milliard d’économies supplémentaires.
Les pensions inférieures à environ 1 260 euros par mois gardent leur indexation ; au-delà, la revalorisation est supprimée dans le projet initial.
Les retraités les plus modestes sont « évidemment principalement préservés », assure l’exécutif, et leur contribution totale restera inférieure à 6 milliards d’euros. Mais le dernier mot reviendra au Parlement, où la mesure s’annonce explosive.
Mes APL et mes allocations familiales vont-elles bouger ?
Elles seront gelées à leur niveau de 2026, sans revalorisation au 1er janvier. Nouveauté : les foyers les plus aisés devront choisir entre faire bénéficier leurs enfants étudiants des APL, ou conserver eux-mêmes les avantages fiscaux liés à leurs enfants. La prime d’activité est gelée elle aussi.
En revanche, l’allocation aux adultes handicapés, le minimum vieillesse et le RSA échappent au gel : quelque 4 millions de personnes sont ainsi protégées.
Pourquoi parle-t-on de 54 milliards d’économies ?
Parce que c’est le chiffre que Lecornu a choisi de marteler. Dans le texte, Matignon compte 43 milliards « par rapport à un scénario 2027 où aucune mesure d’économie ne serait prise », et une partie de cet effort correspond à des décisions déjà prises fin 2025 ou en 2026. L’effet net sur le déficit n’est que de 12 à 15 milliards. Le Monde parle d’un chiffrage « sciemment surévalué » pour marquer les esprits et rassurer les marchés, qui prêtent à la France à des taux jamais vus depuis 2002.
« Le réel nous rattrape. » Sébastien Lecornu, sur X, la veille de la présentation du budget.
Le texte prévoit aussi de raboter l’aide publique au développement (– 11 %) et les services de Matignon (– 10 %), et de renforcer les armées (+ 11 %) et la justice (+ 5 %). Dans son décryptage, Le Monde liste également une taxe sur les produits ultratransformés (300 millions d’euros), une autre sur les locations meublées non professionnelles (300 millions), et une hausse de la taxe sur l’assurance auto facultative, de 18 à 18,9 %, pour financer les pompiers.
Que faire concrètement dès maintenant
- Vérifiez votre tranche. Avec la revalorisation de 2,1 %, votre prélèvement à la source s’ajustera automatiquement.
- Retraité au-dessus de 1 260 euros ? Le gel de l’indexation est la mesure la plus contestée et peut encore être amendée au Parlement.
- Allocataire d’APL ? Aucune revalorisation prévue en 2027 : anticipez un pouvoir d’achat en berne.
- Épargne salariale ? Taxer les primes au-delà de 3 000 euros reste une piste à l’étude, selon Le Figaro.
Ce budget est le dernier de la présidence Macron, présenté à sept mois de l’élection. Il doit avant tout convaincre les investisseurs que la France reprend le contrôle de ses comptes. Pour les ménages, la facture est diffuse mais bien réelle : un barème qui protège, des retraites qui stagnent, des aides qui fondent. Le Parlement a trois mois pour réécrire la copie. Rien n’est joué.
