Il y a un an, jour pour jour, un dimanche matin à 9 h 34, quatre hommes montaient au Louvre avec une nacelle et des disqueuses. Quelques minutes plus tard, ils repartaient avec 88 millions d’euros de joyaux de la Couronne. Aujourd’hui, les bijoux sont toujours dans la nature, et la sécurité du musée fait encore débat.
Dimanche 19 octobre 2025, 9 h 34. Le Louvre vient à peine d’ouvrir ses portes. Côté quai François-Mitterrand, un camion équipé d’une nacelle se déploie contre la façade sud du palais. Quatre hommes en gilets de chantier montent jusqu’à la fenêtre de la galerie d’Apollon, au premier étage de l’aile Denon. Personne ne les arrête. En quatre minutes, à la disqueuse, ils vident les vitrines et repartent avec un butin estimé à 88 millions d’euros.
Un an plus tard, jour pour jour, le décor est le même à un détail près : les quatre principaux suspects dorment en prison, en attente de leur procès, mais les huit bijoux volés n’ont jamais refait surface. Ni la police, avec sa centaine d’enquêteurs, ni Interpol ne savent où ils sont.
Ce que ça change pour votre visite au Louvre
Si vous prévoyez d’y passer dans les semaines qui viennent, voici l’état des lieux.
- La galerie d’Apollon a rouvert, mais elle est vide. Les vitrines qui abritaient les joyaux de la Couronne ont été entièrement vidées, puis la salle a rouvert au public. Les curieux viennent aujourd’hui se photographier devant « la fenêtre du crime », raconte Le Figaro.
- Les joyaux ne sont plus visibles. La couronne de l’impératrice Eugénie, seule pièce récupérée (très endommagée), est en restauration. Les huit autres pièces restent introuvables.
- La sécurité est censée se renforcer. Après une enquête administrative accablante, le Louvre promet 20 millions d’euros par an jusqu’en 2032, des grilles anti-bélier, du personnel et du matériel supplémentaires. Sur le terrain, les syndicats jugent que « le compte n’y est pas ».
- Aujourd’hui, le musée est resté fermé. Des étudiants de l’École du Louvre bloquaient les accès ce lundi 19 octobre en soutien au mouvement lycéen. Un an jour pour jour après le casse, la Pyramide est restée porte close.
La galerie d’Apollon, salle 705 du musée, au premier étage de l’aile Denon. C’est par une fenêtre de cette galerie que le commando est entré le 19 octobre 2025.
La chronologie du casse, telle que les enquêteurs l’ont reconstituée
9 h 30, dimanche 19 octobre 2025. Le commando arrive par le flanc sud du palais, côté Seine, avec des motos et un monte-charge de déménageurs, selon l’agence EFE. Les quatre hommes montent jusqu’à la fenêtre de la galerie d’Apollon, qui n’est alors protégée par aucune grille.
9 h 34. Les vitrines cèdent sous les disqueuses. Huit bijoux partent : le diadème de l’impératrice Eugénie, le diadème de la parure de saphirs des reines Marie-Amélie et Hortense, le collier d’émeraudes de la parure de Marie-Louise, un collier et des boucles d’oreilles en émeraudes et diamants, des broches serties de centaines de diamants, détaillent Le Figaro et 20 Minutes. Pendant la fuite, les voleurs laissent tomber la couronne de l’impératrice Eugénie (1 354 diamants et 56 émeraudes) : elle sera retrouvée très endommagée à proximité du musée.
20 octobre 2025. La ministre de la Culture de l’époque, Rachida Dati, confie une enquête administrative à l’Inspection générale des affaires culturelles. Le diagnostic, révélé par Le Figaro, est brutal : « sous-estimation chronique et structurelle du risque intrusion et vol », dispositifs de sécurité « sous-équipés », protocoles de réaction « totalement obsolètes », parc de caméras limité, porte-fenêtre insuffisamment protégée.
25 octobre 2025. Les deux premiers suspects sont arrêtés : Abdoulaye N., chauffeur de taxi sans licence déjà condamné pour vols aggravés, et Ghemlamallah A. En garde à vue, les deux trentenaires avouent leur participation, rapporte l’AFP.
Dans les dix jours qui suivent le vol, les quatre membres du commando sont sous les verrous. Mais sept mois plus tard, les deux premiers reviennent sur leurs déclarations et assurent que les deux autres n’ont « rien à voir » avec le vol. L’existence même d’un commanditaire, qui aurait recruté l’équipe et récupéré le butin, reste une énigme, selon l’AFP.
Février 2026. Le musée annonce que la couronne d’Eugénie, écrasée et tordue pendant la fuite, a conservé l’essentiel de ses éléments : une restauration complète reste possible.
« Pour l’instant, nous ne savons pas du tout où ils se trouvent. Aucun élément ne nous permet de dire s’ils sont toujours en France ou à l’étranger. » — Une source proche de l’enquête, à 20 Minutes
Où sont passés les joyaux du Louvre ?
La dernière trace remonte au jour du vol, un peu plus d’une heure après le casse. Un parking souterrain d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, où vivent les suspects. Sur la vidéosurveillance, on aperçoit le butin, ou au moins une partie, dans un sac, pendant une courte halte de deux membres du commando. Quand les enquêteurs découvrent les lieux, le sac a disparu. Depuis, rien : caves, garages et greniers ont été fouillés chez les suspects et leurs proches, sans résultat, d’après l’AFP.
Christopher Marinello, de l’agence privée Art Recovery International, avance l’hypothèse la plus probable : les voleurs, s’ils ont agi seuls, ont caché les bijoux quelque part en région parisienne, « dans un mur ou enterrés ». Le détective néerlandais Arthur Brand, lui, mise sur la pression de l’enquête : « Il suffit qu’un seul parle. Et dans bien des cas, un seul finit par parler. »
Qui sont les auteurs du casse du Louvre ?
Quatre hommes, arrêtés dans les dix jours qui ont suivi le vol, aujourd’hui en détention provisoire en attendant leur procès, indique l’AFP. Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour vol en bande organisée et association de malfaiteurs ; les investigations sont menées par la Brigade de répression du banditisme. Emmanuel Macron avait qualifié le vol d’« attaque contre l’histoire de France ».
Pourquoi est-il si compliqué de retrouver le butin ?
Parce que les enquêteurs n’ont plus aucune piste matérielle. La trace des joyaux s’est perdue à Aubervilliers, et aucune information ne permet de dire s’ils ont quitté la France. Revendre des pièces aussi célèbres, photographiées et répertoriées dans le monde entier, est quasiment impossible sur le marché légal. Les démanteler pour écouler les pierres une à une détruirait l’essentiel de leur valeur. Reste le scénario des enquêteurs : un butin qui dort, quelque part, en attendant qu’un acheteur clandestin se manifeste ou qu’un suspect craque.
Le Louvre est-il sûr aujourd’hui ?
C’est la question que pose l’enquête de Radio France publiée ce matin, jour de l’anniversaire. Un an après, écrit-elle, « les 8 joyaux restent introuvables. Tout comme la sécurité, semble-t-il. » Aucune réunion-bilan pour les agents présents le jour du vol. Pas de formation spécifique, malgré un rapport parlementaire sévère. Des talkies-walkies insuffisants, des alarmes intempestives. Au printemps, une fenêtre sur rue est même restée ouverte par erreur.
Le jour du casse, il manquait 17 agents ; sept seulement ont été recrutés depuis. Élise Muller, du syndicat SUD Culture, résume : « On n’a eu ni les renforts d’effectifs nécessaires, ni les équipements à la hauteur des besoins. » Alexis Fritche, de la CFDT, ajoute : « Le compte n’y est pas. » La direction du musée a refusé de répondre à Radio France.
Le diadème de perles et de diamants de l’impératrice Eugénie faisait partie des pièces exposées dans la galerie d’Apollon. (Photo d’illustration.)
Dans son communiqué d’anniversaire transmis à l’agence EFE, le musée se défend : « Les musées ne sont pas des forteresses et ne doivent pas se fermer au public. » Aujourd’hui, la galerie d’Apollon accueille des visiteurs qui viennent voir des vitrines vides. Le plus célèbre casse du siècle aura au moins réussi une chose : transformer une salle du Louvre en lieu de pèlerinage pour curieux, en attendant que les joyaux, quelque part, refassent surface.
