Un demi-million de Français partent chaque année en cure thermale pour soigner une arthrose, une bronchite chronique ou des jambes lourdes. Jeudi, la ministre de la Santé a annoncé que la Sécu allait se décharger de 200 millions d’euros de cette facture en 2027. Et votre mutuelle n’a aucune obligation de payer à sa place.

Une cure de 18 jours à Vichy, Dax ou Balaruc, prescrite par votre médecin pour une arthrose qui ne vous lâche plus : aujourd’hui, l’Assurance maladie en rembourse 65 % du forfait thermal. Le remboursement des cures thermales en 2027 pourrait changer de visage. Jeudi 8 octobre, devant le conseil de la Caisse nationale d’assurance maladie, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a chiffré la mesure : « 700 millions de transferts aux complémentaires, dont 200 millions d’euros sur les cures thermales et 500 millions à l’hôpital ». Une semaine plus tôt, lors de la présentation du budget de la Sécu en Conseil des ministres, ce chiffre n’apparaissait nulle part.

Ce que ça change pour vous

Si la mesure est votée telle quelle, la part payée par la Sécu sur votre cure va baisser. De combien ? Le gouvernement ne l’a pas précisé. L’annexe budgétaire parle d’une « baisse du taux de prise en charge » des cures thermales, sans indiquer le nouveau taux. Votre reste à charge, lui, augmentera presque mécaniquement.

Le point qui fâche : votre mutuelle n’est pas tenue de combler l’écart. Les contrats responsables doivent couvrir l’intégralité du ticket modérateur, sauf exceptions prévues par la loi. Et les soins thermaux font partie des exceptions. Concrètement, la prise en charge de votre cure dépendra des garanties écrites noir sur blanc dans votre contrat. Certains curistes réguliers découvrent déjà que leur garantie « cure thermale » plafonne à quelques centaines d’euros par an.

Autre mauvaise nouvelle pour votre budget : le gel des cotisations imposé aux mutuelles en 2026 n’est pas reconduit. La taxe exceptionnelle de 2,05 % sur les complémentaires, elle, est prolongée d’un an et doit rapporter 1,1 milliard d’euros à la branche maladie. Entre la taxe, les transferts et la hausse naturelle des dépenses, la Mutualité française chiffre à plus de 3 milliards d’euros la facture totale que les assurés porteront via leur mutuelle en 2027. Les cotisations ont déjà grimpé de 8,2 % en 2024.

Deux curistes dans un bassin d’eau thermale Chaque année, près d’un demi-million de patients suivent une cure thermale prescrite par un médecin, souvent pour des pathologies chroniques.

Le remboursement des cures thermales en 2027 : qui paiera quoi ?

Aujourd’hui, les règles sont claires. L’Assurance maladie rembourse le forfait thermal à 65 % du tarif conventionnel et le forfait de surveillance médicale à 70 %. La cure doit compter 18 jours de soins effectifs. Pour les patients dont la cure est liée à une affection de longue durée exonérante, il n’y a pas de ticket modérateur : la Sécu prend tout.

Demain, la donne change. Les 200 millions d’euros basculés vers les complémentaires santé représentent la quasi-totalité de ce que la Sécu dépense pour les cures. Le problème, c’est que ni les modalités du transfert ni son calendrier d’application n’ont été détaillés par la ministre. Les parlementaires s’apprêtent à voter une trajectoire de dépenses sans savoir exactement ce qu’elle contient. C’est l’un des arguments qui fait bondir le secteur.

L’an dernier déjà, le gouvernement avait tenté de faire baisser le taux de remboursement des cures dans le budget 2026, y compris pour les patients en ALD. L’Assemblée nationale avait rejeté l’amendement : 167 voix contre 24.

Pourquoi le gouvernement fait ça

La ministre a posé le décor en chiffres. Sans loi de financement, le déficit de l’Assurance maladie grimperait à 14 milliards d’euros en 2027. L’objectif affiché : le ramener « un peu moins de 8 milliards ». Pour y arriver, le PLFSS 2027 empile les économies : 1,3 milliard de baisses de prix des médicaments, 1 milliard d’économies sur les arrêts maladie à négocier avec les partenaires sociaux, 750 millions avec le doublement du plafond des franchises médicales.

Le transfert vers les mutuelles s’ajoute à des hausses de ticket modérateur déjà décidées à l’été et qui entreront en vigueur le 1er janvier 2027 : le remboursement de la Sécu passera de 60 à 50 % sur les dispositifs médicaux, de 30 à 15 % sur les médicaments à service médical rendu modéré pour les assurés hors ALD, et de 15 à 5 % sur ceux à service médical rendu faible, ALD comprises. Le gouvernement en attend 700 millions d’euros.

« Si les complémentaires ne compensent pas la baisse, les patients, souvent âgés et aux revenus modestes, supporteront la quasi-totalité du coût de leurs traitements. » Le Conseil national des établissements thermaux

« Un déremboursement qui ne dit pas son nom »

Le Conseil national des établissements thermaux (CNETh), qui regroupe l’ensemble des stations françaises, n’a pas mâché ses mots. Dans un communiqué publié le 9 octobre, il demande le retrait pur et simple de la mesure et appelle les députés à s’en saisir dès l’examen du texte.

Le syndicat avance trois arguments. D’abord, la nature de la mesure : si les complémentaires ne compensent pas, « les patients, souvent âgés et aux revenus modestes, supporteront la quasi-totalité du coût de leurs traitements » ; si elles compensent, « cette dépense supplémentaire ne manquera pas d’alourdir davantage les cotisations ». Ensuite, la procédure : aucune disposition du texte ne précise les modalités du transfert. Enfin, le calendrier : la Haute Autorité de santé a été saisie en février 2026 par le gouvernement pour évaluer le service médical rendu des cures, et ses conclusions ne sont pas encore rendues. Modifier le financement avant, le syndicat le juge « incompréhensible ».

France Assos Santé, qui représente les usagers, a voté contre l’ensemble du texte au conseil de la Cnam. Le conseil a rendu un avis défavorable à la quasi-unanimité : 31 voix contre, deux abstentions. Un avis consultatif, mais un signal politique. La ministre elle-même a admis que le texte pouvait évoluer : « Nous sommes évidemment sur une copie de départ. »

Une curiste âgée au bord d’un bassin thermal Les curistes sont souvent des patients âgés aux revenus modestes, les premiers exposés à une hausse du reste à charge.

Vous aviez une cure prévue en 2027 : que faire ?

Rien n’est voté pour l’instant, mais les curistes réguliers ont intérêt à anticiper. Voici les bons réflexes :

  • Relisez la garantie « cure thermale » de votre contrat avant l’échéance annuelle : le niveau de prise en charge est au choix de chaque organisme, et certains contrats ne couvrent presque rien.
  • Comparez les offres si votre contrat est faible sur ce poste : les écarts entre mutuelles sont importants sur les cures, et le gel des cotisations de 2026 disparaît.
  • Parlez-en à votre médecin traitant : la prescription reste la condition d’une prise en charge, quel que soit le financeur.
  • Surveillez le vote du 27 octobre : la commission des Affaires sociales examine le texte dès lundi 12 octobre avec 1 608 amendements déposés, et la séance publique court du 20 au 26 octobre.

Le calendrier à surveiller

  • 12 octobre 2026 : début de l’examen en commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale.
  • 20 au 26 octobre : séance publique à l’Assemblée.
  • 27 octobre 2026 : vote solennel en première lecture, avant l’examen au Sénat en novembre.
  • 1er janvier 2027 : entrée en vigueur des baisses de remboursement décidées à l’été sur les dispositifs médicaux et certains médicaments.

Une cure thermale, ce n’est pas un luxe pour ceux qui y vont : c’est souvent la seule parenthèse de l’année où une arthrose se tait enfin. Reste à savoir qui paiera cette parenthèse en 2027.