Imaginez : demain matin, personne ne vient aider votre mère à se lever. Personne n’accompagne votre fils en situation de handicap. Personne ne garde la porte ouverte du centre d’hébergement. C’est la question brutale que posent cette semaine les associations françaises de la solidarité et de la santé : et si elles s’arrêtaient vraiment ?

La mobilisation des associations de la solidarité et de la santé en octobre 2026 a démarré ce lundi 12 octobre. Son mot d’ordre claque comme un avertissement : « Et si nous arrêtions vraiment ? ». Portée par l’Uniopss et la Fédération des acteurs de la solidarité, elle réunit plus de 60 organisations, d’Emmaüs France au Secours catholique, de Médecins du Monde à la Fondation Armée du Salut.

« Et si nous arrêtions vraiment ? », une question volontairement dérangeante

Ce n’est pas une grève. Aucun arrêt de service n’est annoncé. La tactique est inverse : ouvrir les portes, témoigner, chiffrer, au moment où les députés examinent le budget 2027. Jeudi 8 octobre déjà, l’Uniopss et les grandes fédérations ont présenté une cartographie des vies qui dépendent de leurs missions. Pour Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité, c’est un « changement d’époque » après « soixante-dix ans d’essor des politiques de solidarité ».

Ce que ça changerait concrètement pour vous

Regardez votre quotidien de plus près. Un parent de 87 ans aidé à domicile pour la toilette et les repas. Un enfant en situation de handicap accompagné à l’école. Un proche hébergé en foyer. Un bébé en crèche associative. Derrière chacun de ces cas, il y a souvent une association : 1,8 million de personnes fragiles seraient privées d’aide à domicile, 174 200 enfants et 321 500 adultes handicapés de leur accompagnement, 374 000 personnes de leur hébergement d’urgence, 200 000 résidents d’Ehpad et 11 000 enfants de leur crèche.

Une auxiliaire de vie accompagne une femme âgée en fauteuil roulant en extérieur L’aide à domicile fait partie des missions les plus menacées : 1,8 million de personnes fragiles en dépendent chaque jour.

Mobilisation associations solidarité octobre 2026 : les chiffres qui inquiètent

Sur les associations interrogées, 77 % constatent une baisse de leurs financements publics. Près de la moitié, 45 %, ont déjà réduit ou carrément supprimé des activités. Et près d’une sur trois est menacée de disparition, faute de trésorerie suffisante. L’Uniopss avance le même ordre de grandeur : une association sur trois serait à moins de deux mois de trésorerie, et une association employeuse sur deux aurait perdu des financements en 2025.

Pendant ce temps, les besoins gonflent. Le secteur compte 1,3 million de salariés et pèse 2 % du produit intérieur brut, selon une étude du cabinet Syndex : 300 000 personnes éloignées de l’emploi remises sur le chemin du travail, 250 000 enfants et jeunes protégés. Plus de besoins, moins de moyens : l’équation ne tient plus.

« Jusqu’à présent, on a encaissé les chocs, on a encaissé des baisses de financement. Là, pour beaucoup d’associations, on est au bout de ce qu’elles peuvent faire. » Daniel Goldberg, président de l’Uniopss

Le calendrier de la mobilisation : où et quand

Les rassemblements se succèdent toute la semaine. Lundi, Saint-Nazaire. Ce mardi, Nantes et Bourges. Jeudi, Paris, Caen, Lille et Arras. Vendredi, Lyon, Toulouse et Montpellier. Chaque étape mêle portes ouvertes, témoignages et interpellations des élus locaux.

Au-delà des rassemblements, une pétition nationale de soutien est en ligne : l’Uniopss invite les citoyens à la signer. Les organisations demandent aux pouvoirs publics des engagements concrets pour garantir la continuité de leurs missions, et une évaluation de l’impact humain des coupes budgétaires avant tout arbitrage.

Vous dépendez d’une association : les 3 réflexes de la semaine

  • Renseignez-vous auprès de votre structure : portes ouvertes et réductions d’activité sont parfois annoncées à la dernière minute. Un coup de fil évite un déplacement inutile.
  • Anticipez les rendez-vous importants : bilan, inscription, renouvellement de dossier. Les équipes, mobilisées, auront moins de temps pour l’administratif.
  • Faites entendre votre voix : participer à un rassemblement près de chez vous ou signer la pétition, c’est le moyen le plus direct de peser sur les arbitrages de la semaine.

Une aide-soignante soutient une personne âgée en fauteuil roulant Dans les Ehpad comme à domicile, 1,3 million de salariés associatifs assurent des missions que personne d’autre ne reprendrait.

Un million trois cent mille salariés, deux pour cent du PIB, et pourtant une association sur trois à deux mois de trésorerie : le secteur le plus discret du pays est aussi celui dont on ne peut plus se passer.