Treize pour cent des adultes. Sept millions de personnes. C’est le nombre de Français qui déclarent manquer parfois ou souvent de nourriture, selon un sondage publié ce lundi. Et chez les 18-24 ans, le taux double : un sur quatre.
Ce lundi matin, c’est un chiffre qui frappe. Plus d’un Français adulte sur dix manque parfois ou souvent de nourriture. Un rapport d’Action contre la Faim, publié ce lundi 12 octobre à l’approche de la Journée mondiale de l’alimentation, dresse un tableau préoccupant : la faim ne concerne plus seulement les plus vulnérables au sens strict, elle s’est installée dans le quotidien de millions de foyers.
L’ONG parle d’une réalité « insuffisamment présente dans le débat public ». Derrière le chiffre global, une génération entière apparaît particulièrement exposée.
Ce que ça change pour vous
Ce rapport ne parle pas d’un pays lointain. Il parle de la France de 2026, et il pourrait parler de votre voisin, de votre enfant étudiant, de la caissière du supermarché. Si vos fins de mois vous obligent à rogner sur le caddie, vous faites partie d’une réalité que cette étude mesure pour la première fois à cette ampleur.
Concrètement, la précarité alimentaire a deux visages. L’insuffisance quantitative : sauter des repas, ne pas manger assez. Et l’insuffisance qualitative : renoncer à la viande, aux fruits frais, aux produits que l’on aime, parce qu’ils sont trop chers. Sur ce second point, 39 % des Français déclarent ne plus pouvoir choisir librement leur alimentation.
La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des filets. Épiceries solidaires, banques alimentaires, associations locales : des milliers de points de distribution existent partout en France, souvent sur simple orientation d’un assistant social. Le rapport d’Action contre la Faim pourrait aussi peser sur le débat public et faire avancer le « droit à l’alimentation » dans la loi, que l’ONG réclame.
Ce que cachent les 7 millions de Français qui manquent de nourriture
Voici les chiffres, dans l’ordre. L’étude a été menée en ligne par l’institut OpinionWay entre le 26 et le 28 août 2026, auprès de 1 053 personnes représentatives des Français âgés de 18 ans et plus. C’est Action contre la Faim qui l’a commandée et qui la publie aujourd’hui, à quatre jours de la Journée mondiale de l’alimentation, fixée au 16 octobre.
13 % des adultes en France métropolitaine déclarent manquer « parfois ou souvent » de nourriture. Rapporté à la population adulte, cela représente environ 7 millions de personnes confrontées à une insuffisance alimentaire quantitative au quotidien.
Mais le chiffre national masque un écart saisissant entre générations. Chez les 18-24 ans, 25 % déclarent manquer parfois ou souvent de nourriture. Le double de la moyenne. Et au-delà de la quantité, 47 % de ces jeunes souffrent d’une insuffisance qualitative : ils ont de quoi manger, mais doivent renoncer à certains aliments.
« Manger suffisamment et ce dont on a envie ne devrait pas être un privilège. » Hélène Quéau, directrice de la mission France d’Action contre la Faim, dans le HuffPost.
Quant aux causes, les personnes interrogées sont claires : pour 80 % d’entre elles, le manque de moyens arrive en tête. L’inflation des prix alimentaires, la stagnation des revenus et la précarisation de l’emploi, surtout chez les jeunes, font le reste.
Pourquoi les 18-24 ans sont-ils les plus touchés ?
Le chiffre interpelle. Un jeune sur quatre. Pourquoi eux, plus que les autres ? Les explications sont multiples, et aucune n’est nouvelle, mais leur accumulation dessine une génération prise en tenaille.
D’abord, le travail. CDD, intérim, petits boulots : les contrats précaires concernent massivement les moins de 25 ans. Quand l’emploi s’arrête du jour au lendemain, les courses se réduisent aussitôt.
Ensuite, le logement. Un loyer qui avale la moitié d’un petit budget laisse peu de marge pour l’alimentation. Les étudiants et jeunes actifs qui ont quitté le foyer familial découvrent cette équation de plein fouet : payer son loyer ou manger à sa faim devient parfois un vrai dilemme.
Et puis, il y a le prix des aliments lui-même. L’inflation alimentaire a frappé de plein fouet ces dernières années. Viande, poisson, fruits et légumes : ce sont les premiers sacrifiés quand le budget se resserre, remplacés par des produits moins chers et moins équilibrés. Résultat : on mange, mais on mange mal.
Face à l’inflation alimentaire, les foyers modestes réduisent en premier les achats de viande, de poisson et de fruits frais.
« Je n’ai pas assez à manger : quelles aides existent concrètement ? »
Des solutions existent, accessibles à tous. Le premier réflexe, c’est le CCAS de votre commune ou un assistant social. C’est ce parcours qu’a suivi Nathalie, 42 ans, dont le HuffPost raconte l’histoire : sans emploi, avec un placard réduit à 500 grammes de pâtes, elle a été redirigée vers une épicerie solidaire du XVIIIe arrondissement de Paris, gérée par l’Armée du salut et soutenue par Action contre la Faim. Ouverte en avril 2026, cette épicerie aide aujourd’hui plus de 150 familles.
Concrètement, les réseaux d’aide alimentaire en France sont vastes : les Banques Alimentaires collectent et redistribuent chaque année des millions de repas, les épiceries solidaires permettent d’acheter à prix réduit sur critères sociaux, les associations comme les Restos du cœur, le Secours populaire ou la Croix-Rouge distribuent colis et repas. Des « food trucks » solidaires s’installent même près des universités pour les étudiants.
Ces dispositifs ne sont pas réservés aux sans-abri. Travailleurs pauvres, familles monoparentales, jeunes en difficulté : les démarches passent le plus souvent par un travailleur social, qui évalue la situation et oriente vers la structure adaptée.
Des distributions alimentaires mobiles s’organisent jusque près des universités, là où les jeunes sont le plus exposés.
Que demande Action contre la Faim ?
L’ONG ne publie pas ces chiffres seulement pour alerter. Elle porte une revendication précise : inscrire un « droit à l’alimentation » dans la loi française.
L’idée est simple à comprendre. La France a reconnu des droits sociaux fondamentaux comme le droit au logement, mais aucun texte ne garantit à chaque personne un accès suffisant, sain et choisi à l’alimentation. Pour Action contre la Faim, une telle reconnaissance obligerait l’État à rendre des comptes et à construire des politiques publiques à la hauteur du problème.
Reste à savoir si ce rapport, qui tombe à quatre jours de la Journée mondiale de l’alimentation, trouvera un écho politique. « Ces chiffres ne devraient pas être acceptables », dit l’ONG. Au moins mettent-ils un nombre sur une réalité que des millions de Français connaissent déjà : faire les courses en calculant chaque centime, et parfois ne pas manger à leur faim.
Sources : Action contre la Faim / OpinionWay (août 2026) ; HuffPost ; BFM TV ; France Inter ; France Bleu.
