Écoles, hôpitaux, guichets, aéroports : ce mardi 29 septembre, la fonction publique se met en grève partout en France. Au cœur de la colère, un chiffre qui en dit long : 862 000 agents publics, un sur six, gagnent moins que le Smic. Et le gouvernement veut geler leurs salaires pour la quatrième année de suite.
Mardi matin, dans des dizaines de villes, les pancartes sortent des placards. Enseignants, soignants, pompiers, agents des impôts, employés des mairies : la fonction publique manifeste ce 29 septembre, à l’appel des huit organisations syndicales représentatives. Une unité rare.
Ce qui met le feu aux poudres ? Une annonce du Premier ministre Sébastien Lecornu : dans le budget 2027, présenté dans deux jours, le point d’indice des fonctionnaires restera gelé. Aucune augmentation générale l’année prochaine. Ce serait la quatrième fois consécutive, la huitième en dix ans.
Des milliers d’agents publics défilent ce mardi dans toute la France, à l’appel des huit syndicats de la fonction publique.
Le point d’indice, cette clé qui ouvre (ou ferme) les salaires
Concrètement, le point d’indice, c’est le multiplicateur qui sert à calculer le salaire de base de chaque fonctionnaire. Gelé, les traitements de base ne bougent pas pendant que les prix grimpent. Le gouvernement table sur cette mesure pour économiser environ deux milliards d’euros, dans un plan d’économies global de 54 milliards.
Deux milliards, le prix de la patience épuisée de 5,9 millions d’agents publics. Car depuis 2017, le point d’indice n’a été revalorisé qu’à deux reprises, 3,5 % en 2022 puis 1,5 % en 2023. Pendant ce temps, selon l’Insee, l’inflation cumulée depuis 2017 atteindra 24,17 % à la fin de l’année 2026.
862 000 agents sous le Smic : le chiffre qui fait tiquer
Le détail le plus cruel tient dans un nombre. Laure Revel, secrétaire générale de la CFDT fonction publique, l’a rappelé : 862 000 agents, soit près d’un sur six, touchent une rémunération indiciaire inférieure au Smic. Un texte de 1991 oblige l’État à garantir qu’aucun agent ne soit payé sous le salaire minimum. Pour s’y conformer, l’administration verse une « indemnité différentielle », un complément qui hisse ces fiches de paie au niveau du Smic.
En clair : sans ce rattrapage obligatoire, des centaines de milliers de fonctionnaires seraient officiellement payés moins que le minimum légal. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, parle d’un « scandale » et chiffre la perte à plus de 16 % de pouvoir d’achat depuis 2017, avec 3 % de baisse à craindre l’an prochain.
« Cet été, qui était au front ? C’était pas les milliardaires, les grands patrons ou les actionnaires, c’étaient les fonctionnaires et les travailleurs et les travailleuses. Comment est-ce qu’on les remercie ? En baissant leur salaire ? » — Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, sur BFMTV
Près d’un agent public sur six touche une rémunération indiciaire inférieure au Smic, compensée par une indemnité différentielle.
Ce qui va coincer ce mardi
Entre 150 et 170 manifestations sont annoncées dans tout le pays. La CGT promet une « journée noire ». Voici à quoi s’attendre :
- Les écoles : un enseignant sur trois pourrait être en grève, comme en décembre 2024. Dans le premier degré, un service minimum d’accueil est organisé dès que plus de 25 % des enseignants d’un établissement se déclarent grévistes.
- Les transports : l’aviation civile a demandé une réduction de 25 % des vols à Marseille-Provence entre 16 heures et minuit, et de 5 % à Roissy entre 7 heures et 20 heures. En Île-de-France, les RER D, R, C, V et E devraient connaître des difficultés.
- Les hôpitaux : certains services non prioritaires tourneront au ralenti.
- Les guichets : mairies, agences France Travail et administrations pourraient réduire leurs horaires.
- Paris : le cortège s’élancera à 14 heures de la place de la République vers la Nation. Les pompiers professionnels défileront d’abord séparément, avant de rejoindre le cortège commun.
Une érosion qui touche tout le pays
Cette mobilisation ne tombe pas du ciel. L’Insee prévoit pour 2026 une baisse de 0,4 % du pouvoir d’achat, la deuxième année de repli consécutive, qui frappe cette fois « une large partie des ménages ». En août, l’énergie affichait encore +16,7 % sur un an : +29 % pour les produits pétroliers, +14 % pour le gaz.
Les fonctionnaires ne sont que la partie visible d’un malaise plus large : celui de millions de Français dont les fiches de paie stagnent pendant que les prix continuent leur chemin. La question, ce 29 septembre, n’est plus vraiment de savoir s’ils ont raison de descendre dans la rue. Elle est de savoir combien de temps un pays peut demander à ceux qui le font tourner de serrer la ceinture, sans jamais la desserrer.
