Samedi 24 octobre, en pleine nuit, la France va faire quelque chose d’étrange : revivre deux fois la même heure. À 3 heures du matin, les horloges reculeront à 2 heures, et le pays basculera en heure d’hiver. Le cadeau est connu : une heure de sommeil en plus. Ce qu’on vous dit moins, c’est que votre corps ne lira pas la même notice que votre réveil.
Dans moins d’un mois, la France vivra sa nuit la plus longue de l’année. Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026, à 3 heures précises, il sera soudain 2 heures : le pays reculera d’une heure et basculera en heure d’hiver. Téléphones et ordinateurs changeront tout seuls ; pour le reste, c’est à vous : réveils, horloges, fours, tableaux de bord. Et les trains de nuit marqueront une pause d’une heure en gare, pour ne pas arriver en avance sur la fiche horaire d’hiver.
Une heure offerte, un corps qui ne suit pas toujours
Officiellement, vous « gagnez » une heure de sommeil. Votre horloge biologique, elle, n’a pas été prévenue.
Une analyse de la UK Biobank sur 11 780 participants équipés de capteurs a mesuré environ 33 minutes de sommeil en plus le dimanche du basculement, par rapport au dimanche précédent. Le cadeau existe donc, la première nuit au moins.
Le dimanche du basculement, on dort environ 33 minutes de plus, selon une analyse de la UK Biobank sur 11 780 personnes.
Mais la suite est moins nette. Une étude canadienne menée sur 30 097 adultes de 45 à 85 ans a observé, une semaine après le passage à l’heure standard, neuf minutes de sommeil en moins par nuit en moyenne, avec une hausse temporaire des signes d’insomnie. La mélatonine se décale quand la lumière du soir change d’horaire, et l’organisme met en général trois à sept jours à retrouver son équilibre. Les tout-petits encaissent souvent le décalage plus durement, et chez les seniors, la fatigue des premiers jours peut augmenter le risque de chute.
La vraie mauvaise nouvelle arrive à 17 heures
Le recul d’une heure a un effet mécanique immédiat : le soleil se couche une heure plus tôt à l’horloge, et la tombée de la nuit tombe en plein dans les trajets du soir.
Dès le lundi suivant, les rues s’assombrissent une heure plus tôt, pile au moment où tout le monde rentre chez soi.
Les données de la Sécurité routière montrent que les jours suivant le basculement enregistrent systématiquement une hausse de près de 18 % des accidents impliquant des piétons entre 17 h et 19 h. Les autorités recommandent de redoubler de vigilance, de porter des vêtements réfléchissants et de vérifier les feux du véhicule dès le week-end du changement.
Pourquoi ce rituel existe-t-il encore ?
Le changement d’heure a été instauré en France après le choc pétrolier de 1973-1974, pour économiser l’éclairage du soir. Dates harmonisées dans l’UE depuis 1998 : dernier dimanche d’octobre pour l’hiver.
En mars 2019, les eurodéputés ont voté pour la suppression du système saisonnier, avec une application envisagée en 2021. La crise du Covid a ensuite tout ajourné, et le texte n’est plus à l’ordre du jour. Le rituel continue donc, alors que son argument historique s’effrite : selon l’ADEME, le changement d’heure économisait environ 440 GWh d’éclairage en 2009, contre à peu près 351 GWh aujourd’hui avec les LED, soit 0,07 % de la consommation française. Sur une facture, l’effet est devenu quasiment invisible.
Dernier détail : l’heure légale française a déjà environ une heure d’avance sur le soleil en hiver. Le passage à l’heure d’hiver rapproche donc nos montres du cycle naturel, ce que beaucoup de spécialistes du sommeil jugent plus sain.
Le mode d’emploi pour passer la nuit sans casse
- Décalez votre coucher d’un quart d’heure chaque soir dans les jours qui précèdent, plutôt que de subir le choc d’un coup.
- Exposez-vous à la lumière du jour dès le matin, même sous un ciel gris : c’est le signal le plus fort pour recaler la mélatonine.
- Décalez progressivement siestes et repas des enfants sur deux ou trois jours, au lieu de tout changer le dimanche.
On connaît la date par cœur, et pourtant chaque automne le même petit vertige revient : le temps officiel recule, le corps met une semaine à le croire, et les soirées plongent d’un coup dans le noir. Cette année, c’est le 25 octobre. Préparez vos horloges, et votre vigilance.
Sources : service-public.gouv.fr (Direction de l’information légale et administrative), L’Internaute (données Sécurité routière), Sortir à Paris (ADEME), Journal de la Météo de l’Ain (UK Biobank, étude canadienne).
