Le Livret A est intouchable depuis des décennies : exonéré, liquide, sans risque. Une note officielle vient pourtant de proposer d’y faire une brèche. Les intérêts au-delà du plafond pourraient être taxés à 31,4 %. Bonne nouvelle : 85 % des épargnants ne sont pas concernés. La mauvaise : les autres le sont sans le savoir.
Un Livret A taxé, en France, cela ressemble à une ligne rouge. Le placement préféré des Français, détenu par plus de 8 personnes sur 10, est exonéré d’impôt depuis toujours. Lundi, le Conseil des prélèvements obligatoires, rattaché à la Cour des comptes, a proposé d’y faire une brèche : taxer les intérêts des dépôts qui dépassent les plafonds de l’épargne réglementée, dans une note de seize recommandations pensée pour le projet de loi de finances 2027.
Ce que ça change pour vous, concrètement
Allons droit au portefeuille. Combien ? Si la piste est retenue, les intérêts générés par la fraction d’épargne au-delà du plafond seraient soumis au prélèvement forfaitaire unique, fixé à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026 (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de cotisations sociales). Le capital dans la limite du plafond continuerait de rapporter des intérêts totalement exonérés. Quand ? Pour l’instant, rien ne change. Une recommandation n’engage ni le gouvernement ni le Parlement. Le projet de loi de finances pour 2027, attendu en conseil des ministres fin octobre, dira si l’idée est reprise. Qui est concerné ? Les détenteurs de livrets dont l’encours dépasse le plafond : 15 % des Livrets A fin 2025, selon la Banque de France. Les 85 % restants ne seraient pas touchés. Que faire ? Vérifier son solde exact, intérêts compris, et ne pas déplacer son épargne dans la précipitation : échanger un impôt certain contre un risque hypothétique serait un mauvais calcul.
Suis-je concerné par la taxe sur le Livret A ?
La réponse tient en un chiffre : votre solde. En dessous de 22 950 €, intérêts compris, vous pouvez refermer cette page. Au-delà, vous entrez dans le périmètre. Ces comptes, minoritaires en nombre, concentraient fin 2025 près de la moitié des sommes déposées sur l’ensemble des Livrets A, soit quelque 448 milliards d’euros d’encours.
« 10 % des ménages détiendraient 50 % du patrimoine global, notamment “du fait de l’héritage” », a souligné Carine Camby, présidente de la première chambre de la Cour des comptes, pour justifier la piste.
Comment en arrive-t-on là ? La loi interdit les versements au-delà du plafond, pas la capitalisation des intérêts. Année après année, un livret saturé gonfle mécaniquement et finit par dépasser le plafond légal. C’est parfaitement légal : aucune banque ne peut exiger un retrait. Ce sont précisément ces intérêts-là que la note vise.
Quatre-vingt-cinq pour cent des Livrets A restent sous le plafond : pour leurs détenteurs, rien ne changerait.
Quels livrets sont concernés par la fiscalité ?
Quatre produits sont dans le viseur, chacun avec son plafond :
- Livret A : 22 950 €, le placement préféré des Français ;
- LDDS : 12 000 € ;
- LEP : 10 000 € ;
- Livret jeune : 1 600 €.
Dans chaque cas, seul le surplus au-delà du plafond verrait ses intérêts basculer sous la fiscalité de droit commun. L’exonération représente un manque à gagner d’environ 5 milliards d’euros pour l’État ; la fiscalisation rapporterait 80 millions d’euros par an selon la direction générale du Trésor.
Quel serait le montant de la taxe sur les intérêts ?
Un exemple. Un Livret A à 25 000 € : l’excédent est de 2 050 €. Au taux actuel de 1,70 %, en vigueur depuis le 1er août 2026, cet excédent rapporte environ 35 € par an. Taxé à 31,4 %, c’est une ponction d’environ 11 €. Pour les très gros encours, la facture grimpe vite : le symbole compte autant que les euros.
Seuls les intérêts de la fraction au-delà du plafond seraient imposés : le reste de l’épargne resterait totalement exonéré.
Livret A taxé : que faut-il faire maintenant ?
Trois gestes, pas un de plus. Relevez votre solde exact, intérêts compris, dans votre espace bancaire. Si vous dépassez le plafond, repérez la ligne d’intérêts créditée au 31 décembre : c’est elle qui crée le dépassement. Et ne bougez rien dans la précipitation, tant qu’aucun texte n’est voté. Les règles officielles sont consultables sur impots.gouv.fr.
Ce n’est d’ailleurs pas la première tentative : l’an dernier, la même institution proposait d’abaisser le plafond du Livret A à 19 125 €. La piste revient à chaque saison budgétaire, et la réponse politique a toujours été la même à quelques mois de la présidentielle de 2027 : on ne touche pas au matelas des Français. À vous de vérifier dans quelle moitié de l’épargne vous êtes.
