Ce lundi matin, la grille du lycée de votre enfant est peut-être restée fermée. Dimanche soir, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé la suspension des cours dans 400 à 500 établissements, pendant que les syndicats lycéens préparent déjà un « acte III » mardi.
L’annonce est tombée dimanche soir. Invité sur France 2 et France Inter, Édouard Geffray, le ministre de l’Éducation nationale, a déclaré que les cours seraient « totalement ou partiellement » suspendus ce lundi dans « 400 à 500 » lycées, partout où les conditions de sécurité ne sont pas réunies. Sur les 3 700 lycées que compte la France, c’est à peu près un sur sept.
En Île-de-France, la situation est la plus tendue. Valérie Pécresse, la présidente de la région, a indiqué dimanche sur Franceinfo TV que plus de 160 lycées publics franciliens resteraient fermés, soit plus d’un tiers des 468 établissements de la région. Dans l’Eure, le préfet a interdit tout rassemblement devant quatre lycées fermés, à Louviers et Évreux. En Normandie, 34 établissements restent portes closes, dont des lycées du Calvados, de l’Eure et de la Seine-Maritime. En Isère, 19 établissements resteront fermés au moins jusqu’à mercredi.
Comment savoir si le lycée de votre enfant est concerné
Aucune liste nationale complète n’a été publiée. Le seul réflexe qui compte ce lundi matin : vérifier la communication de votre établissement. Les rectorats assurent que les parents des lycées fermés ont été informés directement par le proviseur. Regardez les messages de l’ENT, la boîte mail de l’établissement et, si votre préfecture a publié des arrêtés, la liste des rassemblements interdits : là où manifester est prohibé, le lycée est souvent fermé.
Si la réponse est oui, votre enfant ne perd pas forcément sa journée. Une continuité pédagogique à distance est théoriquement assurée par chaque établissement concerné. Sur le terrain, les retours de parents montrent un dispositif très inégal : certains cours basculent bien en visioconférence, d’autres n’ont tout simplement pas lieu faute de temps de préparation.
Devant les lycées bloqués, les banderoles dénoncent les suppressions de postes prévues par le budget 2027.
24 établissements incendiés, 78 personnels blessés : le bilan d’une semaine de tensions
Les chiffres avancés par le ministre donnent la mesure de la semaine écoulée. Vingt-quatre établissements scolaires ont été « incendiés ou saccagés » en marge des blocages, et 78 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés depuis le début du mouvement. Édouard Geffray a dénoncé des agents « attaqués délibérément parce qu’ils étaient personnels de l’Éducation nationale », ajoutant qu’on n’avait « jamais vu ça ».
Côté interpellations, le compteur a dépassé les 5 000 personnes depuis lundi dernier, pour la plupart des adolescents : 85 % des interpellés sont mineurs, selon les chiffres de l’exécutif. À Paris et en proche couronne, la préfecture de police a fait état samedi de 824 interpellations en Île-de-France.
« Je suis triste parce que je pense à ce tiers de lycéens qui ne va pas avoir cours pendant des semaines. »
C’est Valérie Pécresse qui le dit. La présidente de la région Île-de-France chiffre les dégradations à sept millions d’euros pour sa seule région et promet que la région se portera « partie civile dans chaque procès de casseur ». Au niveau national, le ministre évoque une facture probable « entre 20 et 30 » millions d’euros en incluant les dégradations de logements de fonction.
Pourquoi les lycéens se mobilisent
Le mouvement est parti le 17 septembre du lycée Saint-Exupéry de Créteil, au lendemain d’une grève des enseignants contre le manque de moyens. Les revendications sont restées les mêmes depuis : des classes surchargées, des absences de professeurs non remplacées, des bâtiments jugés vétustes, et la dénonciation d’années de sous-investissement dans l’école publique.
La présentation jeudi d’un projet de budget pour 2027 prévoyant la suppression de 1 588 postes d’enseignants a mis le feu aux poudres. Vendredi, Édouard Geffray a reçu les représentants des syndicats lycéens pour tenter de calmer le jeu. Ils sont repartis déçus, dénonçant l’absence de « mesures concrètes », et ont appelé à poursuivre la mobilisation.
Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, a annoncé dimanche la suspension des cours dans 400 à 500 lycées.
Et maintenant ? L’acte III annoncé mardi
L’Union syndicale lycéenne a déjà promis un « acte III » mardi 6 octobre. Les organisations lycéennes se désolidarisent des violences, mais appellent à des rassemblements, et une large intersyndicale de l’Éducation nationale a invité les personnels à prendre part aux mobilisations. La CGT a fait savoir qu’elle serait « aux côtés » des lycéens, notamment pour « sécuriser » les manifestations, et des appels à des blocages quotidiens circulent sur les réseaux sociaux.
Dimanche soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a transmis à ses ministres une feuille de route visant la reprise des cours « partout » où c’est possible. À partir des préoccupations exprimées par les conseils académiques de la vie lycéenne, cinq dossiers ont été confiés aux ministres, avec des « premières décisions attendues avant la fin du mois ».
Ce lundi à 8 heures, des milliers de lycéens trouveront donc une grille fermée. Et tous auront déjà les yeux tournés vers mardi.
