La France se réveille groggy. La journée « contre la vie chère » du 17 octobre a basculé dans les pillages dans tout le pays : 1 800 interpellations, 1 500 commerces touchés, la mairie de Limoges en grande partie détruite. À 19 heures, le Premier ministre réunit une cellule de crise. À 20 heures, Emmanuel Macron s’adresse aux Français.

Samedi 17 octobre devait être une journée de mobilisation « contre la vie chère ». Des centaines de milliers de personnes ont marché, pacifiquement, à Paris et dans 1 750 points de rassemblement du pays, selon la CGT. Et puis, en fin d’après-midi, tout a basculé. Des groupes cagoulés ont brisé des vitrines, vidé des magasins, incendié la mairie de Limoges. Vingt-quatre heures plus tard, la France compte ses dégâts pendant que l’exécutif serre les rangs avant l’allocution présidentielle de 20 heures.

Ce que ça change pour vous

Votre commerce a été pillé ou dégradé ? Déclarez le sinistre à votre assurance sans attendre. Le Code des assurances fixe un délai de 5 jours ouvrés, ramené à 2 jours ouvrés en cas de vol, et le vol est au cœur des pillages. Photographiez tout avant de nettoyer, gardez vos factures et journaux de caisse, déposez plainte et joignez le récépissé. Ne jetez rien avant le passage de l’expert, sauf les mesures urgentes comme le bâchage d’une vitrine.

Vous regardez les infos ce soir ? Emmanuel Macron s’exprime solennellement à 20h. Une heure avant, à 19h, Sébastien Lecornu préside une cellule interministérielle de crise dédiée à trois dossiers : économie-commerce, assurance et suivi judiciaire. C’est là que pourraient sortir les premières décisions pour les commerçants.

Vous circulez en ville ? À Paris, la place de la République a connu de nouvelles tensions dimanche après-midi lors d’un rassemblement sauvage. Restez informés avant de sortir le soir.

Une épaisse colonne de fumée noire s’élève au-dessus d’un boulevard parisien samedi 17 octobre Une épaisse fumée noire au-dessus d’un boulevard parisien, samedi 17 octobre. Photo : Jorge Jaramillo / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

Le bilan, chiffre par chiffre

1 800. C’est le nombre d’interpellations liées aux violences et aux pillages de samedi et de la nuit, annoncé dimanche par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Un record, selon la préfecture de police de Paris. Les gardes à vue se comptent par centaines : à Paris seulement, 517 personnes sont gardées à vue dimanche, dont 346 majeurs et 171 mineurs, pour des faits de recel de vol, de dégradations ou de groupement en vue de commettre des violences. Les interpellations ont duré jusqu’à 6 heures du matin.

500. Plus de 500 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers ont été blessés, a indiqué le ministre de l’Intérieur, qui parle d’un bilan « malheureusement provisoire ». Dans la capitale, 13 policiers et gendarmes et deux pompiers ont été blessés.

550 000. Manifestants comptés par les autorités dans tout le pays, dont 110 000 à Paris. La CGT avance 800 000. Une grande partie des cortèges s’est déroulée sans incident, précise la police : à Paris, la manifestation principale de 110 000 personnes s’est tenue « sans incident majeur », les pillages étant attribués par la préfecture à des groupes venus de l’extérieur des cortèges déclarés.

1. Une personne qui manifestait est décédée à la suite d’un malaise, sans lien avec les violences ni avec une action des forces de l’ordre, assure la préfecture de police.

Commerces : 1 500 touchés, une facture « très élevée »

C’est le chiffre qui fait mal au tissu économique : environ 1 500 commerces directement touchés en France, selon Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution. Sur LCI, il a évoqué « une facture directe financière très élevée », de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros. Lui-même PDG de Carrefour, il compte une cinquantaine de magasins de son enseigne touchés, dont une vingtaine pillés, « pour quelques dizaines de millions d’euros ».

« Ça se chiffrera chez nous autour de quelques dizaines de millions d’euros pour tous nos partenaires. » — Alexandre Bompard, président de la FCD et PDG de Carrefour, sur LCI

Dans les villes, la liste s’allonge : à Bordeaux, les magasins Apple et Louis Vuitton de la rue Sainte-Catherine ont été visés ; à Marseille, une boutique Hermès a été attaquée ; les Galeries Lafayette, des magasins Dior et Celine ont aussi été pillés à Paris, tout comme des pharmacies, des supermarchés et des boutiques de téléphonie. À Limoges, un commerçant raconte comment des manifestants masqués ont brisé sa vitrine en quelques secondes.

Un manifestant masqué dans les lacrymogènes, samedi 17 octobre à Paris Un manifestant masqué dans les lacrymogènes, samedi 17 octobre à Paris. Photo : Jorge Jaramillo / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

Mon commerce a été pillé : que dois-je faire maintenant ?

Cinq réflexes, dans l’ordre.

1. Sécurisez. Fermez, bâchez, faites constater par huissier si possible. Photographiez et filmez chaque dégât, avec la date, avant tout nettoyage.

2. Déposez plainte. Au commissariat ou à la gendarmerie, et gardez le récépissé. Les auteurs identifiés via la vidéosurveillance devront aussi « réparer les préjudices », prévient la préfecture de police : votre plainte fonde un éventuel recours.

3. Déclarez le sinistre à votre assurance. Dans les 5 jours ouvrés, 2 jours en cas de vol (article L.113-2 du Code des assurances). Envoyez le récépissé de plainte, l’inventaire des biens volés ou détruits rapproché de vos factures d’achat et de vos états de stock, les devis de remise en état.

4. Vérifiez votre contrat. La garantie « émeutes » n’est pas automatique partout : lisez vos exclusions. En cas de perte d’exploitation, la déclaration se fait dans les mêmes délais.

5. Suivez la cellule de crise. Le volet « assurance » de la réunion de 19 heures de dimanche pourrait annoncer des facilités. La Confédération des commerçants de France, qui représente 7 000 TPE, a déjà alerté sur la situation.

Limoges : une mairie « en grande partie perdue »

L’image restera dans les mémoires : l’hôtel de ville de Limoges, un bâtiment vieux de 143 ans, en grande partie détruit par un incendie provoqué par des intrus. Le préfet a parlé d’un bâtiment « en grande partie perdu » samedi soir. À Marseille, la mairie a aussi été brièvement envahie ; à Lille, des manifestants ont forcé les portes de la mairie.

Sébastien Lecornu a assuré dimanche que la mairie de Limoges serait reconstruite avec le concours de l’État. Le maire, Guillaume Guérin, exigeait des explications sur la stratégie de maintien de l’ordre. À Paris, Lyon et Marseille, les maires ont demandé à être reçus par le Premier ministre.

La réponse de l’État, heure par heure

Dimanche 17h30. Emmanuel Macron réunit à l’Élysée le Premier ministre et les ministres concernés.

Dimanche 19h. Cellule interministérielle de crise présidée par Sébastien Lecornu : économie-commerce, assurance, suivi judiciaire. Le ministre de l’Intérieur se rendra à Marseille lundi.

Dimanche 20h. Allocution solennelle du président. Sur X samedi soir, il avait promis que ceux qui avaient « cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu’à nos mairies, seront poursuivis et punis ». Gérald Darmanin, garde des Sceaux, a demandé aux parquets une réponse judiciaire « extrêmement ferme » face à des violences « d’une gravité inouïe ».

Mardi. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, proposera la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les violences et les pillages, mais aussi sur la stratégie de maintien de l’ordre, critiquée par les oppositions et plusieurs maires.

Allocution de Macron à 20h : que faut-il attendre ?

Nul ne sait encore ce que le chef de l’État annoncera. Ce qu’on sait : l’exécutif est sous une pression rare, entre les maires qui réclament des moyens, la Confédération des commerçants qui chiffre les dégâts à 1 500 commerces, et des oppositions qui évoquent une « violence d’une extrême intensité ». La présence du volet « assurance » dans la cellule de crise de 19h suggère que des mesures pour les commerçants sinistrés pourraient être détaillées dans la foulée. Le déplacement de lundi à mercredi dans quatre pays du Golfe est, à ce stade, maintenu.

Que sait-on vraiment de la journée de samedi ?

Née sur les réseaux sociaux il y a un mois, relayée par des syndicats lycéens mobilisés depuis la mi-septembre et des organisations syndicales, la mobilisation du 17 octobre mêlait la colère contre la vie chère, les revendications scolaires et le mouvement des gilets jaunes. Le ministère de l’Intérieur comptait 550 000 manifestants. La quasi-totalité des cortèges a défilé dans le calme. Mais à partir de la fin d’après-midi, des groupes organisés ont pris le dessus dans plusieurs centres-villes : Paris, Marseille, Bordeaux, Lille, Limoges, Rouen, Montpellier.

Dimanche soir, les 20 heures approchent avec une France divisée entre deux images : les centaines de milliers de manifestants pacifiques, et les vitrines brisées de la nuit. L’allocution de ce soir dira de quel côté l’exécutif entend faire pencher le récit.

Sources : Le Nouvel Observateur (chiffres du bilan), Le Figaro (direct), Boursorama/AFP, Huffington Post, LCI.