Vendredi 25 septembre, la pétition pour rendre le Nutri-Score obligatoire a franchi la barre des 100 000 signatures sur le site de l’Assemblée nationale. Le même mois, l’Observatoire de l’alimentation constate que le logo recule pour la première fois dans les rayons. Jamais le petit logo aux cinq couleurs n’aura été autant défendu, et jamais il n’aura été aussi menacé.

Posez un pot de yaourt dans votre chariot et cherchez du regard la petite échelle de couleurs, du A vert foncé au E rouge. Sur certains emballages, elle n’apparaît plus. Au même moment, la pétition qui réclame un Nutri-Score obligatoire sur tous les produits alimentaires vient de franchir la barre des 100 000 signatures. Deux mouvements contraires, le même jour, pour un même logo.

C’est vendredi 25 septembre que le compteur a basculé, sur la plateforme des pétitions de l’Assemblée nationale. Le texte, enregistré le 20 novembre 2025, réclame l’affichage obligatoire du Nutri-Score sur les emballages de tous les aliments vendus en France. Il est porté par Serge Hercberg, professeur émérite de nutrition à l’université Sorbonne Paris Nord et co-créateur du logo, qui s’est félicité auprès de franceinfo de la forte mobilisation des citoyens.

100 000 signatures : un cap symbolique qui ne change pas la loi

Mais que change concrètement ce seuil ? Moins qu’on ne l’imagine. Comme le précise la page officielle de la pétition, un texte qui dépasse 100 000 signatures est mis en avant sur le site de l’Assemblée pour gagner en visibilité. La commission des affaires sociales, à laquelle il a été attribué, désigne un député-rapporteur. Celui-ci propose ensuite soit un examen assorti d’un rapport parlementaire, soit le classement de la pétition.

Pour obtenir un débat en séance publique, il faudrait réunir 500 000 signatures, venues d’au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer. Nous en sommes encore loin, et Serge Hercberg entend désormais amplifier la mobilisation pour peser sur les débats parlementaires à venir.

Pendant ce temps, le logo recule dans les rayons

Car le Nutri-Score a du plomb dans l’aile. Selon une note de l’Observatoire de l’alimentation (Oqali), le volume de produits l’affichant a pour la première fois régressé de 2024 à 2025, du fait du désengagement de marques nationales. Après avoir atteint 64 % des volumes de ventes en 2023 et 2024, après plusieurs années de forte croissance, la part de marché des marques affichant le Nutri-Score recule légèrement à 63 % en 2025 en grandes et moyennes surfaces et dans les circuits spécialisés.

Ces estimations viennent de l’observatoire piloté par l’institut de recherche Inrae et l’autorité sanitaire Anses. Un point de pourcentage, cela peut sembler peu. Mais c’est la première fois depuis la création du logo que la courbe s’inverse.

Cent mille Français veulent sauver le Nutri-Score pendant que des marques nationales le retirent de leurs emballages : la bataille du petit logo aux cinq couleurs n’a jamais été aussi ouverte.

Dix ans de bras de fer avec les industriels

Cette tension n’est pas nouvelle. Le Nutri-Score est né d’un constat simple : aider chacun à comparer les produits en un coup d’œil, du A au E. Mais son affichage est resté volontaire, et chaque tentative pour le rendre obligatoire s’est heurtée à une forte opposition.

La pétition intervient alors que de nouvelles fenêtres législatives s’ouvrent : une proposition de loi transpartisane a été déposée pour rendre l’affichage obligatoire, et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, discuté à partir d’octobre, pourrait accueillir la mesure sous forme d’amendements.

Comment une pétition de l’Assemblée fonctionne, en trois étapes

Le mécanisme vaut d’être compris, car il est le même pour toutes les pétitions citoyennes déposées sur le site de l’Assemblée nationale.

  • Étape 1 : le dépôt et la collecte. N’importe quel citoyen peut déposer un texte, qui est ensuite mis en ligne pour recueillir des signatures.
  • Étape 2 : le seuil des 100 000 signatures. La pétition est mise en avant sur le site et un député-rapporteur de la commission compétente doit l’examiner : rapport parlementaire ou classement.
  • Étape 3 : le seuil des 500 000 signatures. Si le texte réunit 500 000 signatures venues d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer, il peut donner lieu à un débat en séance publique.

Entre le point de départ et le débat, il y a donc un gouffre. Les 100 000 signatures du Nutri-Score sont un premier palier, pas une victoire.

Le paradoxe de la lettre qui s’efface

Reste l’image la plus troublante de cette histoire : pendant que des milliers de citoyens signent pour rendre le logo obligatoire, d’autres acteurs le font discrètement disparaître de leurs emballages, après la mise à jour de son algorithme. D’un côté, la demande d’une information claire et simple ne faiblit pas. De l’autre, l’affichage volontaire montre ses limites.

Le Nutri-Score a dix ans. La question qui se pose aujourd’hui n’est plus de savoir s’il est utile, mais qui décide de ce que vous voyez sur vos emballages : les citoyens qui signent, les parlementaires qui votent, ou les marques qui choisissent d’afficher ou non le logo. La réponse dépendra, en partie, du nombre de signatures que la pétition réunira dans les semaines qui viennent.