Plus de 840 000 Français en prennent. La plupart sans problème. Mais entre février 2025 et janvier 2026, l’agence du médicament a recensé 2 801 effets indésirables liés aux analogues du GLP-1, dont 515 graves et 13 décès. Le nouveau rapport de l’ANSM publié le 7 octobre ne remet pas les traitements en cause. Il pointe deux choses que beaucoup de patients ignorent.

Le 7 octobre 2026, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a publié son troisième bilan de pharmacovigilance sur les analogues du GLP-1, ces stylos injectables devenus célèbres pour faire perdre du poids. Ozempic, Wegovy, Mounjaro, Trulicity : le rapport, réalisé par le centre régional de pharmacovigilance de Montpellier, couvre douze mois, de février 2025 à janvier 2026, et plus de 840 000 patients traités en France.

Le verdict général rassure : la balance bénéfice-risque reste favorable, à condition de respecter le cadre de l’autorisation de mise sur le marché : sous contrôle médical, avec une dispensation en pharmacie. Car les chiffres montrent aussi ce qui se passe quand on s’en écarte.

13 décès, 515 effets graves : que dit vraiment le rapport ?

Sur la période, 2 801 effets indésirables ont été signalés, dont 515 graves et 13 décès. L’ANSM évoque un lien possible avec deux pancréatites aiguës mortelles, et soupçonne deux décès liés à une acidose lactique chez des diabétiques sous metformine.

Ce qui frappe les rédacteurs du rapport, c’est d’abord le mésusage. Trente-six signalements concernent des personnes qui utilisaient ces médicaments uniquement pour maigrir, sans indication médicale. Dix-sept de ces cas étaient graves, dont cinq pancréatites aiguës. Le profil tranche avec le reste des signalements : un âge médian de 29 ans, plus de huit femmes sur dix.

Un pharmacien au comptoir de son officine L’ANSM rappelle que ces médicaments ne s’obtiennent que sur ordonnance, en pharmacie.

Dans deux cas sur trois, le stylo venait d’internet, de l’entourage ou de l’étranger. Dans plus de neuf cas sur dix, la dose était trop forte ou avait été augmentée trop vite. Le message de l’ANSM est sec : ces médicaments doivent toujours être obtenus « avec une ordonnance, en pharmacie, jamais sur internet ».

Ozempic et metformine : le danger caché des interactions

Second volet : des patients, eux, parfaitement suivis. Le rapport relève dix cas d’interactions médicamenteuses. Le plus préoccupant associe l’analogue du GLP-1 à la metformine, le traitement de référence du diabète de type 2. Les vomissements provoqués par le GLP-1 déshydratent. Les reins filtrent moins bien. Et la metformine, éliminée par voie rénale, s’accumule dans le sang jusqu’à l’acidose lactique, une complication potentiellement mortelle.

Deux patients diabétiques traités à la metformine sont morts d’une acidose lactique après des vomissements liés à leur traitement. Aucun des deux n’avait détourné son médicament.

L’agence signale aussi des interactions avec des médicaments à marge thérapeutique étroite, comme certains anticoagulants, et avec le lithium. Dernier point, qui concerne des milliers de femmes : plusieurs grossesses non désirées ont été déclarées en Europe chez des patientes sous contraception orale. L’efficacité de la pilule, y compris du lendemain, pourrait diminuer. Une évaluation européenne est en cours.

Une main tenant des comprimés La metformine, certains anticoagulants et la pilule peuvent interagir avec les analogues du GLP-1.

Quels sont les dangers et les effets secondaires graves à connaître ?

Vous prenez un analogue du GLP-1, ou vous y songez ? Voici la marche à suivre que recommande le rapport.

  • Ne jamais acheter ces médicaments sur internet. La vente en ligne est illégale en France, et les produits sont souvent mal dosés.
  • Ne pas augmenter la dose soi-même. Les augmentations trop rapides sont à l’origine de la quasi-totalité des cas graves de mésusage.
  • Vomissements persistants : consultez vite. Ce n’est pas « normal » : cela déshydrate et peut annoncer une pancréatite.
  • Dites à votre médecin tout ce que vous prenez. Metformine, anticoagulants, lithium, contraceptifs : la liste doit être complète.
  • Grossesse : le traitement n’est pas recommandé. Arrêtez-le dès qu’une grossesse est connue.
  • Douleur abdominale haute intense irradiant dans le dos : c’est une urgence, et le signe d’alerte de la pancréatite aiguë.

Le rapport du 7 octobre rappelle une règle simple que l’engouement avait fait oublier : un stylo qui fait maigrir n’est pas un produit de confort. C’est un médicament. Il se prend sur ordonnance, en pharmacie, avec un médecin qui sait ce que vous prenez d’autre.