Ce mardi soir, France 5 consacre son magazine Enquête de santé aux traitements hormonaux. Derrière ce documentaire, une réalité chiffrée : des millions de femmes ont pris, ou prennent encore, des médicaments dont le lien avec une tumeur du cerveau est aujourd’hui établi.
« Vous avez pris de l’Androcur, du Lutéran ou du Lutényl ? » Des millions de femmes peuvent se poser la question ce soir. France 5 diffuse à 21h05 « Traitements hormonaux : le nouveau scandale sanitaire ? », une enquête sur le lien entre Androcur et méningiome.
Les chiffres viennent d’une étude de l’Assurance maladie, publiée en 2018 puis confirmée par des travaux ultérieurs : le risque de méningiome est multiplié par 7 quand le traitement par Androcur dépasse six mois, et par 20 après cinq ans d’utilisation. L’agence du médicament, l’ANSM, a depuis encadré strictement ces prescriptions.
Qu’est-ce qu’un méningiome, et quels signes doivent alerter ?
Un méningiome est une tumeur qui se développe à partir des méninges, les membranes qui enveloppent le cerveau. Dans la grande majorité des cas, elle est bénigne. Le problème tient à sa place : en grossissant, elle comprime le cerveau et peut provoquer des troubles parfois lourds.
L’ANSM liste les signaux d’alerte : maux de tête persistants, troubles de la vision, faiblesse musculaire, troubles de l’équilibre ou du langage, pertes de mémoire, épilepsie qui apparaît ou s’aggrave. Face à l’un d’eux : en parler à son médecin, qui pourra prescrire une IRM cérébrale.
Androcur et méningiome : que doit faire votre médecin ?
L’Androcur reste prescrit dans des indications précises : hirsutisme sévère, certaines formes de cancer de la prostate. Pour les femmes sous traitement, l’ANSM a fixé un protocole de surveillance qui laisse peu de place à l’approximation.
D’abord, une réévaluation de l’ordonnance au moins une fois par an. Ensuite, un suivi par IRM : une première en début de traitement, une seconde dans les cinq ans, puis une tous les deux ans si l’examen reste normal. Au-delà d’un an de traitement, le médecin doit aussi remettre chaque année une attestation d’information, cosignée avec la patiente, sans laquelle la pharmacie ne peut pas délivrer le médicament.
Si l’IRM révèle un méningiome, le traitement est arrêté définitivement. Point rassurant, souligné par l’ANSM : la majorité de ces tumeurs se stabilisent, voire régressent, une fois le médicament stoppé. L’opération n’est donc pas systématique.
Cerazette, Optimizette, Antigone, Elfasette : 1,6 million d’utilisatrices de pilules au désogestrel vont recevoir un courrier nominatif de l’ANSM.
Lutéran, Lutényl, Colprone : les autres traitements dans le viseur
L’ANSM en retient quatre autres : le Lutéran (acétate de chlormadinone), le Lutényl (acétate de nomégestrol), le Colprone (médrogestone) et le Depo Provera (médroxyprogestérone) ; la promégestone (Surgestone, retirée en 2020) complète la liste.
Même consigne pour ces médicaments : dose la plus faible, durée la plus courte, IRM de contrôle en cas de traitement prolongé. En 2023, seules 22 % des femmes concernées avaient passé cette IRM (contre 5 % en 2019) : le suivi progresse, mais reste minoritaire.
Et la pilule au désogestrel ? 1,6 million de courriers en route
En septembre 2026, l’ANSM a annoncé un courrier nominatif à environ 1,6 million de femmes ayant pris une pilule au désogestrel (Antigone, Cerazette, Elfasette, Optimizette). Une étude Epi-Phare de 2024 chiffre un risque faible mais réel : une femme sur 67 000 exposées, une sur 17 000 après cinq ans de traitement.
Ce risque double après sept ans, concerne surtout les femmes de plus de 45 ans, et disparaît un an après l’arrêt. L’agence insiste : ne pas arrêter sa contraception sans avis médical ; la prochaine consultation de routine suffit pour en discuter.
L’IRM cérébrale est l’examen de référence pour surveiller les traitements progestatifs à risque, selon les recommandations de l’ANSM.
Utrogestan, Duphaston, Mirena : les traitements jugés rassurants
Aucun surrisque en revanche pour la progestérone (Utrogestan), la dydrogestérone (Duphaston) ni les stérilets au lévonorgestrel comme Mirena, selon EPI-PHARE. L’information compte : ce sont ces molécules qui accompagnent le plus souvent le traitement hormonal de la ménopause.
La majorité des méningiomes liés à ces traitements se stabilisent ou régressent quand on arrête le médicament : c’est ce que rappellent les recommandations de l’ANSM, et sans doute l’information la plus rassurante du dossier.
Ce soir, des millions de femmes se demanderont si leur ancienne ordonnance les concerne. La réponse tient en un geste : vérifier le nom de son traitement, et en parler à son médecin.
