400 euros de plus par an, sans impôt ni cotisations : c’est le cadeau que le gouvernement glisse sur la table des employeurs depuis le 1er octobre. Le hic, c’est que personne n’est tenu de le prendre.

Faire le plein est devenu un sport de riches. Alors le 22 septembre, à Bercy, le gouvernement a sorti une carte de sa manche : la prime carburant employeur monte en régime. Son plafond d’exonération grimpe de 600 à 1 000 euros par an et par salarié, en vigueur du 1er octobre au 31 décembre 2026. Sur le papier, ce sont 400 euros de plus dans la poche de ceux qui roulent pour aller travailler.

Pistolets de station-service, dont plusieurs sans plomb 95 Pistolets de station-service : la prime carburant vise ceux qui n’ont pas d’autre choix que la voiture pour aller travailler.

Ce que ça change pour vous

Combien ? Jusqu’à 1 000 euros par an, nets d’impôt sur le revenu et exonérés de cotisations sociales. La prime peut aussi couvrir l’alimentation d’un véhicule électrique, hybride rechargeable ou à hydrogène, pas seulement l’essence.

Quand ? Du 1er octobre au 31 décembre 2026. Une mesure temporaire, pensée comme un pansement sur la flambée des prix à la pompe, que le gouvernement attribue aux conflits au Moyen-Orient et en Ukraine.

Qui est concerné ? Les salariés en CDI comme en CDD, à temps plein ou partiel, y compris intérimaires, apprentis et stagiaires. Il faut remplir l’un des critères prévus : vivre ou travailler dans une agglomération de moins de 100 000 habitants, avoir des horaires incompatibles avec les transports publics, ou se déplacer entre plusieurs lieux de travail à ses frais. Bonne nouvelle : la vieille condition d’habiter une zone mal desservie par les transports en commun a été assouplie.

Que faire ? En parler à son employeur. Rien ne tombe du ciel : la prime n’est versée que si l’entreprise la met en place. Et elle est cumulable avec la prise en charge de votre abonnement de transport, ainsi qu’avec l’aide aux grands rouleurs.

La prime carburant à 1 000 € : qui peut vraiment la toucher ?

Voilà le point que les gros titres oublient souvent : ce n’est pas l’État qui verse, c’est votre entreprise. Et votre entreprise n’y est pas obligée. La prime reste volontaire, sauf si un accord d’entreprise ou une convention collective la prévoit déjà. Quand l’employeur décide de la verser, il le fait par accord d’entreprise ou de branche, ou par décision unilatérale après consultation du comité social et économique.

« La prime carburant, qui est défiscalisée et sans charges sociales, va être portée de 600 à 1 000 euros pour les salariés », a souligné Serge Papin, ministre des PME, du Commerce et de l’Artisanat et du pouvoir d’achat.

Le Syndicat des indépendants (SDI) nuance déjà l’enthousiasme : le dispositif suppose que l’entreprise ait la trésorerie pour suivre. Une petite boîte déjà étranglée par ses propres factures ne transformera pas forcément l’annonce en chèque.

Comment faire pour la toucher : quatre étapes

  • Vérifiez votre éligibilité : vos trajets domicile-travail se font en voiture, et vous remplissez l’un des critères du dispositif.
  • Parlez-en à votre employeur ou à vos représentants du personnel : sans accord ou décision unilatérale, il ne se passe rien.
  • Renseignez-vous sur le montant : 1 000 € est un plafond d’exonération, pas une somme automatique. L’entreprise fixe librement ce qu’elle verse.
  • Surveillez votre fiche de paie : la prime peut y apparaître directement, ou prendre la forme de titres-mobilité.

Un automobiliste fait le plein de son véhicule Chaque plein coûte plus cher qu’il y a un an : la prime carburant et l’aide aux grands rouleurs visent à amortir la facture.

Les grands rouleurs : 100 € aussi prolongés

La prime employeur n’est que la moitié de l’histoire. En parallèle, le gouvernement prolonge jusqu’à fin décembre son aide de 100 euros pour les « grands rouleurs », et l’élargit : le nombre de bénéficiaires potentiels passe de 3 à 5,5 millions de personnes. Cette aide équivaut à environ 40 centimes par litre sur deux mois.

Les critères sont eux aussi élargis : les personnes seules gagnant jusqu’à 2 050 euros nets par mois y ont droit, les couples jusqu’à 4 070 euros, et les couples avec deux enfants jusqu’à 6 100 euros, à condition de parcourir au moins 30 kilomètres aller-retour par jour pour se rendre au travail. Si vous avez déjà reçu ces 100 euros, vous toucherez automatiquement 100 euros supplémentaires au 1er octobre. Les nouveaux bénéficiaires, eux, devront faire leur demande sur le site des impôts.

Le détail qui pourrait tout changer

Une ombre au tableau, relevée par plusieurs observateurs : au moment de l’annonce, les textes d’application n’étaient pas encore parus. Le gouvernement indique que les employeurs peuvent appliquer les nouvelles règles dès le 1er octobre. Mais tant qu’aucun décret n’est publié, le plafond juridiquement exonéré reste officiellement celui de 600 euros. Autrement dit : votre entreprise peut s’engager sur les 1 000 euros, mais la sécurité juridique complète attend encore la signature des textes.

Rappel du décor : octobre 2026 aligne les mauvaises nouvelles à la pompe et au compteur. Le prix repère du gaz a bondi de 6,3 % au 1er octobre, et le projet de budget 2027 s’annonce serré pour les ménages. Dans ce contexte, 400 euros exonérés ne sont pas un luxe. Ils ne tomberont pourtant dans votre poche que si quelqu’un, dans votre entreprise, décide de les y mettre. La balle est dans son camp.