Devant l’étal de tomates, Marie hésite. Le prix a encore changé depuis la semaine dernière. Elle n’imagine pas : en un an, la tomate a bondi de 31,5 %, et son panier de fruits, légumes, viandes et poissons lui coûte désormais 16,43 euros de plus. L’Insee vient de publier ses derniers relevés, et ils expliquent pourquoi votre ticket de caisse semble s’allonger chaque mois.

On le sent à la caisse, on le voit sur les étiquettes, et les chiffres viennent de le confirmer : l’augmentation des prix alimentaires en 2026 n’a rien d’une impression. L’Insee a passé au crible ses relevés de prix moyens de vente au détail, mois après mois, et le résultat est net. Sur un panier de fruits, légumes, viandes et poissons, la facture a gonflé de 16,43 euros entre août 2025 et août 2026. Certains produits affichent des taux d’inflation qui dépassent allègrement les 10 %.

16,43 euros de plus : ce que disent les relevés de l’Insee

Sébastien Faivre, responsable de la division prix à la consommation à l’Insee, résume la tendance d’un mot : la hausse. Les statisticiens rappellent une nuance importante : ces prix sont « très saisonniers », avec leurs pics et leurs creux selon les périodes. L’Insee table désormais sur une inflation annuelle des produits frais de 3,7 % en moyenne sur l’ensemble de l’année 2026, contre 1 % un an plus tôt.

La tomate, reine des hausses : +31,5 % en un an

C’est le chiffre qui frappe. Le prix moyen de la tomate a explosé de 31,5 %. La cause, selon l’Insee : un « effet canicule ». L’été torride a réduit la production française et forcé les distributeurs à importer des productions marocaines, plus coûteuses à l’achat.

Tomates fraîches sur un étal de marché La tomate, star de la hausse : +31,5 % en un an, un record lié à la canicule estivale.

Les poivrons suivent la même pente : 50 centimes de plus le kilo en un an. Les artichauts, les haricots verts et les avocats enregistrent aussi de fortes progressions. Les fruits frais, eux, stagnent ou baissent, du pamplemousse à la clémentine.

Le bœuf et le veau flambent, la sole fait exception

Côté viande, la hausse marque des distinctions nettes. Le veau et le bœuf ont progressé de 3,7 % à près de 8 % selon les pièces. Le jambon supérieur, le porc et le lapin, eux, ont peu évolué. Pour les poissons, les augmentations restent modérées, à l’exception de la sole, qui s’envole seule.

Étal de boucherie avec viandes de bœuf Le bœuf et le veau ont pris de 3,7 % à près de 8 % selon les pièces : les morceaux à mijoter restent les alliés du budget.

Les industriels, eux, tirent la sonnette d’alarme. Nicolas Facon, président de l’Ilec qui regroupe plus de cent grands industriels de l’agroalimentaire, affirme que ses adhérents sont « pris à la gorge » : la distribution bloque toute discussion sur des ajustements de prix ciblés, ce qui fragilise les marges déjà faibles et réduit les investissements. Le patron d’Intermarché, Thierry Cotillard, n’exclut pas une inflation de 8 à 12 % sur certaines catégories dans les semaines à venir.

Les bonnes nouvelles : l’huile et le sucre respirent

Tout ne monte pas. Les huiles végétales et le sucre, qui avaient fortement augmenté ces derniers temps, ont perdu entre 3,8 % et 8,3 %. Sur les produits de grande consommation hors fruits et légumes frais, l’institut Circana constate même une inflation nulle pour le troisième mois consécutif. Le ministre du Commerce et du Pouvoir d’achat, Serge Papin, tempère : « On ne va pas jouer à se faire peur. Pour l’instant, l’inflation est inférieure à 1 % pour les produits alimentaires et la consommation alimentaire tient. »

Un panier de 12 produits suivi par Intermarché est passé de 37 euros en 2022 à 51 euros aujourd’hui : 40 % d’augmentation en quatre ans.

5 gestes pour faire baisser la facture d’octobre

Face aux étiquettes, quelques réflexes valent mieux que des privations :

  • Cuisinez de saison et local. En octobre, les courges, choux, pommes et poires sont à leur meilleur prix. La tomate, elle, attendra l’été prochain.
  • Comparez toujours au kilo. Un grand format ou un lot n’est pas forcément moins cher : le prix au kilo tranche, rayon après rayon.
  • Misez sur les morceaux à mijoter. Paleron, joue de bœuf, gîte : moins chers que les pièces nobles, ils donnent des plats plus goûteux après une cuisson lente. Et le sucre, dont le prix recule, ne pèsera pas sur vos desserts d’automne.
  • Achetez les produits proches de leur date limite. Soldés jusqu’à -50 %, ils se cuisinent ou se congèlent le jour même sans rien perdre.
  • Faites une liste, tenez-vous-y. Les achats impulsifs représentent une part énorme du ticket de caisse : le drive, gratuit dans la plupart des enseignes, les élimine presque tous.

Les négociations commerciales pour 2027 s’annoncent tendues, et nul ne sait ce que donneront les prochains mois. En attendant, octobre reste le mois des plats mijotés et du congélateur bien rempli : la meilleure période pour faire rimer cuisine d’automne et budget maîtrisé.