En dix ans, le prix de l’alimentation a pris près de 35 points d’indice en France. Pour les légumes et les fruits, la note est encore plus salée : 112 points. Derrière ces chiffres, une décennie de chocs qui a changé, durablement, le contenu de votre panier.
Samedi 17 octobre, des dizaines de milliers de Français battent le pavé contre la vie chère. Ce même jour, France Info a mis en graphiques dix ans de relevés de l’Insee : l’indice des prix de l’alimentation a pris près de 35 points. Le panier légumes-fruits (concombres, aubergines, tomates, courges) a lui bondi de 112 points entre août 2016 et août 2026.
Sur les étals, les prix affichés racontent dix ans de hausses : le panier légumes-fruits a bondi de 112 points d’indice depuis 2016.
Pourquoi les prix de l’alimentation ont explosé en France en dix ans
Jusqu’en 2022, la courbe avançait doucement : environ 1,4 % par an entre 2015 et début 2022, d’après une étude d’Alimenterre qui reprend les chiffres de l’Insee. Puis la machine s’est emballée : +20 % sur les prix alimentaires entre 2022 et la mi-2024, en à peine deux ans.
Le Covid a désorganisé les livraisons. La guerre en Ukraine a fait flamber le gaz et les engrais, sans lesquels l’agriculture ne tourne pas. Et l’énergie, qui entre dans chaque étape du voyage d’un légume jusqu’au rayon, n’a cessé de renchérir. France Assos Santé, qui a épluché les données de l’Insee pour interpeller le Sénat cette semaine, additionne le tout : depuis 2015, les fruits frais ont pris 54 %, les légumes frais 62 %, contre 21 % pour l’inflation générale.
Les produits frais, grands perdants de la décennie
C’est la constante de dix ans : plus un produit est frais et peu transformé, plus il a trinqué. Les chiffres définitifs de septembre, publiés par l’Insee le 15 octobre, le confirment : l’inflation globale a atteint 3,1 % sur un an, son plus haut depuis janvier 2024, mais les produits frais ont bondi de 9,5 %, contre 0,4 % pour le reste de l’alimentation.
En août, les légumes à fruits (tomates, courgettes) prenaient +22,3 % sur un an, et les légumes à feuilles (salades, endives) +21,3 %. Même le poisson a suivi, à +6,8 %, pour compenser le carburant des pêcheurs. Sébastien Faivre, qui dirige la division prix à la consommation à l’Insee, ne mâche pas ses mots : il parle des augmentations « les plus spectaculaires » observées sur les rayons.
Sébastien Faivre, de l’Insee, parle des hausses sur les légumes frais comme des « plus spectaculaires » observées sur les rayons.
Ce que ça change pour vos courses cet automne
Et ça ne s’arrête pas là. Isabelle Senand, directrice des études de la Fédération du commerce et de la distribution, le dit au Figaro : les hausses se concentrent sur les produits peu ou pas transformés, fruits, légumes, viandes dont le bœuf. Elles risquent de contaminer vos soupes, vos purées et vos légumes en conserve cet hiver.
Côté fruits, l’Association nationale pommes-poires signale 22 % de récolte en moins en juillet, et réclame 35 centimes de plus pour assurer la durabilité des vergers. Quant à la viande, l’économiste Bruno Parmentier prévient d’un « effet retard » : les troupeaux auront fondu de 20 à 30 % en 2027, et la note se paiera en mars, avril et mai 2027.
Avec des produits frais en hausse de 9,5 % sur un an, chaque passage en caisse demande plus d’anticipation.
Comment manger équilibré quand tout augmente
Pas question de bannir les légumes pour autant. Voici les gestes qui allègent vraiment la note :
- Achetez la saison, pas l’envie. Les légumes d’automne (potimarron, poireaux, endives) coûtent nettement moins cher que les tomates de serre.
- Pensez prix au kilo. Deux sachets de salade au même prix n’ont pas le même poids : la petite étiquette du rayon est votre vrai comparateur.
- Remettez les légumineuses au menu. Lentilles, pois chiches, haricots secs : des protéines à petit prix qui se cuisinent en soupes ou en currys.
- Faites la liste et tenez-la. Un caddie improvisé coûte toujours plus cher qu’un caddie écrit sur un coin de table.
- Apprivoisez l’anti-gaspillage. Un reste de légumes devient une soupe, du pain rassis une chapelure.
Et le sujet dépasse les portefeuilles : selon Action contre la faim, 13 % des adultes manquent « parfois ou souvent » de nourriture, un jeune sur quatre chez les 18-24 ans. Dès 2023, 43 % des Français disaient avoir renoncé à acheter des produits alimentaires par manque d’argent.
Dix ans de hausse ont fait de l’alimentation la variable d’ajustement des budgets. La courbe de l’Insee ne redescendra pas toute seule : en attendant, la première bataille se joue dans votre cuisine.
