« Le prix de l’électricité ne doit pas augmenter cet hiver » : la phrase a fait le tour des rédactions le 7 octobre. Derrière, une promesse ferme. Mais une protection qui s’arrête à la moitié des boîtes aux lettres. Voici ce qui est vraiment gelé, et pour qui.

Le 7 octobre, Sébastien Lecornu l’a promis devant les caméras : « Le prix de l’électricité ne doit pas augmenter cet hiver ». À l’heure où le prix de l’électricité pour l’hiver 2026 inquiète les ménages, la phrase rassure. Elle mérite pourtant d’être lue avec la facture sous les yeux : le gel annoncé protège les foyers au tarif réglementé. Pas les autres.

Ce que ça change pour vous

Combien. En option Base du tarif réglementé, le kilowattheure coûte aujourd’hui 0,2001 € TTC. Pour un foyer qui consomme 4,5 MWh par an, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) chiffre la facture type à 1 072 € par an, dont 316 € de taxes, soit presque trois euros sur dix qui ne paient aucun kilowattheure. En heures pleines et heures creuses, le kWh revient à 0,2141 € ou 0,1588 €.

Quand. Le barème est figé au moins jusqu’au 1er février 2027. Le tarif réglementé est révisé en principe deux fois par an, en février et en août, sur proposition de la CRE : la prochaine échéance tombe en plein hiver.

Qui est concerné. Plus de 19 millions de sites résidentiels restent abonnés au tarif réglementé, le « tarif bleu » d’EDF ou des entreprises locales de distribution. Cela représente 55 % des sites résidentiels. Les autres, abonnés à des offres de marché, ne sont pas couverts par la promesse du gouvernement.

Que faire. Sortez votre dernière facture et vérifiez le nom de votre offre. Si vous êtes au tarif bleu, rien ne bouge jusqu’en février. Si votre contrat de marché se termine cet hiver, comparez avant de reconduire : les prix de gros ont bondi d’environ 40 % en un mois depuis la rentrée, et certains contrats peuvent les répercuter.

Que vaut vraiment la promesse du 7 octobre ?

Le Premier ministre a qualifié le gel d’« objectif concret et ferme », promettant « les décisions nécessaires pour le tenir ». Ni ses services, ni ceux de la ministre chargée de l’énergie n’ont précisé lesquelles, le soir même. La promesse est réelle, son mode d’emploi reste flou.

Ce flou n’empêche pas un fait déjà acquis : avant même l’allocution, les factures devaient rester à l’identique pour une majorité de ménages au moins jusqu’au 1er février 2027. La mécanique du tarif réglementé fait le reste.

Un technicien relève un compteur électrique Un technicien relève un compteur : le premier réflexe, c’est de vérifier le type de contrat inscrit sur votre facture.

Prix de l’électricité hiver 2026 : combien paie vraiment un foyer ?

Le tarif réglementé a augmenté en moyenne de 2,5 % au 1er août 2026. Depuis, il n’a pas bougé. Pour la facture type de 4,5 MWh, cela donne 1 072 € TTC par an, dont 316 € de taxes (TVA à 20 % et accise à 30,62 € par MWh), soit 29,5 % de la facture.

« Le prix de l’électricité ne doit pas augmenter cet hiver. Nous prendrons donc les décisions nécessaires pour le tenir. » — Sébastien Lecornu, le 7 octobre 2026.

Pourquoi les prix de gros flambent sans toucher votre facture

Paradoxe d’automne : sur les marchés de gros, les prix ont bondi d’environ 40 % en un mois, ravivant le souvenir des factures de 2023. Mais le tarif réglementé ne suit pas le prix du jour : il repose sur une moyenne lissée dans le temps, comme un achat fait petit à petit.

Le filet de sécurité historique a pourtant disparu : l’Arenh, qui obligeait EDF à céder une partie de sa production nucléaire à 42 € le MWh, s’est éteint le 31 décembre 2025. Un nouveau mécanisme de « garde-fou » a pris le relais le 1er janvier 2026, et le gouvernement anticipait déjà fin 2025 une stabilité des factures pour la plupart des ménages en 2026 et 2027.

Les tubes d’un radiateur électrique halogène Le chauffage fait grimper la consommation dès que les températures chutent : c’est le premier poste à surveiller sur la facture.

Votre contrat se termine cet hiver : que faire ?

Si votre offre de marché arrive à échéance entre novembre et février, ne reconduisez pas les yeux fermés : le comparateur du médiateur national de l’énergie confronte les offres, son numéro vert 0 800 112 212 répond gratuitement, et revenir au tarif réglementé reste sans frais.

Autre levier, immédiat celui-là : les nouvelles plages d’heures creuses entrent en vigueur le 1er novembre pour 9,3 millions de foyers. Décaler le chauffe-eau, le lave-linge et la recharge de la voiture vers ces créneaux à 0,1588 € le kWh, contre 0,2141 € en heures pleines, allège la facture de janvier.

Le gel est une promesse, pas une loi de la physique : il protège ceux qui sont au tarif bleu. Les autres ont encore le temps de vérifier dans quel camp ils se trouvent.

Sources : Le Monde (8 octobre 2026) ; AFP via Boursorama (22 décembre 2025) et TradingView ; Commission de régulation de l’énergie ; infinisearch.fr (15 octobre 2026) ; actu-alt-plus.com (11 octobre 2026). Photos : Wikimedia Commons (David R. Tribble / CC BY-SA 3.0 ; Ildar Sagdejev / CC BY-SA 4.0 ; Saud / CC BY-SA 4.0).