C’est un bout de papier que beaucoup d’entre nous oublient dans un tiroir, quand on le garde tout court. Pourtant, en cas d’incendie de cheminée ou de poêle, c’est lui qui décide si votre assurance habitation rembourse les dégâts — ou vous laisse régler la facture.

Sept millions de Français se chauffent au bois, et l’automne est le moment où les ramoneurs n’arrêtent plus. Pourtant, une bonne partie des propriétaires de cheminées et de poêles ignorent la règle de base : le ramonage n’est pas un conseil, c’est une obligation légale. Et la preuve tient en une feuille.

Une règle nationale depuis 2023

Avant, chaque département avait son propre règlement sanitaire, avec ses propres fréquences. Depuis le 1er octobre 2023, un décret unique fixe la règle pour tout le pays. Le principe est simple : si vous chauffez au gaz, un ramonage par an suffit. Si vous chauffez au bois, aux granulés, au fioul ou au charbon, il en faut deux, dont un pendant la période de chauffe, généralement entre octobre et mars.

Ce n’est pas une lubie administrative. La suie qui s’accumule dans le conduit réduit le tirage, encrasse l’installation et fait courir deux risques majeurs : le feu de cheminée et l’intoxication au monoxyde de carbone. Un appareil mal entretenu, c’est aussi un appareil qui consomme plus pour chauffer moins.

Un poêle à bois installé dans une maison Le ramonage concerne tous les conduits en service : cheminée ouverte, poêle à bois, insert ou chaudière.

Le papier qui vaut de l’or

À la fin de l’intervention, le professionnel remet un certificat de ramonage. Gardez-le précieusement : il est valable jusqu’au prochain ramonage obligatoire, soit douze mois, parfois six pour ceux soumis à deux ramonages annuels.

C’est ce document que votre assureur réclamera en premier en cas de sinistre. Un feu de cheminée sur un conduit non ramoné, sans attestation en cours de validité, est le cas classique de refus d’indemnisation. Autrement dit : la cheminée flambait, le toit aussi, et c’est vous qui payez les réparations. En cas de contrôle, s’ajoute une amende forfaitaire qui peut atteindre 450 €.

Ce n’est pas le ramonage qui coûte cher. C’est le ramonage oublié, le jour où il aurait fallu prouver qu’il avait été fait.

Locataire, ne vous dites pas que ce n’est pas votre affaire. Le décret du 26 août 1987 sur les réparations locatives met le ramonage à la charge de l’occupant du logement. C’est donc à vous de prendre rendez-vous et de conserver le certificat, même si le propriétaire reste responsable de l’état général du conduit.

Quand s’y prendre, et combien ça coûte

Le meilleur moment, c’est quand personne n’y pense : la fin de l’hiver, une fois la période de chauffe terminée, ou l’été. En automne, les ramoneurs sont débordés, les délais s’allongent et les prix suivent. Hors saison, vous obtenez un rendez-vous dans la semaine, et souvent un meilleur tarif.

Comptez entre 40 et 130 € par an selon les régions et les installations : environ 65 € pour une cheminée à foyer ouvert, autour de 90 € pour un foyer fermé ou un insert, d’après les tarifs moyens constatés. Si vous êtes soumis à deux ramonages annuels, mettez le double de côté. Certains professionnels proposent des abonnements pour une ou plusieurs saisons ; un devis comparé en vaut toujours un autre.

Un feu de cheminée dans un salon Cheminée ouverte ou poêle fermé : la même obligation s’applique à tous les conduits de fumée en service.

En pratique, l’intervention est rapide : le ramoneur nettoie le conduit à la brosse, vérifie le tirage, contrôle l’état du poêle ou de l’insert — joints de porte, arrivée d’air, vitre, bac à cendres — et repart en vous laissant le précieux sésame. Profitez-en pour faire vérifier aussi les signes d’alerte entre deux visites : fumée inhabituelle, odeur persistante, détecteur de monoxyde de carbone qui se déclenche.

Alors avant de rallumer les premières flambées, une question toute simple : savez-vous où est votre attestation ? Si la réponse est non, vous savez ce qu’il vous reste à faire — et il vaut mieux s’en occuper maintenant, quand les ramoneurs ont encore des créneaux, que de s’en souvenir le soir où ça sent le brûlé.