C’est la veille de la présentation du budget que le couperet est tombé. Ce mercredi 30 septembre, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a détaillé dans Challenges l’arbitrage initial du gouvernement : en 2027, les pensions inférieures à 1 260 euros seront pleinement revalorisées, mais au-delà de ce seuil, il n’y aura « à ce stade » pas d’indexation. Une annonce qui concerne des millions de retraités, et dont le Parlement aura le dernier mot.

Ce mercredi 30 septembre, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et de la Solidarité, a détaillé dans Challenges l’arbitrage initial du gouvernement : en 2027, les pensions inférieures à 1 260 euros seront pleinement revalorisées, mais au-delà de ce seuil, il n’y aura « à ce stade » pas d’indexation. Le projet de budget sera présenté jeudi 1er octobre en Conseil des ministres, et le Parlement aura le dernier mot.

Ce que ça change pour vous

Combien ? Si votre pension mensuelle totale dépasse 1 260 euros, votre retraite de base ne suivra pas l’inflation en 2027 dans la copie initiale du gouvernement. Sans mesure, l’indexation automatique aurait représenté une hausse d’environ 2,5 % : pour une pension de 1 500 euros, c’est 37,50 euros par mois qui ne viendraient pas, soit 450 euros sur l’année. Pour les pensions sous 1 260 euros, la revalorisation complète s’applique : 1 200 euros rapporteraient 30 euros de plus par mois. Côté fiscalité, le plafond de l’abattement de 10 % passerait de 4 439 à 3 000 euros : un foyer de retraités déclarant 50 000 euros annuels verrait son revenu imposable augmenter de 1 439 euros.

Quand ? La sous-indexation s’appliquerait au 1er janvier 2027, date de la revalorisation annuelle des pensions de base. La mesure fiscale, elle, concernerait l’impôt sur les revenus de 2026, déclaré au printemps 2027.

Qui est concerné ? Tous les retraités dont le total des pensions dépasse 1 260 euros par mois, soit 85 % du Smic. En dessous de ce seuil, rien ne change : la pension de base est revalorisée au rythme de l’inflation, et le gouvernement assure que le RSA, l’allocation aux adultes handicapés, le minimum vieillesse et les « petites retraites » sont sanctuarisés.

Que faire ? Pour l’instant, suivre le débat parlementaire qui s’ouvre le 13 octobre à l’Assemblée nationale : le ministre lui-même reconnaît que la copie « sera débattue et évoluera ». Vérifiez dès maintenant le total de vos pensions (base + complémentaires) : c’est ce cumul qui détermine de quel côté du seuil vous vous trouvez.

Une retraitée examine ses relevés de pension à la lumière de la lampe Des millions de retraités vont devoir vérifier où se situe leur pension par rapport au seuil des 1 260 euros.

Le seuil des 1 260 euros : la nouvelle règle, jour par jour

L’histoire de ce seuil commence bien avant ce 30 septembre. Fin juillet, un avant-projet de loi de financement de la Sécurité sociale transmis au Conseil d’État, révélé par la presse, envisageait un système à trois vitesses : indexation pleine sous 1 260 euros, sous-indexation entre 1 260 et 2 034 euros, gel total au-delà de 2 034 euros.

La copie initiale présentée ce mercredi est plus simple, mais plus dure : un seul seuil à 1 260 euros, et au-delà, « à ce stade, il n’y a pas d’indexation », selon le ministre. Objectif : 5,5 milliards d’euros d’économies en freinant « la progression mécanique » des dépenses de retraite, dont 4,1 milliards via cette mesure. Sans intervention, le coût des retraites augmenterait d’environ 13 milliards d’euros l’an prochain, moitié démographie, moitié indexation. Et pour mesurer la rupture : les pensions de base avaient augmenté de 5,3 % en 2024, de 2,2 % en 2025 et de 0,9 % en 2026. En 2027, la règle changerait de nature.

« Nous ne baisserons aucune retraite. La question est de savoir de combien nous les augmenterons. »

Votre pension sera-t-elle gelée en 2027 ?

La question que des millions de Français se posent ce soir mérite une réponse honnête : à ce stade, personne ne peut l’affirmer avec certitude. Le ministre s’est dit « ouvert au débat parlementaire » et a précisé que les parlementaires « discuteront notamment du niveau d’augmentation » retenu. Le curseur final pourrait donc se situer entre un gel pur et simple et une sous-indexation partielle au-delà du seuil.

L’objectif affiché ne fait pas débat, lui : « diviser quasiment par deux » le déficit de la Sécurité sociale, ramené à « 12 ou 13 milliards » d’euros en 2027 contre 22 milliards en 2026. Les retraites complémentaires Agirc-Arrco, elles, ne sont pas concernées : les partenaires sociaux doivent se prononcer courant octobre sur leur propre revalorisation.

Un retraité compte les euros restants avant la fin du mois Sans indexation, une pension de 1 500 euros perdrait environ 450 euros de pouvoir d’achat sur l’année 2027.

Et votre impôt : l’abattement de 10 % raboté

Deuxième lame du dispositif, et elle est fiscale. Les retraités bénéficient d’un abattement de 10 % sur leurs revenus avant calcul de l’impôt, avec un plafond aujourd’hui fixé à 4 439 euros. Le gouvernement veut le ramener à 3 000 euros, pour 1,4 milliard d’euros de recettes. Un foyer de retraités percevant 50 000 euros par an paierait l’impôt sur 1 439 euros de plus. Là encore, le ministre se dit « ouvert au débat ».

Ce qui va se passer maintenant

La séquence est écrite d’avance, et elle sera tendue :

  • Jeudi 1er octobre : présentation du projet de loi de finances et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale en Conseil des ministres.
  • À partir du 13 octobre : examen du budget à l’Assemblée nationale, où la mesure sur les retraites sera âprement discutée. Le gouvernement, sans majorité absolue, devra négocier, avec la menace d’une motion de censure en arrière-plan.
  • Courant octobre : les partenaires sociaux tranchent sur les retraites complémentaires Agirc-Arrco.
  • 1er janvier 2027 : entrée en vigueur de la revalorisation des pensions de base, selon les règles finalement votées.

Plus loin, le ministre esquisse déjà l’après : remplacer l’indexation automatique par une négociation annuelle des pensions avec les partenaires sociaux, « comme cela est fait pour les salaires ». Une piste pour demain, pas pour 2027.

Derrière les milliards et les seuils, c’est le pouvoir d’achat de millions de foyers qui se joue. Le débat parlementaire décidera si la barre des 1 260 euros devient la nouvelle frontière de la retraite en France. D’ici là, le sujet n’a pas fini de faire parler.