Dimanche 18 octobre, 20 heures. Emmanuel Macron s’est adressé à la Nation, le visage grave, au lendemain d’un samedi noir. « Nous ressentons tous ce soir de la colère, de la honte », a-t-il dit, avant la phrase qui résume le discours : « ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser ». Voici les six annonces à retenir, et ce qu’elles changent pour vous.

L’allocution Macron du 18 octobre 2026 restera comme l’une des plus solennelles du quinquennat. Ce qu’il faut en retenir : six annonces, entre fermeté judiciaire, aides aux sinistrés et mise au point sur le renseignement. Pas de mesure chiffrée pour le pouvoir d’achat, en revanche : la colère du 17 octobre a été entendue, les revendications salariales attendront.

Ce que ça change pour vous

Votre commerce a été pillé samedi ? Dès lundi 19 octobre, Sébastien Lecornu préside une cellule interministérielle de crise chargée de « mobiliser rapidement » les aides et d’accompagner les professionnels sinistrés. Le président l’a promis : les commerçants « ne seront pas laissés seuls face à ces difficultés ». Gardez vos factures, vos photos, vos récépissés de plainte.

Vous comptez manifester dans les prochains jours ? Les préfets pourront désormais interdire certains rassemblements présentant des risques, « en lien avec les maires ». Avant de vous déplacer, vérifiez les arrêtés locaux.

Devant votre mairie lundi ? L’Association des maires de France appelle à un rassemblement de soutien aux victimes ce lundi 19 octobre à 12 heures, devant les mairies.

La suite du mouvement social ? La prochaine date est fixée : une journée de grève interprofessionnelle aura lieu le jeudi 5 novembre, à l’appel de la CFDT, de la CGT, de FO, de l’UNSA et de la FSU. À la SNCF, les quatre syndicats représentatifs appellent déjà les cheminots à s’y joindre.

Des manifestants dans les rues de Paris, le 6 octobre 2026 Manifestation lycéenne à Paris, le 6 octobre 2026 (photo d’illustration). Photo : FreCha / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

Allocution de Macron : la soirée, heure par heure

17h30. Réunion à l’Élysée : Macron, Lecornu et les ministres concernés préparent l’allocution.

20h00. Discours solennel, en direct sur les chaînes d’information et le site de l’Élysée.

10h, lundi. Cellule interministérielle de crise : économie et commerce, assurance, suivi judiciaire.

Midi, lundi. Rassemblements de soutien devant les mairies, à l’appel de l’Association des maires de France.

Lundi-mercredi. Le déplacement du chef de l’État dans quatre pays du Golfe reste maintenu à ce stade.

Les 6 annonces du discours, une par une

1. « De la colère, de la honte ». C’est par ces mots qu’Emmanuel Macron a ouvert son allocution : « Nous ressentons tous ce soir de la colère, de la honte ». Le ton était donné.

2. Des coupables nommément désignés. Le chef de l’État a mis en cause des « factieux issus de groupuscules d’ultra-gauche, rejoints par de nombreux délinquants ». Il a cité les lieux devenus symboles du samedi noir : la mairie de Limoges incendiée, l’office de tourisme de Lyon, l’hôtel de ville de Marseille envahi, la résidence du préfet attaquée à Bordeaux. Puis cette formule, répétée depuis par toutes les chaînes : « Rien ne le justifie, rien ne l’explique, rien ne l’excuse ».

3. « Ceux qui ont détruit doivent payer ». Le cœur du discours. « Ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser », a martelé le président, ajoutant : « Nous serons intraitables ». Il a aussi prévenu que « ceux qui ont cherché à faire tomber la République auront à en répondre ». La justice, a-t-il rappelé, reste seule maîtresse des décisions.

« Ceux qui ont détruit doivent payer. Ceux qui ont pillé doivent rembourser. Nous serons intraitables. » — Emmanuel Macron, dimanche 18 octobre

4. Les préfets pourront interdire des rassemblements. « Les préfets prendront les décisions en lien avec les maires pour protéger nos villes, nos bâtiments publics et nos commerces », a déclaré le président, « y compris en allant jusqu’à interdire quand il le faut certains rassemblements ». En parallèle, il a appelé « les partis politiques, les organisations professionnelles et syndicales à condamner sans ambiguïté » les violences et à appeler au calme. « Le pays a besoin d’ordre, d’apaisement et pas d’une escalade », a-t-il insisté.

5. Le renseignement devra rendre des comptes. C’est le passage le plus politique du discours. « J’ai demandé au gouvernement d’en tirer toutes les leçons en matière de renseignement et d’anticipation et de faire en sorte que cela ne puisse pas se reproduire », a annoncé Emmanuel Macron. Il dit attendre « des réponses claires » et promet que « toute la transparence sera faite » sur ce qui a dysfonctionné samedi.

6. Une cellule de crise pour les sinistrés. Dès lundi, le Premier ministre réunit une cellule de crise « afin de mobiliser rapidement les aides » pour les commerçants, les collectivités et les habitants touchés. Certains commerçants, a noté le président, ont dû « défendre eux-mêmes leurs magasins et leurs vitrines face aux délinquants ». Ils « ne seront pas laissés seuls », a-t-il assuré.

Un cortège de manifestants avance dans Paris Un cortège de manifestants dans Paris, le 6 octobre 2026 (photo d’illustration). Photo : FreCha / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

Les préfets peuvent-ils vraiment interdire une manifestation ?

Oui, et ce n’est pas nouveau. Les préfets peuvent déjà interdire un rassemblement à risque. Ce qui change, c’est la consigne présidentielle : les interdictions sont désormais explicitement encouragées, « en lien avec les maires », pour protéger les centres-villes et les commerces. Les prochaines déclarations de manifestation seront examinées avec une attention inédite.

Que va décider la cellule de crise de lundi ?

On ne le sait pas encore. Trois chantiers sont annoncés : les aides économiques aux commerces sinistrés, le volet assurance, et le suivi judiciaire des interpellés. Les commerçants attendent des mesures concrètes sur les délais d’indemnisation. Les maires, eux, réclament des moyens pour reconstruire : l’hôtel de ville de Limoges, en grande partie détruit, reste le dossier le plus lourd.

Macron a-t-il parlé du pouvoir d’achat ?

Non. Aucune mesure sur les salaires, les prix ou les aides n’a été annoncée ce soir. Le président a bien distingué les manifestants « aux revendications légitimes » des casseurs : « jamais nous ne devons confondre ces derniers avec ceux qui ont détruit ou ceux qui ont pillé ». Le fond social de la colère du 17 octobre, lui, n’a reçu aucune réponse chiffrée. Le dialogue avec les syndicats est renvoyé à plus tard : le Premier ministre doit « réunir les acteurs » pour « travailler à des propositions ».

Quand aura lieu la prochaine journée d’action ?

Le jeudi 5 novembre. L’appel est signé par la CFDT, la CGT, FO, l’UNSA et la FSU, pour les salaires, les pensions et les services publics. La SNCF s’y associe déjà. Ce sera le premier test de la consigne présidentielle sur les rassemblements : les préfets seront scrutés sur leur gestion de cette journée.

Dimanche soir, la France a entendu un président en colère, qui promet fermeté et transparence. Lundi 10 heures, première réponse avec la cellule de crise.

Sources : Le Figaro (direct), francemag, Mosaique FM (avec AFP), Clarín.