Jeudi 1er octobre, le gouvernement a présenté son budget 2027. La polémique s’est cristallisée sur les frais d’inscription que les étudiants de BTS et de classes préparatoires devaient soudain payer. Une autre mesure, discrète, va pourtant forcer des milliers de familles à faire un calcul inédit : garder l’APL de leur enfant étudiant, ou garder l’avantage fiscal lié à son rattachement.

Jeudi 1er octobre, Sébastien Lecornu présentait en Conseil des ministres le projet de budget 2027. Le tollé s’est d’abord concentré sur les droits d’inscription imposés aux étudiants de BTS et de classes préparatoires. Mais une autre ligne du texte, passée presque inaperçue, change la donne pour les APL des étudiants de familles aisées en 2027 : à partir du 1er septembre prochain, l’aide au logement et l’avantage fiscal du rattachement deviendront incompatibles au-dessus d’un seuil de revenus.

Ce que ça change pour vous

Combien ? Au-dessus de 30 200 euros de revenu par part chez vos parents, votre APL s’éteint. La famille devra trancher : l’aide au logement de l’étudiant, ou le gain d’impôt du rattachement ou de la pension alimentaire déduite. Selon les situations, le mauvais choix peut coûter plusieurs centaines d’euros par mois.

Quand ? Le 1er septembre 2027. Texte déposé le 6 octobre à l’Assemblée, débats à partir du 13 octobre. Rien n’est voté pour l’instant.

Qui est concerné ? Les étudiants rattachés au foyer fiscal des parents (déclaration 2026), ou dont les parents déduisent une pension alimentaire. Un tiers des bénéficiaires d’APL étudiantes sont rattachés à des foyers des 20 % les plus aisés.

Que faire ? Comparez le montant annuel de l’APL à l’économie d’impôt du rattachement sur votre déclaration 2026. Si l’APL rapporte davantage, envisagez le détachement fiscal. Le texte peut encore être amendé.

Les 178 et 270 euros qui ont mis le feu avant d’être retirés

Jeudi matin, le projet prévoyait 178 euros annuels en BTS et 270 euros en classes préparatoires pour les non-boursiers. Le gouvernement parlait de sommes « modiques ». La CGT a réagi aussitôt : Sophie Binet a dénoncé sur Franceinfo un Premier ministre « pyromane », « alors que nos lycées sont en feu au sens propre comme figuré ». Jean-Luc Mélenchon a qualifié la mesure d’« absurde et irresponsable ». Le soir même, Édouard Geffray annonçait sur France 2 son retrait pur et simple. Douze heures de vie pour une mesure.

« J’ai envie de demander, est-ce que M. Lecornu est un pyromane ? » — Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, sur Franceinfo

Des étudiants traversent un campus universitaire français Un tiers des bénéficiaires d’APL étudiantes sont rattachés à des foyers parmi les 20 % les plus aisés.

APL étudiants de familles aisées : le choix imposé en 2027

La restriction des APL, elle, n’a pas été retirée. L’étudiant rattaché perd l’aide quand le revenu fiscal de référence des parents, divisé par le nombre de parts, dépasse 30 200 euros par part. Économie attendue : 72 millions d’euros par an, selon Bercy.

Jusqu’ici, les APL n’étaient soumises à aucune condition de ressources pour les étudiants : ce filet de sécurité pour des centaines de milliers de jeunes devient conditionnel. Un couple déclare 80 000 euros avec un enfant rattaché, soit 32 000 euros par part : l’APL disparaît. À 70 000 euros (28 000 euros par part), l’aide est maintenue. Chaque foyer devra faire cette division.

Un studio étudiant aménagé dans une résidence universitaire Après une hausse de 1,15 % au 1er octobre 2026, les APL resteront figées pendant douze mois en 2027.

Le gel « exceptionnel » qui va durer douze mois

Les APL resteront figées en 2027 : 101 millions d’euros d’économies, 17,2 % des ménages sans rattrapage de l’inflation. Un décret pourra toutefois rétablir la revalorisation : la décision reviendrait alors au gouvernement issu des élections de 2027.

Le 20 août, Sébastien Lecornu qualifiait la « suppression des APL étudiantes » de mesure « inventée ». Six semaines plus tard, le budget contient bien une restriction ciblée de ces mêmes aides. La France insoumise a promis la censure sur ce budget, et l’intersyndicale appelle à une grande manifestation nationale mardi 6 octobre, jour du dépôt du texte à l’Assemblée. Les familles ont un réflexe immédiat : retrouver leur avis d’imposition 2026 et faire la division. Pour la première fois, l’aide au logement d’un étudiant dépendra officiellement des revenus de ses parents.