Trois ans d’indemnités journalières : ce filet de sécurité, qui permet à un salarié malade de souffler pendant sa convalescence, se rétrécit. Pour une partie des arrêts maladie, il ne fera plus qu’un an à partir du 15 octobre — et la nouvelle règle peut aussi rattraper les arrêts déjà en cours.

C’est écrit noir sur blanc dans deux décrets parus au Journal officiel le 18 septembre. À compter du 15 octobre 2026, l’indemnisation des arrêts maladie par l’Assurance maladie tombe de 3 ans à 1 an pour les patients en affection de longue durée dite « non exonérante ». Le montant des indemnités journalières ne bouge pas. C’est le nombre de mois payés qui change — et pour les malades concernés, c’est tout le revenu de remplacement qui se joue.

Car l’astuce de cette réforme tient dans un mot que la plupart des assurés ne connaissent pas : « exonérante ». En France, une affection de longue durée (ALD) peut être « exonérante » — les soins liés sont alors remboursés à 100 % par la Sécu — ou « non exonérante », reconnue comme longue mais sans cette prise en charge totale. C’est ce second cas qui perd deux années d’indemnités.

Qui est concerné par la réduction à 1 an d’indemnisation ?

Les pathologies visées ne sont ni rares ni exotiques. Les deux premiers motifs de ces arrêts longs dits dérogatoires, d’après les analyses des professionnels : les dépressions légères non reconnues parmi les 30 ALD exonérantes, et les troubles musculo-squelettiques — les fameux TMS, ce mal de dos ou d’épaule qui cloue un salarié à son canapé. À elles seules, ces deux catégories représenteraient près des deux tiers des cas. Sciatique, fracture d’épaule compliquée par une infection : les exemples cités par les juristes dessinent des situations ordinaires, qui peuvent frapper n’importe qui.

Sont couverts par la mesure : les salariés du régime général et du régime agricole, les travailleurs indépendants, les fonctionnaires, les magistrats et même les ministres des cultes. En clair, presque tout le monde actif.

Un homme en télétravail se tient le dos, grimace de douleur Dépression légère, troubles musculo-squelettiques, sciatique : les pathologies « ordinaires » sont les premières visées par la réduction d’indemnisation.

Et qui est épargné ? Les ALD « exonérantes » : cancers, diabète, maladie de Parkinson, sclérose en plaques, insuffisance cardiaque… Pour ces affections, la durée maximale reste fixée à 3 ans. La logique du gouvernement : concentrer le filet de sécurité sur les maladies les plus lourdes.

Ce que ça change concrètement pour votre portefeuille

Combien ? Le montant de vos indemnités journalières ne change pas d’un euro. En revanche, la Sécu arrêtera de les verser au bout de 12 mois au lieu de 36. Vous pourrez rester en arrêt au-delà — c’est votre médecin qui décide de la durée de l’arrêt — mais sans être indemnisé par l’Assurance maladie. La relève pourra venir de la prévoyance d’entreprise ou de la pension d’invalidité, chacune avec ses propres conditions.

Quand ? La règle s’applique aux arrêts prescrits à partir du 15 octobre 2026, et aussi aux arrêts déjà en cours qui atteignent 6 mois après cette date. Seule exception : les salariés déjà arrêtés depuis plus de 6 mois au 15 octobre gardent l’ancien plafond de 3 ans.

Que faire ? Trois réflexes à avoir avant le 15 octobre :

  • Vérifiez votre statut ALD auprès de votre caisse d’Assurance maladie : c’est le courrier de notification qui qualifie votre affection d’« exonérante » ou non. Il n’existe pas de liste publique complète.
  • Renseignez-vous sur votre prévoyance d’entreprise ou votre contrat personnel : c’est elle qui prendra le relais après 12 mois.
  • Si un arrêt long s’annonce, parlez-en avec votre médecin traitant et votre employeur pour anticiper le délai de 12 mois, notamment la procédure d’invalidité.

La Sécu ne réduit pas ce qu’elle vous verse chaque mois : elle réduit le nombre de mois pendant lesquels elle le verse. Deux années d’indemnités en moins, pour les mêmes maladies.

Une précision de taille : pour rouvrir une nouvelle période d’indemnisation d’un an au titre de la même maladie, il faudra avoir retravaillé pendant au moins un an. Un retour progressif, une rechute rapide : la nouvelle règle durcit aussi le retour au travail.

À la pharmacie aussi, la pilule est amère depuis le 1er octobre

Octobre ne s’arrête pas là. Depuis aujourd’hui même, les médicaments à « service médical rendu faible » ne sont plus remboursés à 100 % au titre de l’ALD : leur taux retombe à 15 %, comme pour n’importe quel assuré. La mesure, prévue par un décret d’avril paru au Journal officiel le 17 avril, touche 171 spécialités. Des noms que vous connaissez par cœur : Spasfon, Gaviscon, Valium, Zolpidem, Zopiclone, Debridat, certaines Bétadine… Pour les patients en ALD, le ticket modérateur réapparaît donc sur ces boîtes. Les traitements essentiels — ceux au service médical rendu modéré à majeur — restent pris en charge à 100 % dans le cadre du protocole de soins.

Un pharmacien conseille une patiente au comptoir de sa pharmacie Spasfon, Gaviscon, Valium : 171 spécialités à faible service médical rendu ne sont plus remboursées à 100 % en ALD depuis le 1er octobre.

Et pendant qu’on y est : depuis le 1er septembre, les arrêts eux-mêmes sont plus encadrés — une première prescription ne peut plus dépasser 31 jours, chaque prolongation étant plafonnée à 62 jours. Octobre 2026 aura été, pour les malades, le mois de tous les resserrements.

Au bout du compte, la réforme repose sur un pari : des parcours de soins renforcés, présentés comme la contrepartie des économies. Aux malades de vérifier qu’ils y ont vraiment accès. La date à retenir reste le 15 octobre : d’ici là, mieux vaut savoir dans quelle catégorie d’ALD on se trouve — et ce que couvre vraiment sa prévoyance.

Sources : service-public.gouv.fr, Code du travail numérique (code.travail.gouv.fr), Le Figaro, HuffPost, Hellowork, avril.fr, Revue Pharma.