« Un arrêt maladie, ce n’est pas un congé. » La phrase a claqué jeudi matin sur TF1, dans la bouche du ministre du Travail Jean-Pierre Farandou. Sa feuille de route pour la réforme des arrêts maladie tient en deux lignes : moins protéger les arrêts courts, mieux protéger les longs. L’objectif chiffré : un milliard d’euros d’économies. Derrière ce milliard, les indemnités journalières de millions de salariés.
Invité de TF1 jeudi matin, Jean-Pierre Farandou a confirmé ce qu’il avait mis sur le papier la semaine dernière : une lettre aux partenaires sociaux leur demandant de trouver, d’ici le 19 décembre, un accord sur une « réforme structurelle » des arrêts maladie. Son cahier des charges : « moins protéger les arrêts courts, pour qu’il y ait moins d’arrêts courts, mieux protéger les arrêts longs ». Le tout pour dégager un milliard d’euros d’économies.
Deux objectifs affichés par le ministre du Travail : « mieux soigner » et « se battre contre les abus ». Il a aussi évoqué les trois millions de salariés « mal protégés » du pays, citant les intérimaires. Et promis de « responsabiliser les entreprises » sur la prévention. « Dépenser moins et dépenser mieux », a-t-il résumé.
9 millions d’arrêts, 17,9 milliards : la facture derrière la réforme
Selon le ministère du Travail, neuf millions d’arrêts maladie ont été indemnisés en 2025, soit 10 % de plus en quelques années. Coût pour l’Assurance maladie : 17,9 milliards d’euros, une dépense qui grimperait d’environ un milliard chaque année, selon le ministre. C’est cette courbe que le gouvernement veut casser.
Sur les arrêts longs, Farandou promet une autre logique : « l’idée est de mieux soigner les gens pour qu’ils puissent plus rapidement revenir travailler ». La réforme ne serait donc pas une coupe sèche, mais un rééquilibrage entre arrêts courts et arrêts longs.
Les arrêts longs devraient être mieux soignés et mieux protégés, promet le ministre du Travail.
Vais-je toucher moins d’argent si je m’arrête une semaine ?
Aujourd’hui, rien ne change. La réforme se négocie, et personne ne sait encore ce qu’elle contiendra exactement. Ce qui est sur la table, c’est une moindre indemnisation des arrêts courts.
Concrètement, cela pourrait passer par les jours de carence. La Sécurité sociale ne verse les indemnités journalières qu’à partir du quatrième jour d’arrêt, sauf si une convention collective prévoit mieux. Le président du Medef, Patrick Martin, a proposé d’aller plus loin : des jours de carence « d’ordre public », que ni la Sécu ni les complémentaires ne pourraient indemniser. Rien n’est arbitré, mais la direction est écrite noir sur blanc dans la lettre du ministre.
Les intérimaires seront-ils mieux indemnisés ?
C’est le deuxième volet de la réforme. Trois millions de salariés « mal protégés », selon Jean-Pierre Farandou, dont les intérimaires. Pour eux, l’idée serait d’améliorer la prise en charge, pas de la rogner. Les détails devront sortir des négociations avec les syndicats et le patronat, qui ont jusqu’au 19 décembre pour se mettre d’accord.
« Un arrêt maladie, ce n’est pas un congé. » — Jean-Pierre Farandou, sur TF1, le 15 octobre 2026
Trois millions de salariés, dont les intérimaires, sont jugés mal protégés face aux arrêts maladie.
Pendant ce temps, une mesure entre en vigueur dès aujourd’hui
À ne pas confondre avec la réforme négociée : une première mesure s’applique dès ce jeudi 15 octobre. Le décret n° 2026-866, publié au Journal officiel le 18 septembre, ramène de trois ans à un an la durée d’indemnisation des arrêts liés à une ALD non exonérante. Les affections prises en charge à 100 %, comme les cancers ou le diabète, gardent leurs trois ans.
Autre mesure déjà annoncée en septembre : des sanctions pour ceux qui « abusent » des arrêts courts en multipliant les médecins pour obtenir plusieurs certificats.
Les 4 pistes sur la table des négociations
- Une moindre indemnisation des arrêts de courte durée, pour en limiter le nombre.
- Des jours de carence non indemnisés, comme le propose le Medef.
- Une meilleure protection des arrêts longs et des trois millions de salariés mal couverts.
- Une responsabilisation des entreprises sur la prévention des arrêts.
Les partenaires sociaux ont jusqu’au 19 décembre pour rendre leur copie. D’ici là, un arrêt de cinq jours se paiera comme aujourd’hui. Mais le calendrier, lui, est déjà arrêté.
