Ce mercredi matin, dans une salle de l’Assemblée nationale, le gouvernement a perdu une manche. Les députés de la commission des finances ont rejeté le coup de rabot prévu sur l’abattement fiscal des retraités. Pour des millions de foyers, c’est un sursis. Pas une victoire définitive.

La mesure flottait au-dessus des feuilles d’impôt depuis le 1er octobre. Ce mercredi, elle a pris son premier coup : les députés de la commission des finances, qui ouvraient l’examen de la partie fiscale du budget 2027, ont rejeté le coup de rabot prévu sur l’abattement fiscal des retraités. Des élus de droite comme de gauche avaient déposé des amendements pour la faire tomber. Ils ont été adoptés au terme d’une passe d’armes avec le camp du gouvernement.

Concrètement, Bercy voulait abaisser le plafond de cet abattement de 4 439 € à 3 000 € par foyer fiscal, pour un gain espéré de 1,4 milliard d’euros. Le vote de ce matin ne l’enterre pas : c’est la copie initiale du gouvernement qui sera débattue en séance publique la semaine prochaine.

Ce que ça change pour vous, tout de suite

Rien, pour l’instant. Tant que la mesure n’est pas votée, votre feuille d’impôt ne bouge pas. Mais le vote de ce matin envoie un signal fort.

Combien vous auriez perdu. Avec un plafond à 3 000 €, un foyer déclarant 50 000 € de pensions annuelles aurait vu 1 439 € de plus entrer dans son revenu imposable. Traduit en impôt : environ 158 € par an pour un foyer à la tranche de 11 %, environ 432 € à la tranche de 30 %. Sous 30 000 € de pensions par an, rien n’aurait changé : le plafond ne mordait qu’au-dessus.

Qui était concerné. Les retraités dont les pensions imposables dépassent 30 000 € par an, soit 2 500 € par mois. L’ancien plafond de 4 439 € ne jouait qu’à partir de 44 390 € annuels. Autrement dit : la mesure visait les pensions moyennes-supérieures et élevées, pas les petites retraites.

Quand. Tout reste ouvert. La commission a rejeté la mesure ce mercredi, mais le gouvernement défendra sa copie initiale en séance publique la semaine prochaine : le rabot peut y ressusciter. Vote solennel prévu le 20 octobre. Si la mesure finit par passer, elle s’appliquerait aux revenus 2027, déclarés au printemps 2028.

Que faire. Aucune démarche à anticiper. Pas de démarche, pas de paperasse à anticiper. Le seul réflexe utile : suivre le vote en séance du 12 au 19 octobre, car c’est là que tout se jouera.

L’hémicycle de l’Assemblée nationale L’hémicycle : c’est en séance publique, la semaine prochaine, que le sort de l’abattement se jouera définitivement.

Comment le vote s’est joué ce matin

La commission des finances commençait ce mercredi l’examen de la partie fiscale du projet de loi de finances. Sur la table, l’article 3, qui plafonne à 3 000 € l’abattement des retraités. Plusieurs amendements de suppression, signés par des élus des deux bords, ont été adoptés à l’issue d’échanges tendus entre la majorité et les oppositions. Depuis septembre 2025, pas moins de 54 amendements ont visé cet abattement : c’est le dossier le plus disputé du budget, et de loin.

Pourquoi Bercy veut raboter cet abattement

Le gouvernement veut faire participer les retraités à l’effort de redressement des comptes publics : 5,5 milliards d’euros d’économies visées sur les retraites, soit un dixième de l’effort total. L’abattement de 10 %, créé il y a près de cinquante ans pour compenser l’absence de frais professionnels déductibles, a vu son coût grimper de 60 % en quinze ans. Baisser le plafond reviendrait, selon Bercy, à en retirer environ un quart du coût, soit 1,4 milliard d’euros par an.

« On n’a pas d’acharnement contre les retraités. Il serait presque curieux qu’ils ne participent pas du tout. »

Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, rappelait la semaine dernière que les retraités représentent près d’un quart de la population. Un argument qui ne fait pas taire les critiques : pour les oppositions, taxer davantage les pensions, c’est faire payer l’effort à ceux qui ont déjà cotisé toute leur vie.

Formulaires de déclaration d’impôts et calculatrice sur un bureau La déclaration d’impôt : 1 439 € de revenu imposable en plus pour les foyers les plus touchés.

Le coup de rabot sur l’abattement des retraités reviendra-t-il en séance ?

Très probablement. La commission des finances ne fait que préparer le texte : c’est la copie initiale du gouvernement, présentée le 1er octobre, qui sera examinée en séance publique. Les amendements rejetés ce matin devront être votés de nouveau dans l’hémicycle, du 12 au 19 octobre, avant le vote solennel du 20.

Le précédent ne plaide pas pour le gouvernement. Le 13 novembre 2025, les députés avaient supprimé par 213 voix contre 17 une mesure encore plus sévère : le remplacement pur et simple de l’abattement par un forfait de 2 000 €. Les partisans du rabot répondent que la version 2027 est plus douce, puisqu’elle ne touche que les pensions au-dessus de 2 500 € par mois. Réponse dans une semaine, dans l’hémicycle.

Pour l’heure, les retraités peuvent respirer. Mais l’addition n’est que reportée : elle reviendra sur la table la semaine prochaine, avec tout le reste du budget.