Elles coûtent parfois moins cher qu’un sandwich. Des bottes à 7 euros, des baskets à 5 euros, livrées en une semaine depuis l’autre bout du monde. Une étude européenne vient de les passer au laboratoire, et le résultat est brutal : plus d’une paire sur trois ne respecte pas les règles chimiques de l’Union européenne.
Les chaussures Shein, Temu et AliExpress dangereuses ne sont pas une rumeur de réseaux sociaux. Elles sortent d’une étude coordonnée par la Confédération européenne de la chaussure (CEC), qui représente 21 000 entreprises du secteur. Entre février et mai 2026, elle a acheté 76 paires sur les trois plateformes, dans sept pays dont la France, l’Allemagne et l’Italie, puis les a envoyées dans des laboratoires agréés. Résultat, rendu public le 13 octobre : 27 paires sur 76, soit 36 %, ne respectent pas au moins une exigence chimique du règlement REACH, le texte européen qui encadre les substances chimiques.
Ce que ça change pour vous, concrètement
D’abord, l’étude ne publie pas la liste des modèles fautifs : impossible de vérifier si la paire que vous portez fait partie des 27. Aucun rappel n’a été annoncé, et les trois plateformes, sollicitées par l’AFP, n’avaient pas réagi.
Autre précision : une paire non conforme ne veut pas dire une paire qui rend malade du jour au lendemain. Les dépassements concernent des substances dont les effets se jouent sur la durée, par contact répété avec la peau. Le signal le plus simple à surveiller, c’est l’odeur : une paire qui dégage une forte odeur chimique à l’ouverture du colis mérite qu’on s’y arrête.
Et si vous venez de commander, vous avez un levier immédiat : le droit de rétractation de 14 jours s’applique à ces achats. Gardez la confirmation de commande et les photos du produit : ce sont vos preuves en cas de retour ou de signalement.
Que contiennent les paires non conformes ?
Les laboratoires ont cherché sept familles de substances : phtalates, formaldéhyde, métaux lourds, chrome VI, libération de nickel, hydrocarbures aromatiques polycycliques et paraffines chlorées à chaîne courte. Les phtalates, ces plastifiants qui assouplissent les matières plastiques, sont la cause de non-conformité la plus fréquente. Sur 50 paires testées pour ces substances, 15 dépassaient la limite européenne de 0,1 %. L’une d’elles affichait une concentration de 37 %, soit 370 fois le maximum autorisé. Les phtalates sont des perturbateurs endocriniens : ils peuvent interférer avec le système hormonal.
76 paires testées dans sept pays européens, dont la France.
Le chrome VI, utilisé dans le tannage de certains cuirs, affichait lui aussi un taux d’échec autour de 30 % parmi les paires testées pour cette substance. C’est un allergène cutané connu, qui peut provoquer des eczémas de contact. Le formaldéhyde et les hydrocarbures aromatiques polycycliques complètent la liste des substances retrouvées au-dessus des seuils.
Une paire à 5 euros qui sent fort le plastique neuf n’est pas une bonne affaire. C’est un produit dont personne n’a vérifié ce qu’il contient vraiment.
Les chaussures de sécurité ne s’en sortent pas mieux
L’étude ne s’est pas arrêtée aux baskets et aux bottes de ville. Dix modèles vendus comme chaussures de sécurité ont aussi été testés sur leurs performances physiques. Huit d’entre eux ont échoué aux exigences de la norme européenne : résistance au glissement, à la perforation, aux chocs et à la compression, solidité de la liaison entre la tige et la semelle. Plusieurs produits affichaient en outre des allégations de sécurité trompeuses, sans le marquage CE requis ni la documentation de conformité attendue.
Pourquoi ces chaussures passent quand même
Le prix explique l’essentiel. D’après l’Institut français de la mode, Shein, Temu et AliExpress ont concentré 29 % des achats d’habillement en ligne en volume sur les sept premiers mois de 2026, contre 19 % en 2025. Les contrôles restent rares face au volume des petits colis.
Que faire si vous en avez acheté
- Ne paniquez pas. Un dépassement de seuil chimique n’est pas une intoxication. Le risque dépend de la substance, de la dose et de la durée du contact.
- Fiez-vous à vos sens. Odeur chimique forte et persistante, irritation ou rougeur après le port : autant de raisons de ne pas garder la paire.
- Gardez vos preuves. Confirmation de commande, photos du produit et de son emballage : tout peut servir en cas de retour ou de signalement.
- Utilisez la rétractation. Vous disposez de 14 jours après la réception pour renvoyer un achat en ligne, sans avoir à vous justifier.
- Signalez le produit. Signalez-le sur SignalConso, la plateforme de la DGCCRF : les signalements alimentent les contrôles.
- Pour les chaussures de sécurité, prévenez votre employeur : c’est à lui de fournir des équipements conformes.
Une forte odeur chimique est le premier signal à surveiller.
Reste le chiffre à retenir : sur ces trois plateformes, plus d’une paire sur trois échappe aux règles que les fabricants européens doivent respecter. À 5 euros la paire, le prix ne couvre ni le contrôle, ni la traçabilité. La prochaine fois qu’une paire semblera trop bon marché pour être vraie, elle le sera peut-être.
