C’est un chiffre officiel, publié ce mardi par l’Insee, et il sonne comme un avertissement : fin juin, la dette publique française pesait 3 595,5 milliards d’euros, soit 119 % de tout ce que le pays produit en un an. Record historique. Il fallait remonter à l’après-guerre pour voir pire.
On la savait lourde. On ne l’imaginait pas à ce point historique. Mardi 29 septembre, l’Insee a dévoilé le montant de la dette publique française à la fin du deuxième trimestre : 3 595,5 milliards d’euros, soit 119 % du produit intérieur brut. Autrement dit, tout ce que la France produit en une année ne suffirait même pas à rembourser ce qu’elle doit.
Ce double record efface le pic de 117,8 % enregistré au premier trimestre 2021, au plus fort du « quoi qu’il en coûte » de la pandémie. Cette fois, pas de virus, pas de guerre. Juste une lente dégradation qui dure depuis un demi-siècle.
59,6 milliards de plus en trois mois
Le chiffre mérite qu’on s’y arrête. Entre fin mars et fin juin, la dette a progressé de 59,6 milliards d’euros, soit 2 % en trois mois à peine. L’Etat, les collectivités et la Sécurité sociale dépensent chaque année plus qu’ils n’encaissent. Depuis 1974, cela n’a quasiment jamais changé.
Pour retrouver un taux d’endettement aussi élevé, il faut remonter à 1946. La France pansait alors les plaies de la Seconde Guerre mondiale, et la dette, propulsée au-delà de 300 % du PIB par le coût du conflit, commençait à redescendre. Quatre-vingts ans plus tard, le pays s’approche du même mur sans avoir connu ni conflit ni pandémie.
Le ministère de l’Économie et des Finances, à Paris : c’est là que se prépare le budget 2027, présenté jeudi 1er octobre.
Quand la croissance s’éteint, la dette prospère
L’explication tient en deux mouvements. Depuis le premier choc pétrolier de 1973-1974, la croissance française s’est peu à peu étiolée : d’environ 5 % en 1970 à 0,5 % en 2026, hors inflation. Dix fois moins. Ce ralentissement a freiné la progression des recettes publiques, malgré l’alourdissement de la pression fiscale.
Dans le même temps, les besoins de financement ont gonflé, en particulier pour payer les retraites et les soins de santé d’une population vieillissante. « La situation catastrophique de la dette française ne devrait pas s’améliorer de sitôt », prédit Joe Maher, économiste chez Capital Economics. La trajectoire officielle donne raison aux pessimistes : 119,3 % du PIB fin 2026, puis 121,7 % en 2027, plus du double de la limite européenne de 60 %.
« La situation catastrophique de la dette française ne devrait pas s’améliorer de sitôt. » Joe Maher, Capital Economics
79 milliards d’euros partis en intérêts
Quand les taux étaient faibles, voire négatifs, comme en 2020 et 2021, s’endetter pouvait presque passer pour une bonne affaire. L’époque est révolue. Lundi, pour prêter de l’argent à l’Etat sur dix ans, les investisseurs exigeaient près de 4,8 % par an : du jamais-vu depuis la crise des subprimes de 2008. Les obligations à trente ans ont bondi au-delà de 5,3 %, un seuil oublié depuis 2003.
Conséquence très concrète : chaque année, la France verse des sommes colossales à ses créanciers, 79 milliards d’euros en 2026, des milliards qui ne seront jamais investis dans l’éducation, la santé ou la transition écologique. Pour 2027, la charge montera à 91 milliards, a indiqué le ministre Roland Lescure sur France Inter le 21 septembre.
Semaine après semaine, le pays remplace des emprunts contractés il y a sept ou huit ans à des taux très faibles par de nouveaux emprunts bien plus dispendieux. Il s’endette désormais à un taux supérieur à celui de sa croissance : les économistes parlent d’un effet « boule de neige », l’Etat émettant toujours plus d’obligations rien que pour payer les intérêts des dettes anciennes.
Le palais Brongniart, siège historique de la Bourse de Paris : c’est sur les marchés que la France emprunte désormais à près de 4,8 %.
Les chiffres qui font mal
- 3 595,5 milliards d’euros de dette publique fin juin 2026, +59,6 milliards en trois mois.
- 119 % du PIB : record historique, contre 117,8 % au premier trimestre 2021.
- Déficit public de 5,4 % du PIB en 2026, contre 5 % espérés ; objectif de 5 % en 2027, avec un an de retard.
- La France reste le pays le plus endetté de la zone euro derrière la Grèce et l’Italie.
Un budget sous haute tension
Ce double record arrive au pire moment. Jeudi 1er octobre, le gouvernement présente en conseil des ministres le projet de loi de finances pour 2027, avec un objectif de déficit à 5 % du PIB. Mais l’objectif, déjà modeste, paraît fragile : la campagne présidentielle entrave toute réforme structurelle, et si les taux continuent de grimper, le budget soumis aux parlementaires n’aura plus guère de valeur.
Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise, suggère de renégocier ou de « brûler » une partie de la dette, une option que les marchés n’accueilleraient pas sans dégâts. Eric Dor, économiste interrogé par l’AFP, nuance : la hausse des taux s’inscrit dans un mouvement mondial, alimenté par l’inflation liée à la crise énergétique et une demande d’emprunts « qui explose ».
À surveiller : la présentation du budget jeudi 1er octobre, puis la réaction des marchés et des agences de notation.
