C’est dans une vidéo de près de vingt minutes, mise en ligne ce mardi, qu’Édouard Philippe a dévoilé son projet de réforme des retraites. Le candidat d’Horizons assume une mesure dont il connaît le prix politique : un départ à 65 ans et 45 ans de cotisation, avec une part de capitalisation.
Ce mardi 29 septembre, Édouard Philippe a rompu le silence sur le dossier qui divise la droite depuis des années : les retraites. Le candidat d’Horizons à la présidentielle a publié sur YouTube une vidéo de près de vingt minutes où il détaille, chiffres à l’appui, la réforme qu’il appliquerait s’il était élu en mai 2027. Deux nombres la résument : 65 et 45.
65 ans, 45 annuités : le cœur du projet
Le premier chiffre, c’est la durée de cotisation. Édouard Philippe veut la porter « progressivement, mais en moins de dix ans », à 45 ans. Le second, c’est l’âge légal de départ : 65 ans, « pour les Français qui le peuvent ». Une nuance que le candidat a pris soin d’ajouter : un Français sur trois pourra partir plus tôt, entre 60 et 64 ans, lorsque la pénibilité du travail ou la mauvaise santé l’exige.
À 55 ans, l’ancien premier ministre (2017-2020) et maire du Havre sait exactement ce qu’il risque. Il l’a dit lui-même, assis à une table, en costume bleu sombre : « Je sais que la réforme que je propose n’est pas populaire. Mais je ne cherche pas à gagner des points dans les sondages, je veux protéger les Français. »
Les retraites restent le sujet le plus inflammable de la vie politique française, après les mobilisations de 1995 et de 2023.
D’abord rétablir la réforme de 2023
Point que le candidat a précisé et qui change la lecture du projet : Édouard Philippe veut d’abord « reprendre la réforme de 2023 », celle qui portait l’âge légal à 64 ans et la durée de cotisation à 43 ans. Car cette réforme-là ne s’applique plus : votée sous Élisabeth Borne, elle a été suspendue fin 2025 par le Parlement, et l’âge légal est aujourd’hui bloqué à 62 ans et 9 mois, avec 42,5 annuités requises.
Concrètement, le chemin serait donc en deux étapes : revenir aux 64 ans / 43 annuités de la réforme suspendue, puis « poursuivre pour qu’en moins de dix ans, nous soyons passés à 65 ans, pour l’âge légal de départ, et quarante-cinq annuités », selon ses mots rapportés par Le Monde.
- Aujourd’hui : 62 ans et 9 mois, 42,5 annuités (réforme de 2023 suspendue fin 2025) ;
- Réforme de 2023 (suspendue) : 64 ans, 43 annuités ;
- Projet Philippe : 65 ans « pour les Français qui le peuvent », 45 annuités en « moins de dix ans » ;
- Départs anticipés : entre 60 et 64 ans pour un Français sur trois (pénibilité, santé) ;
- Capitalisation : un plan d’épargne retraite « à la portée de tous » ;
- Électorat : ses propres électeurs sont partagés — 42 % favorables au statu quo, 42 % à l’allongement de la durée de cotisation, selon l’enquête Ipsos BVA-CESI / Cevipof réalisée début septembre pour Le Monde.
La capitalisation fait son entrée
Autre rupture avec la tradition de la droite française : Philippe veut introduire une part de capitalisation. Il propose un plan d’épargne retraite « à la portée de tous », sans en chiffrer pour l’instant ni le montant ni le calendrier.
La réforme se déroulerait en deux temps. D’abord, remettre le système par répartition à l’équilibre : « c’est l’urgence et c’est possible », assure-t-il. Ensuite, « préparer l’avenir en construisant progressivement un système mixte associant répartition et capitalisation ».
« Ne rien faire, c’est nous exposer à une crise financière sans précédent. » — Édouard Philippe, dans sa vidéo du 29 septembre 2026
Un pari à huit mois de l’élection
Quelques mois après son mea culpa sur les 80 km/h, Philippe s’attaque à un autre dossier sensible. Accusé de louvoiement par ses opposants depuis qu’il a évoqué, il y a cinq ans, un recul de l’âge de départ à 67 ans sans vraiment l’assumer ensuite, il dit vouloir cette fois « parler des retraites, sans faux-semblant, sans caricature, calmement, sérieusement ».
Aujourd’hui, il est le candidat du centre et de la droite le mieux placé dans les sondages, même si Marine Le Pen le devance largement au premier tour et que Jean-Luc Mélenchon le dépasse parfois, selon l’AFP. Il promet déjà un programme « massif » de réformes et de réduction des dépenses publiques. Les retraites en deviennent le premier test grandeur nature.
Pancarte « Retraite à 55 ans » brandie par des manifestants : la mesure proposée par Édouard Philippe risque de raviver la contestation.
Reste à savoir comment les Français, encore marqués par les mobilisations de 2023, accueilleront ce nouveau seuil, au moment où l’âge légal est gelé à 62 ans et 9 mois. Les syndicats, tout comme ses rivaux à droite, ne tarderont pas à répondre.
Sources : AFP, Reuters, Le Monde.
