Une journée entière d’audition, et un statut qui change la lecture du dossier. Jeudi 29 octobre, Édouard Philippe est ressorti du bureau de deux juges d’instruction financiers parisiens comme témoin assisté, et non comme mis en examen, dans l’enquête sur la Cité numérique du Havre. Son avocat y voit une décision favorable. La lanceuse d’alerte à l’origine des plaintes, elle, demande que l’instruction aille au bout.
Édouard Philippe témoin assisté : c’est la décision tombée jeudi 29 octobre au soir, après une audition qui a duré toute la journée. L’ancien Premier ministre, maire du Havre et candidat d’Horizons à la présidentielle de 2027, a été entendu à Paris par deux juges financiers. Ils l’ont placé sous ce statut dans l’information judiciaire ouverte en mai 2026, notamment pour détournement de fonds publics, favoritisme et harcèlement moral au sein de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole.
La nouvelle, révélée par l’AFP de sources proches du dossier, a été confirmée dans la soirée par les deux camps. Me Emmanuel Marsigny, l’avocat d’Édouard Philippe, a salué « une décision favorable qui confirme qu’il n’y a rien à lui reprocher dans cette affaire ». L’avocat de la plaignante, Me Jérôme Karsenti, souhaite que l’instruction aille au bout malgré ce statut.
Ce que ça change pour vous : les réponses en bref
Combien ? 2,154 millions d’euros. C’est la compensation de service public promise à l’association LH French Tech pour animer la Cité numérique du Havre. La collectivité en avait déjà versé 1,15 million quand elle a voté la rupture anticipée de la convention, en mars 2022.
Quand ? L’audition décisive a eu lieu jeudi 29 octobre. L’information judiciaire a été ouverte en mai 2026, après une enquête préliminaire lancée en décembre 2023. Le statut peut encore évoluer dans un sens comme dans l’autre.
Qui est concerné ? Édouard Philippe d’abord, mais aussi Stéphanie de Bazelaire, adjointe chargée de l’innovation et du numérique, et Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services, également visées par la plainte de juin 2025.
Que faire ? Pour les électeurs, retenir une distinction simple : témoin assisté ne veut dire ni coupable, ni innocenté. Le statut ne bloque pas une candidature à la présidentielle, et il ne met pas fin à l’enquête. Tout reste ouvert, dans les deux sens.
Témoin assisté, mise en examen : quelle est la différence ?
C’est la question que tout le monde se pose depuis jeudi soir, et la réponse tient à un degré de soupçon. Selon service-public.fr, le témoin assisté est une personne nommément mise en cause, contre laquelle existent des indices rendant vraisemblable sa participation à l’infraction. La mise en examen exige des indices graves ou concordants. Les juges disposent d’éléments, mais pas encore de quoi franchir ce seuil.
Le statut donne au témoin assisté des droits de la défense : un avocat qui a accès au dossier, le droit de garder le silence, la possibilité de demander au juge certains actes d’enquête. En revanche, il ne permet ni contrôle judiciaire, ni bracelet électronique, ni détention provisoire, ni renvoi devant un tribunal. Si des indices graves ou concordants apparaissent, le témoin assisté peut basculer vers la mise en examen. Si les soupçons s’amenuisent, les poursuites peuvent être abandonnées.
« Edouard Philippe se félicite de cette décision favorable qui confirme qu’il n’y a rien à lui reprocher dans cette affaire. »
Une convention de juillet 2020 au cœur du dossier
Tout part d’une signature, le 30 juillet 2020. Ce jour-là, Édouard Philippe, devenu président de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole au début du mois, signe une convention avec Stéphanie de Bazelaire, présidente bénévole de l’association LH French Tech, chargée d’exploiter la Cité numérique du Havre. L’association, créée en juillet 2020, avait répondu seule à l’appel lancé en mars 2020.
Le montage choisi est celui d’un service d’intérêt économique général, qui permet sous conditions de verser une compensation à une structure chargée d’une mission de service public sans passer par les règles classiques de mise en concurrence. C’est ce montage que contestent les plaignants. D’après la plainte consultée par l’AFP, les juges devront apprécier si « un pacte » a été conclu entre Édouard Philippe et Stéphanie de Bazelaire, un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique.
Le Havre vu du ciel, la ville portuaire où se situe la Cité numérique (photo d’illustration).
Qui a déclenché l’affaire, et quand ?
Cornelia Findeisen, ancienne directrice générale adjointe de la communauté urbaine entre septembre 2020 et avril 2023. Dès la fin de 2020, elle alerte sa hiérarchie : impossible de contrôler l’utilisation de la subvention faute de bilan comptable. Elle dit ensuite avoir été écartée, puis harcelée moralement, et son contrat n’est pas renouvelé. En janvier 2025, elle obtient le statut de lanceuse d’alerte.
Trois dates résument la procédure :
- Une première plainte en 2023, qui débouche sur une enquête préliminaire du Parquet national financier en décembre 2023, puis des perquisitions au Havre en avril 2024.
- Une seconde plainte en juin 2025, avec constitution de partie civile, qui conduit à l’ouverture d’une information judiciaire le 19 mai 2026.
- La constitution de partie civile d’Anticor, le 20 octobre 2026, auprès des deux juges.
Entre-temps, la convention a vécu sa propre fin. En mars 2022, la communauté urbaine vote sa résiliation anticipée, avec effet au 30 juin, face à une trajectoire budgétaire jugée intenable. L’association aurait pourtant perçu l’intégralité de la subvention du premier semestre 2022, alors que son activité se limitait à ses obligations minimales. Placée en redressement judiciaire en octobre 2022, elle est liquidée l’année suivante.
Et maintenant, que peut-il se passer ?
Trois scénarios restent sur la table. Premier cas : l’instruction apporte des indices graves ou concordants, et Édouard Philippe passe à la mise en examen. Deuxième cas : les juges estiment les soupçons insuffisants, et le dossier se referme sans poursuites. Troisième cas, le plus long : l’instruction s’étire, avec de nouvelles auditions, pendant que la campagne de 2027 avance.
Pour un candidat déclaré depuis 2024, le calendrier compte autant que le droit. Jeudi soir, son camp a lu la décision comme un horizon qui se dégage. La défense de la lanceuse d’alerte rappelle que ce statut n’est pas un non-lieu. Ce sont les prochaines décisions des deux juges, pas les communiqués, qui diront si l’affaire du Havre pèse sur 2027.
L’hôtel de ville du Havre, dont Édouard Philippe est le maire depuis 2020 (photo d’illustration).
Sources : AFP (via Boursorama et Le Temps), Le Journal des Français, Anticor, service-public.fr.
