Mercredi soir, depuis Matignon, Sébastien Lecornu a promis aux automobilistes une baisse de 12 à 18 centimes par litre de gazole. Dix millions de barils puisés dans les stocks stratégiques, cédés aux distributeurs au prix de revient : l’annonce est tombée au cœur d’une allocution censée répondre à ce que le Premier ministre appelle « la superposition des crises ». Voici, chiffre par chiffre, ce que ça vaut vraiment pour votre portefeuille.

Mercredi soir, depuis Matignon, Sébastien Lecornu a promis aux automobilistes une baisse du prix du gazole de 12 à 18 centimes par litre. Dix millions de barils puisés dans les stocks stratégiques du pays, mis à la disposition des distributeurs « au prix de revient » sur trois mois : l’annonce a été faite au cœur d’une allocution censée répondre à « la superposition des crises ». Entre lycées bloqués, crise agricole et débats sur le budget 2027, le Premier ministre a choisi de parler pouvoir d’achat. Voici, chiffre par chiffre, ce que ça vaut vraiment.

Ce que ça change pour vous : jusqu’à 10 euros de moins par plein

Combien. Matignon prend pour référence un litre de gazole à 2,40 euros. Avec la baisse annoncée, le prix reviendrait entre 2,22 et 2,28 euros le litre. Pour un réservoir de 50 litres, l’économie se situe entre 6 et 9 euros ; sur un plein classique, elle peut atteindre une dizaine d’euros.

Quand. Pas demain matin. Les distributeurs doivent d’abord s’approvisionner avec ce gazole moins cher, puis répercuter le bénéfice sur les prix à la pompe. L’opération est étalée sur les trois prochains mois.

Qui est concerné. Tous les automobilistes qui roulent au gazole, directement. Et, au-delà de la pompe, tous les foyers : le Premier ministre a aussi demandé à EDF de « mobiliser au maximum ses capacités de production » pour que les prix de l’électricité n’augmentent pas durant l’hiver.

Que faire. Aucune démarche : la baisse est mécanique, il n’y a rien à demander ni à remplir. Le seul réflexe utile reste de comparer les prix station par station sur prix-carburants.gouv.fr, car les écarts géographiques persistent.

Cuves de stockage de carburant dans un dépôt pétrolier Les stocks stratégiques français : c’est dans ces réserves que seront puisés les 10 millions de barils de gazole.

La semaine qui a tout fait basculer

  • Vendredi 2 octobre. Les chefs d’État du G7, dont Emmanuel Macron, décident de mettre jusqu’à 100 millions de barils sur le marché sur quatre mois, sous la coordination de l’Agence internationale de l’énergie, pour détendre les prix.
  • Mercredi 7 octobre, matin. Matignon annonce que Sébastien Lecornu s’exprimera dans la soirée sur les lycées, les prix des carburants, la crise agricole et « la situation financière du pays ».
  • Mercredi soir. Allocution télévisée : 10 millions de barils de gazole libérés sur trois mois « au prix de revient », consigne donnée à EDF pour l’électricité cet hiver, et nouvelles mesures pour les agriculteurs annoncées pour ce jeudi par la ministre Annie Genevard.
  • Jeudi 8 octobre. Mesures agricoles attendues. Acte IV de la mobilisation lycéenne dans la rue.
  • Dans les tout prochains jours. Sébastien Lecornu réunit les distributeurs à Matignon « pour y travailler », selon ses propres mots.

La baisse du prix du gazole de 12 à 18 centimes est-elle crédible ?

Les économistes ne crient pas à l’imposture. Les 10 millions de barils qui seront libérés « correspondent à environ 1,6 milliard de litres », calcule Patrice Geoffron. Avec une consommation trimestrielle de gazole routier de l’ordre de 8 milliards de litres, ces volumes couvrent près de 20 % des besoins sur trois mois : environ un litre sur cinq.

Le détail qui change tout : selon les données transmises par Matignon, ces stocks stratégiques ont été acquis à un prix moyen de 28 centimes d’euro par litre, contre environ 1,10 euro pour un approvisionnement au prix actuel du marché. La différence, 82 centimes, appliquée à 20 % des volumes achetés par les distributeurs dans les trois prochains mois, donne une économie moyenne de 16,4 centimes par litre. Pile dans la fourchette promise.

Reste le bémol des experts. Pour l’économiste Anna Creti, ces 12 à 18 centimes ne sont « pas un ordre de grandeur impossible », mais l’expérience montre que les réserves stratégiques servent à amortir un choc temporaire d’offre, pas à remplacer durablement une production disparue. Les prix à la pompe dépendront aussi des déstockages décidés à l’échelle internationale.

« Cette mesure nous donne un répit, du temps. »

C’est ainsi que Sébastien Lecornu a lui-même présenté l’opération mercredi soir. Un répit, pas une solution.

Quand la baisse sera-t-elle visible à la pompe ?

Ne guettez pas les panneaux jeudi matin. La France consomme environ 18 millions de barils de gazole par mois : les volumes libérés vont arriver progressivement, et les distributeurs doivent d’abord vider les cuves achetées cher avant d’afficher les nouveaux prix.

Et votre facture d’électricité cet hiver ?

C’est la deuxième annonce de la soirée, passée presque inaperçue sous le choc des chiffres du gazole. Le Premier ministre a demandé à EDF de « mobiliser au maximum ses capacités de production » pour que les prix de l’électricité n’augmentent pas durant l’hiver. La formule est solennelle, le mode d’emploi reste à écrire. À l’approche de l’hiver et à quelques jours de l’examen du budget 2027, l’énergie s’installe au centre du débat.

Un automobiliste fait le plein de sa voiture dans une station-service À la pompe, la baisse ne sera pas immédiate : les distributeurs doivent d’abord s’approvisionner avec le gazole des stocks, moins cher.

Que disent les sceptiques ?

Sur X, Marine Le Pen a résumé l’ambiance : « Mieux vaut tard que jamais, mais que de temps perdu. » Du côté de la jeunesse mobilisée, la réponse est plus sèche encore. À la sortie de leur rencontre de mercredi avec le ministre de l’Enseignement supérieur, les organisations étudiantes et lycéennes ont déploré n’avoir reçu « aucune réponse satisfaisante » et appellent à poursuivre la mobilisation ce jeudi dans toutes les villes de France. L’allocution sera jugée dans les cortèges.

Douze à dix-huit centimes : ce n’est pas la fin de la crise des carburants, mais c’est la première fois depuis des mois qu’un gouvernement chiffre une baisse à venir au lieu de promettre d’y réfléchir. Pour les millions d’automobilistes qui font le calcul à chaque plein, ce répit comptera.