Le Dauphiné libéré, Le Progrès, L’Est républicain… Ce vendredi 9 octobre, les neuf quotidiens du premier groupe de presse régionale de France sont appelés à faire grève. En jeu : 400 postes supprimés et des articles partiellement produits par l’intelligence artificielle.

Vous êtes en Auvergne-Rhône-Alpes, en Bourgogne-Franche-Comté ou dans le Grand Est ? Votre quotidien du samedi matin pourrait bien ne pas arriver. Le Dauphiné libéré, Le Progrès, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, L’Est républicain, Le Républicain lorrain, L’Alsace, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Bien public et Vosges Matin : les neuf quotidiens du groupe EBRA sont appelés à la grève ce vendredi 9 octobre. Cette grève EBRA d’octobre 2026 est une première : jamais, dans l’histoire du groupe, les neuf titres n’avaient débrayé le même jour.

L’appel est parti d’une partie des organisations syndicales, le SNJ en tête. En ligne de mire : le plan stratégique « EBRA 2030 », présenté le 22 juin par la direction du premier groupe de presse régionale française, détenu par le Crédit Mutuel Alliance fédérale.

Pourquoi les journalistes partent en grève

Le plan prévoit jusqu’à 400 suppressions de postes, présentées comme des départs volontaires, sur 3 200 salariés. Une centaine de postes de journalistes sont dans la ligne de mire. L’autre ligne rouge des grévistes, c’est l’intelligence artificielle : mise en page automatisée, assistant IA pour réécrire les copies des correspondants. « On change notre métier », résume Agnès Briançon, déléguée syndicale SNJ au Dauphiné libéré.

Des salariés en grève lors d’une manifestation syndicale Des manifestations syndicales comme celle-ci sont organisées ce vendredi dans plusieurs régions.

Les syndicats voient une menace directe sur la qualité de l’information. « Introduire massivement dans nos contenus une information bidouillée par l’intelligence artificielle, repérable en deux coups de cuillère à pot par n’importe qui, c’est donner des arguments à ceux qui contestent le rôle fondamental de la presse traditionnelle », écrivait le SNJ de l’Est Républicain et de Vosges Matin. La mobilisation n’est pas unanime : l’EstMedia-CGT a décidé de ne pas rejoindre le mouvement, jugeant la grève contre l’IA inévitable à terme.

Grève EBRA d’octobre 2026 : votre journal sera-t-il en kiosque samedi ?

Voilà la question que se posent des millions de lecteurs. La direction espère maintenir la parution des journaux de samedi 10 octobre, mais avec des rédactions en grève et des imprimeurs potentiellement mobilisés, rien n’est garanti. Des tractages sont aussi prévus devant des agences du Crédit Mutuel, propriétaire du groupe, et sur les marchés.

« Ce sera la première fois qu’il y aura une grève le même jour, et c’est aussi la première fois qu’il y a un plan de cette ampleur, qui touche tous les salariés. » — Delphine Banas, déléguée syndicale SNJ-CGT au Républicain Lorrain

Concrètement, pour vous :

  • Si vous êtes abonné : surveillez la boîte aux lettres samedi, le journal pourrait manquer ou arriver amputé de ses pages.
  • Si vous lisez en kiosque : prévoyez le coup, l’édition du jour pourrait ne jamais être imprimée.
  • Si vous suivez l’info en ligne : les sites des neuf titres risquent de tourner au ralenti, avec moins d’articles mis à jour.

Pourquoi la direction dit ne pas avoir le choix

Le tableau économique est sombre. En dix ans, les ventes au numéro et les abonnements du groupe ont été divisés par deux. La perte d’exploitation a dépassé 10 millions d’euros en 2025. Le plan « EBRA 2030 » vise un retour à l’équilibre dès 2028, avec 68 créations de postes annoncées en parallèle, principalement à la rédaction. La direction promet qu’aucun départ ne sera contraint et qu’un accompagnement personnalisé est prévu : repositionnement, formation, reconversion.

Une journaliste au travail dans une rédaction Dans les rédactions, l’arrivée de l’intelligence artificielle pour aider à la mise en page ou retravailler les textes inquiète les journalistes.

L’intelligence artificielle : ce que ça change pour vos articles

Le point le plus sensible du conflit, et aussi le plus abstrait pour le lecteur. L’IA est déjà entrée dans les rédactions : elle aide à monter les pages, relit et reformule les textes venus des correspondants locaux. Les grévistes craignent une dérive : moins de journalistes, plus de machines, et au bout du compte des articles moins vérifiés, moins ancrés dans le terrain. Leurs adversaires, y compris une partie de leurs collègues, répondent que refuser l’outil ne sauvera aucun emploi et qu’il vaut mieux l’encadrer que le subir.

La grève d’aujourd’hui dira qui l’emporte. Dans la rue, devant les imprimeries et les agences du Crédit Mutuel, ce vendredi se joue une question simple : qui écrira votre journal demain, des journalistes ou des logiciels ?