Le 13 octobre, le ministre de l’Intérieur en comptait 36. Ce vendredi 30 octobre, elles sont 83. Depuis le début du mouvement lycéen, 80 enquêtes ont été confiées à l’Inspection générale de la police nationale et 3 à celle de la gendarmerie, et une vingtaine porterait sur des blessures mutilantes. Le chiffre a plus que doublé en dix-sept jours, et il tombe à la veille d’une nouvelle journée de mobilisation.

Les 83 enquêtes IGPN mouvement lycéen sont le nouveau bilan communiqué par le ministère de l’Intérieur, que Radio France a pu consulter et que le HuffPost publie ce vendredi 30 octobre, confirmant une information du média d’investigation OFF Investigation. Le décompte couvre toute la période écoulée depuis le 21 septembre, date à laquelle les premiers lycées ont commencé à se bloquer.

Le total est élevé, et la vitesse à laquelle il a grimpé l’est tout autant. Le 13 octobre, devant la commission des lois du Sénat, Laurent Nuñez parlait de 36 saisines. Dix-sept jours plus tard, on en est à 83, après les journées des 17, 18 et 24 octobre et une semaine de plaintes qui se sont empilées.

Ce que ça change pour vous : les réponses en bref

Combien ? 83 enquêtes au total : 80 pour l’IGPN, qui contrôle la police nationale, et 3 pour l’IGGN, son équivalent pour la gendarmerie. Sur les 80 dossiers de l’IGPN, une vingtaine serait liée à des « blessures mutilantes », selon les informations de RTL relayées ce vendredi.

Quand ? Le bilan porte sur la période du 21 septembre au 30 octobre. Le précédent point officiel, 36 enquêtes, datait du 13 octobre. La prochaine journée de mobilisation, samedi 31 octobre, pourrait faire bouger le compteur une nouvelle fois.

Qui est concerné ? D’abord les jeunes blessés en marge des manifestations et des blocus, et leurs familles, qui attendent de savoir ce qui s’est passé. Ensuite les policiers et les gendarmes mis en cause. Et les parents de mineurs, qui se demandent ce que vaut une plainte déposée pour un adolescent.

Que faire ? Se faire soigner et faire constater les blessures par un médecin, conserver photos, vidéos, vêtements et tout document utile, puis déposer plainte, au commissariat, à la gendarmerie ou directement auprès du parquet. Pour un mineur, ce sont les parents qui accompagnent la démarche.

83 enquêtes IGPN : pourquoi le chiffre a doublé en 17 jours

Le 13 octobre, le tableau présenté par Laurent Nuñez au Sénat tenait en quelques lignes : 36 saisines, dont 4 pour des blessures mutilantes et 6 pour des blessures dites significatives. Le reste recouvrait des faits moins graves, des coups, des insultes, et des suspicions d’agression sexuelle, selon le compte rendu de cette audition.

Depuis, les journées de mobilisation se sont succédé, et des dossiers plus anciens, ouverts après les premiers blocus de septembre, ont continué d’être comptabilisés à mesure que les parquets saisissaient les inspections. Le chiffre de 83 ne mesure donc pas une seule journée de violences. Il additionne six semaines de procédures.

Une précaution s’impose : une saisine de l’IGPN ou de l’IGGN ne dit rien, à elle seule, de la culpabilité d’un agent. Elle ouvre une enquête, et c’est ensuite le parquet qui décide : classement, poursuites, ou renvoi devant un juge.

Des jeunes manifestants dans un nuage de fumée, en marge d’un rassemblement Des jeunes manifestants dans un nuage de fumée, en marge d’un rassemblement (photo d’illustration).

Que recouvrent les 20 dossiers de blessures mutilantes ?

C’est le chiffre le plus lourd du nouveau bilan, et aussi le plus fragile, parce qu’il repose sur une formule au conditionnel. RTL évoque une vingtaine de dossiers liés à des « blessures mutilantes » parmi les 80 confiés à l’IGPN. Le terme désigne des blessures qui laissent une infirmité permanente : une main ou un œil perdu, une mâchoire fracturée avec des séquelles durables.

Trois cas sont cités nommément dans les publications de ce vendredi. À Lens, dans le Pas-de-Calais, un lycéen de 15 ans a eu une main arrachée par une grenade assourdissante lors d’une manifestation, le 5 octobre, dans des circonstances qui restent à déterminer. À Tours, Maël, 16 ans, a été éborgné après des incidents survenus lors du blocage d’un établissement. À Saint-Étienne, un jeune de 17 ans a été gravement blessé à la main pendant la manifestation du 17 octobre.

Laurent Nuñez, lui, met en avant l’ouverture de ces enquêtes et défend une utilisation « proportionnée » de la force par les policiers et les gendarmes.

Que se passe-t-il après une saisine de l’IGPN ?

L’IGPN, surnommée la « police des polices », enquête sur les policiers. L’IGGN fait la même chose pour les gendarmes. Dans les dossiers du mouvement lycéen, c’est la voie judiciaire qui domine : un procureur confie l’enquête, les enquêteurs travaillent sous son autorité, et le parquet tranche à la fin.

En parallèle, le Défenseur des droits s’est autosaisi dans au moins un dossier, celui d’un lycéen de 14 ans blessé à la mâchoire à Saint-Ouen-l’Aumône, selon Le Nouvel Obs. Les familles peuvent aussi se constituer partie civile, comme celle d’un homme mort à Paris le 17 octobre, dont la plainte a été révélée cette semaine.

Des policiers en tenue d’intervention face à un cortège, à Paris Des policiers en tenue d’intervention face à un cortège, à Paris (photo d’illustration).

Et les policiers et les gendarmes blessés ?

Le bilan ne se lit pas d’un seul côté. Jeudi 29 octobre, Laurent Nuñez indiquait, selon BFMTV, que 1 193 policiers et gendarmes avaient été blessés depuis le début de la mobilisation lycéenne, devenue depuis une mobilisation sociale plus large. La plupart de ces blessures seraient légères, précisait le ministre, même si certains fonctionnaires ont dû être hospitalisés.

Que faire si l’on a été blessé ou témoin samedi ?

La première démarche est médicale, pas judiciaire. Se faire examiner rapidement permet de faire constater les blessures et d’obtenir un certificat qui servira ensuite. La plainte se dépose au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur, en décrivant les faits avec précision : lieu, heure, circonstances, constat médical. Sans plainte ni signalement, il n’y a pas d’enquête du tout.

Et samedi 31 octobre ?

Le nouveau bilan arrive à un moment précis : la veille de l’acte III de la mobilisation contre la vie chère, qui doit réunir samedi Gilets jaunes, syndicats et organisations de jeunesse. Laurent Nuñez a annoncé 70 000 policiers et gendarmes déployés dans tout le pays, le même volume que le 24 octobre, et parle d’un risque de troubles « très élevé ». Si de nouvelles blessures graves sont signalées samedi, le compteur des saisines repartira à la hausse.