Matignon l’a annoncé ce mercredi : Sébastien Lecornu s’adressera aux Français dans la soirée, au lendemain d’une mobilisation massive et à la veille d’une nouvelle journée d’action. Quatre dossiers sont sur la table, et aucun ne vous est indifférent.
Un communiqué de Matignon, tombé ce mercredi matin, a tout déclenché. Sébastien Lecornu va s’adresser aux Français dans la soirée, lors d’une « allocution depuis Matignon ». Le Premier ministre a choisi quatre thèmes : les lycées, les prix des carburants, la crise agricole et, selon son entourage, « la situation financière du pays ».
L’heure exacte n’a pas été précisée. Matignon évoque une prise de parole « en fin de journée », « dans la soirée ». Le format en dit long : on ne convoque pas les caméras à Matignon pour répéter la veille.
Car la veille a été lourde. Mardi 6 octobre, l’acte III a rassemblé 256 000 personnes selon l’Intérieur (56 000 à Paris) et 450 000 selon les organisateurs (100 000 dans la capitale). Bilan de la journée : 488 interpellations, dont 32 à Paris, et 43 membres des forces de l’ordre blessés. Le soir même, Emmanuel Macron réunissait à l’Élysée le Premier ministre, les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation nationale.
Ce que ça change pour vous
Vos enfants au lycée. Entre mercredi et vendredi, les lycées organiseront une demi-journée de cours banalisée pour un « temps de démocratie interne » avec les élèves, annoncé mardi par Sébastien Lecornu devant les députés. Le ministre a dû préciser le dispositif quelques heures plus tard : les chefs d’établissement parlent de « cacophonie ». Une consultation nationale des lycéens est ouverte jusqu’au 23 octobre sur la plateforme Agora, avec une restitution promise fin octobre. Et sur Parcoursup, décrié par les jeunes, Lecornu a promis de « corriger » ce qui peut l’être.
Votre plein d’essence. Le baril de Brent a franchi les 101 dollars ce mercredi (101,54 $, selon Reuters), sur fond de regain de tension entre l’Arabie saoudite et les Houthis. Les prix à la pompe repartent à la hausse, et les carburants figurent désormais au menu d’une allocution solennelle : le dossier est devenu politique. En attendant, le réflexe utile reste de comparer les prix sur prix-carburants.gouv.fr, qui recense les tarifs station par station.
À la pompe, les prix repartent à la hausse : le baril de Brent a dépassé les 101 dollars ce mercredi.
Votre portefeuille, via le budget. Le projet de loi de finances 2027, examiné à partir du 13 octobre, chiffre l’effort de redressement à 43 milliards d’euros (AFP). C’est le décor de « la situation financière du pays » dont parlera le Premier ministre ce soir. Derrière le chiffre : des prestations gelées et des contributions nouvelles, que les syndicats dénoncent déjà en appelant à la grève du 5 novembre.
Le monde agricole. Quatrième dossier annoncé, la crise agricole. Des agriculteurs ont rejoint les cortèges mardi. C’est le dossier le plus flou : il faudra écouter l’allocution.
La semaine qui a tout fait basculer
- Mardi 6 octobre. Acte III : 256 000 manifestants selon la police, 450 000 selon les organisateurs, 488 interpellations. À l’Assemblée, Lecornu réfute toute « répression policière », promet de « corriger » Parcoursup et annonce la demi-journée banalisée dans les lycées.
- Mardi soir. Emmanuel Macron réunit à l’Élysée le Premier ministre et les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation nationale.
- Mercredi 7 octobre. Matignon annonce l’allocution du soir. Les perturbations se poursuivent dans plusieurs centaines d’établissements, selon le ministère de l’Éducation nationale. Les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation sont auditionnés à l’Assemblée.
- Jeudi 8 octobre. Les organisations lycéennes et étudiantes appellent à poursuivre les blocages pour un acte IV. La CGT annonce qu’elle sera « de nouveau mobilisée avec les lycéens et les étudiants ».
- Jeudi 5 novembre. Journée de grève et de manifestations appelée par l’intersyndicale CFDT, CGT, FO, Unsa et FSU.
« Brûler un lycée n’améliore pas la situation bâtimentaire des lycées. »
Devant les députés, mardi, il avait lancé : Depuis le début du mouvement : 215 élèves et 85 personnels de l’Éducation nationale blessés, plus de 715 policiers et gendarmes, et une dizaine d’enquêtes de l’IGPN, dont celle sur le lycéen de 15 ans dont la main a été arrachée lundi à Lens par une grenade de désencerclement.
Dans les rues de Paris : les organisations lycéennes et étudiantes appellent à un acte IV dès ce jeudi.
À quelle heure Sébastien Lecornu parle-t-il ce soir ?
Matignon n’a donné aucune heure précise. Le communiqué parle d’une allocution « en fin de journée », « dans la soirée », depuis l’hôtel Matignon. Elle devrait être retransmise en direct par les chaînes d’information.
Que va annoncer Lecornu sur les carburants ?
Personne ne le sait. Ce qui est certain, c’est que le dossier est remonté tout en haut de la pile : avec un baril au-dessus des 101 dollars et des tensions en mer Rouge qui ne retombent pas, la pression sur les prix à la pompe va durer. La question que tout le monde se pose : une aide ciblée sera-t-elle annoncée, ou le gouvernement s’en tiendra-t-il à défendre sa fiscalité ?
Que va-t-il dire sur les lycées ?
C’est le dossier le plus avancé, et paradoxalement celui où la marge de manœuvre semble la plus étroite. La demi-journée banalisée et la consultation nationale jusqu’au 23 octobre sont déjà sur la table. Reste la question des moyens, qui se chiffrent en milliards au moment précis où le gouvernement en cherche 43.
La mobilisation de jeudi est-elle maintenue ?
Oui. L’Union syndicale lycéenne, l’Union étudiante et les autres organisations appellent à maintenir les blocages pour un « acte 4 » jeudi. La CGT sera, selon ses propres mots, « de nouveau mobilisée avec les lycéens et les étudiants ». Autrement dit : l’allocution de ce soir sera jugée dès demain matin, dans les cortèges.
Ce soir, des millions de Français écouteront pour savoir si l’exécutif a encore une porte de sortie. La réponse se mesurera surtout jeudi, dans la rue.
