Quatre jours après la nuit où le beffroi de Limoges s’est effondré dans les flammes, deux nouvelles tombent le même jour : un suspect de 34 ans arrêté à l’aube par le RAID, et une cagnotte de 300 000 euros pour sauver ce qui reste du monument. L’enquête s’accélère, la reconstruction s’organise.
La cagnotte mairie de Limoges est en ligne depuis mardi 20 octobre. Objectif : 300 000 euros, pour « sauvegarder » l’hôtel de ville ravagé par les flammes samedi soir. Le même matin, à 6h15, le RAID interpellait en Haute-Vienne le premier suspect de l’incendie : un homme de 34 ans, présenté comme un activiste d’ultragauche fiché S. À Limoges, deux fronts s’ouvrent en même temps : l’enquête, qui s’accélère, et la reconstruction, qui commence par l’argent.
Ce que ça change pour vous, concrètement
Combien. La collecte officielle vise 300 000 euros. Mardi soir, 20 000 euros étaient déjà récoltés, selon France TV Info. Les dons à la Fondation du patrimoine ouvrent droit à la réduction fiscale habituelle : 66 % du montant déduit de l’impôt sur le revenu.
Qui peut donner. Tout le monde : particuliers, entreprises, collectivités. La ville d’Orthez et l’Élan béarnais ont déjà annoncé un geste de solidarité, selon France Bleu.
Que faire. Donnez uniquement sur la collecte officielle, portée par la ville de Limoges et la Fondation du patrimoine. Méfiance : de fausses cagnottes circulent déjà après les violences du 17 octobre, a alerté France Bleu. Vérifiez que la page de don mentionne bien la Fondation du patrimoine.
Quand. La collecte est ouverte depuis le 20 octobre. Sébastien Lecornu se rendra à Limoges vendredi 23 octobre.
Que s’est-il passé samedi soir ?
Le 17 octobre, vers 18h15, une cinquantaine de personnes forcent les portes de la mairie pendant que le cortège regagne le centre-ville. Le hall s’embrase, les flammes gagnent une aile puis la toiture, et peu avant 21 heures le beffroi de 43 mètres s’effondre.
Inauguré en 1883, dessiné par Charles-Alfred Leclerc et inscrit aux monuments historiques depuis 1975, le bâtiment a perdu l’essentiel de sa partie ancienne : « quasi 100 % détruite » à l’intérieur, selon les autorités citées par l’AFP. La salle des fêtes n’est plus qu’un amas de poutres calcinées. Les pompiers ont sauvé la partie moderne et des objets classés, dont une collection de porcelaines de Limoges. Mais « à ce stade, il est impossible de dire si une restauration d’ensemble sera possible », disait au Monde l’adjointe au patrimoine, Muriel Laskar.
L’hôtel de ville de Limoges au lendemain de l’incendie. La partie ancienne du bâtiment de 1883 a été quasi intégralement détruite. (Wikimedia Commons)
Qui est le suspect arrêté mardi matin ?
Il s’appelle Hodei C.D., il a 34 ans. Né à Paris, originaire de la Creuse, il a été arrêté dans une maison isolée de Bussière-Boffy, à une cinquantaine de kilomètres de Limoges, après une identification par les renseignements territoriaux.
Son profil, détaillé par Le Figaro : activiste d’ultragauche, fiché S, parents militants, soupçonné d’avoir pris part aux actions des Soulèvements de la Terre. Déjà condamné en appel à un an de prison avec sursis pour des coups portés à un policier, il s’est pourvu en cassation, selon Le Populaire du Centre.
Le maire LR Guillaume Guérin parle d’un homme « probablement le cerveau de cette opération » : « On ne détruit pas un bâtiment de deux siècles par les flammes avec une boîte d’allumettes et un briquet. » Il s’attend à de nouvelles arrestations.
Un bâtiment de 1883 réduit en cendres en quelques heures, un suspect arrêté à l’aube par le RAID, une cagnotte ouverte le jour même : l’incendie de la mairie de Limoges concentre à lui seul toute la violence et toutes les questions du 17 octobre.
Où en est l’enquête ?
Le parquet de Limoges a ouvert une information judiciaire pour « destruction par moyen dangereux en bande organisée ». Le parquet national antiterroriste étudie une reprise du dossier. Sur TF1, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a comparé le choc au feu de Notre-Dame de Paris en 2019 et promis une réponse « avec une extrême fermeté ».
Politiquement, la piste de l’ultragauche domine : le maire accuse des « zadistes du plateau de Millevaches », David Lisnard a dénoncé sur RTL des « camps d’entraînement terroristes » sur ce plateau. Des accusations que l’enquête devra confirmer ou infirmer.
La façade néo-Renaissance de l’hôtel de ville, photographiée en mai 2026, cinq mois avant l’incendie. (Wikimedia Commons)
Cagnotte mairie de Limoges : à quoi servira l’argent ?
« Chaque jour compte », martèle la ville. L’urgence n’est pas encore la reconstruction : c’est de sécuriser les parties intactes et de sauver ce qui peut l’être encore. Sans bâchage rapide, la pluie aggravera les dégâts des plafonds peints classés, déjà fissurés sous la chaleur.
Reste la question du coût. « Limoges est une des villes les plus pauvres de France. On ne pourra jamais reconstruire sans l’aide de l’État », disait au Monde Muriel Laskar. Une pétition réclame une reconstruction « à l’identique », sur le modèle de Notre-Dame. La collecte de la Fondation du patrimoine n’en est que le premier étage : assurance de la ville, État et mécènes devront suivre.
En attendant, les Limougeauds se recueillent devant les grilles, et Stéphane Bern a réagi avec colère sur Instagram. Samedi, une autre mobilisation s’annonce dans tout le pays. À Limoges, on espère qu’elle épargnera ce qu’il reste de la maison commune.
Sources : Le Figaro, Le Monde, France TV Info, France Bleu, AFP via Boursorama, Le Nouvel Obs, EFE.
