Jeudi 22 octobre, le sud-est de Paris tourne au ralenti : la manifestation des lycéens et étudiants est interdite par la préfecture de police, la RATP ferme neuf stations de métro dès 10h, et les rassemblements sont bannis jusqu’à 20h dans plusieurs secteurs de la capitale.

La manifestation du 22 octobre à Paris ne ressemblera à aucune autre journée de mobilisation. Le cortège des lycéens et des étudiants, déclaré entre l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et la place de la Bastille, est interdit par la préfecture de police. Et pourtant, la RATP fermera bien ses portes : neuf stations de métro resteront closes dès 10h ce jeudi matin.

Ce que ça change pour vous, ce jeudi

Vous prenez le métro dans l’est ou le sud-est parisien ? Partez plus tôt. À partir de 10h, les rames des lignes 1, 5, 6, 7 et 8 passeront sans s’arrêter dans neuf stations, et les correspondances seront coupées à Bastille comme à Place d’Italie. Sur la ligne 10, la circulation sera interrompue entre Gare d’Austerlitz et Jussieu. Aucune heure de réouverture n’est annoncée : consultez ratp.fr ou le site d’Île-de-France Mobilités avant de partir.

Vous avez rendez-vous à la Pitié-Salpêtrière ? Prévoyez une bonne marge. La station Saint-Marcel (ligne 5) sera fermée ; la station Chevaleret (ligne 6) reste ouverte.

Vous comptiez manifester ? L’amende est connue : 135 euros. Participer à une manifestation interdite constitue une contravention de quatrième classe, prévue par l’article R644-4 du Code pénal.

Côté circulation, attendez-vous à des perturbations autour du boulevard de l’Hôpital, des gares d’Austerlitz et de Lyon, puis de Bastille, dans les 4e, 5e, 11e, 12e et 13e arrondissements. Les rassemblements non déclarés sont interdits de 8h à 20h dans plusieurs secteurs : abords de l’Élysée et de Matignon, Assemblée nationale, Sénat, Champs-Élysées, Louvre, République, Bastille et Place d’Italie.

Pourquoi la manifestation est-elle interdite ?

Mercredi 21 octobre, la préfecture de police a publié l’arrêté n°2026-01404, qui interdit le cortège déclaré entre le boulevard de l’Hôpital et la place de la Bastille. Auprès de franceinfo, la préfecture invoque les débordements constatés lors des rassemblements des 13 et 17 octobre, que l’organisateur n’aurait pas su empêcher. Elle cite aussi la sécurité des biens et des personnes.

Ce n’est pas une première. Le 17 octobre déjà, l’Interfac IDF avait vu son cortège de la République à la Concorde interdit par arrêté. La préfecture avait aussi banni les rassemblements aux abords des gares parisiennes. Le tracé de ce jeudi passe pourtant par Austerlitz et la gare de Lyon.

Quel parcours devait suivre le cortège ?

D’après l’appel des organisateurs, le départ était fixé à 14h, boulevard de l’Hôpital, face à la Pitié-Salpêtrière, dans le 13e arrondissement. Le cortège devait remonter vers la gare d’Austerlitz, traverser la Seine, longer la gare de Lyon et terminer place de la Bastille, à la jonction des 4e, 11e et 12e arrondissements.

Le tracé n’a rien d’un hasard. Les organisateurs présentent cette marche comme une manifestation « en direction des travailleurs », avec un passage devant deux grandes gares et un hôpital : une main tendue aux salariés.

Le cortège déclaré ce jeudi 22 octobre devait longer la gare de Lyon La gare de Lyon, lors d’un précédent mouvement social : le parcours déclaré de ce jeudi 22 octobre passe devant la gare.

La manifestation aura-t-elle quand même lieu ?

Chez les organisateurs, le ton reste offensif. Interrogée par France 3 Paris Île-de-France, l’Interfac IDF affirme qu’elle « ne compte pas se laisser faire ». Sur le site paris-luttes.info, l’appel a été mis à jour mercredi soir pour signaler l’interdiction, sans annoncer d’annulation.

Interrogée par France 3 Paris Île-de-France, l’Interfac IDF affirme qu’elle « ne compte pas se laisser faire ».

L’appel est porté par l’AG interfac d’Île-de-France, la coordination lycéenne Paris x Banlieue, la coordination nationale étudiante et la Coordination nationale lycéenne. Réunie à Paris dimanche 18 octobre, elle a rassemblé plus de 100 lycéens venus de 27 villes, de Lille à Marseille, selon son communiqué.

Un rassemblement reste donc possible en début d’après-midi, avec une présence policière renforcée dans le secteur. La situation peut évoluer d’heure en heure.

Quelles stations de métro sont fermées ce 22 octobre ?

À la demande de la préfecture de police, la RATP ferme plusieurs stations à partir de 10h :

  • Ligne 1 : Bastille et Saint-Paul.
  • Ligne 5 : Place d’Italie, Campo-Formio, Saint-Marcel, Gare d’Austerlitz, Quai de la Râpée, Bastille et Bréguet-Sabin.
  • Lignes 6 et 7 : Place d’Italie.
  • Ligne 8 : Bastille et Chemin Vert.
  • Ligne 10 : trafic interrompu entre Gare d’Austerlitz et Jussieu.

Les rames passeront sans marquer l’arrêt, et les correspondances seront impossibles à Bastille (lignes 1, 5 et 8) comme à Place d’Italie (lignes 5, 6 et 7). Ces fermetures s’ajoutent aux travaux déjà en cours, comme la ligne 2 coupée jusqu’au 25 octobre.

Que réclament les lycéens et les étudiants ?

Les revendications tiennent en quelques lignes : plus de moyens et de personnel dans l’éducation, des classes limitées à 25 élèves, la suppression de Parcoursup. Les jeunes dénoncent aussi les inégalités entre les lycées des beaux quartiers et ceux des quartiers populaires, ainsi qu’entre le public et le privé.

S’y ajoute la question de la répression. La coordination exige la libération des jeunes interpellés et l’abandon des poursuites. Elle critique aussi les fermetures de lycées décidées pendant les blocages. Le plan d’urgence du gouvernement, avec 3 000 remplaçants promis pour les professeurs absents, n’a pas suffi à calmer le jeu.

Le mouvement est né fin septembre dans les lycées de banlieue, notamment à Créteil. Le 2 octobre, le ministère de l’Intérieur recensait déjà plus de 1 000 lycées touchés. Cinq jours après la grande mobilisation du 17 octobre, la jeunesse ne lâche pas le pavé, vacances de la Toussaint ou pas.

Et après le 22 octobre ?

Le calendrier est déjà chargé. Samedi 24 octobre, nouvelle journée de mobilisation aux côtés des gilets jaunes, avec un parcours déclaré entre Bastille et Opéra. Jeudi 29 octobre, la Coordination nationale lycéenne se réunit à nouveau. Mardi 3 novembre, journée de mobilisation nationale lycéenne. Et jeudi 5 novembre, la grève interprofessionnelle contre le budget, que les lycéens rejoindront.

Mercredi, les syndicats sont ressortis de Matignon sans aucune annonce, et l’intersyndicale appelle à la grève générale le 5 novembre. Ce jeudi, trois maires doivent être reçus à Matignon, selon 20 Minutes, et Gérald Darmanin a fait état de 174 incarcérations après les violences des 17 et 18 octobre.

Reste une inconnue : la mobilisation tiendra-t-elle pendant les vacances ? Ce jeudi dira si la rue, interdite, répond quand même présent.