Samedi 24 octobre, la France se réveille quadrillée comme rarement pour une journée de manifestations. Environ 70 000 policiers et gendarmes seront sur le terrain, soit 10 000 de plus que samedi dernier, avec hélicoptères, drones, blindés et unités d’élite. Le Louvre, Orsay et le Grand Palais resteront portes closes. Voici, ville par ville, ce qui sera possible et ce qui sera interdit.

La conférence de presse de Laurent Nuñez, vendredi en fin de journée, a fixé l’ampleur du dispositif. Ce samedi 24 octobre, environ 70 000 policiers et gendarmes seront déployés dans tout le pays, soit quelque 10 000 de plus que samedi dernier. Le ministre de l’Intérieur veut une opération « mobile, agile et ferme » : hélicoptères, drones, une vingtaine de blindés Centaure, 15 canons à eau, et les unités d’élite RAID, GIGN et BRI en protection des bâtiments publics.

Pour des millions de Français, la journée ne ressemblera à aucune autre. À Paris, le Louvre, le musée d’Orsay, le musée Picasso et le Grand Palais resteront portes closes. Dans plusieurs grandes villes, défiler ne sera possible qu’avec l’aval du préfet, et seules les organisations syndicales ont le feu vert du président de la République. Les commerçants barricadent leurs vitrines depuis des jours.

Et le contexte reste brûlant. Vendredi, Emmanuel Macron a reçu pour la première fois des représentants de lycéens. Ils sont ressortis insatisfaits et ont appelé à poursuivre la mobilisation jusqu’à des propositions concrètes du gouvernement. Nathanaël Combary, président du Renouveau lycéen, a prévenu que les élèves attendent des réponses lors des discussions avec le Premier ministre, prévues lundi. À Orléans, Marine Le Pen tient le congrès du Rassemblement national pendant que des dizaines de milliers de contre-manifestants sont attendus : les autorités locales y redoutent des heurts.

Où pourra-t-on manifester ce samedi 24 octobre ?

La règle est posée depuis jeudi : seules les manifestations organisées par les syndicats pourront se tenir, les préfets ont reçu la consigne d’interdire tout le reste. L’amende encourue pour participer à un rassemblement interdit est de 135 euros.

À Paris, la préfecture n’a validé qu’un seul cortège : celui déclaré par la CGT, entre Bastille et Nation. Le parcours imaginé par le collectif Interfac Île-de-France et des gilets jaunes, de Bastille vers Opéra, a été interdit par arrêté. La préfecture justifie sa prudence par les violences observées le week-end dernier et en fin de cortège le 13 octobre, et a modifié l’itinéraire autorisé pour l’éloigner des zones commerciales.

À Lyon, la règle est encore plus stricte : toutes les manifestations sont interdites ce samedi. À Marseille, seules les manifestations syndicales approuvées par les autorités pourront défiler. Nice et Montpellier figurent aussi parmi les villes placées sous restrictions. À Orléans, la préfecture a promis un dispositif « très conséquent » : le congrès du RN y rassemblera des milliers de sympathisants pendant que les contre-manifestants affluent vers la ville.

Forces de l’ordre et pompiers lors des émeutes du 17 octobre à Paris

Un pompier de la brigade de Paris éteint une voiture incendiée pendant les émeutes du 17 octobre, une semaine avant le samedi 24 octobre. (Photo : Wikimedia Commons / JJxFile)

Pourquoi un déploiement aussi massif ?

Parce que samedi dernier a laissé des traces profondes. Selon l’agence Bloomberg, quelque 3 000 commerces ont été pillés ou saccagés dans tout le pays, et 2 700 personnes ont été interpellées. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a précisé que 217 d’entre elles, dont la moitié de primo-délinquants, ont déjà été incarcérées.

Les appels à la violence circulent à nouveau sur les réseaux sociaux, selon le ministère de l’Intérieur, qui évoque des messages d’ultragauche visant des bâtiments publics et des commerces. Vendredi, Laurent Nuñez a martelé son mot d’ordre :

« Nous serons intraitables avec les casseurs, les pillards et tous ceux qui commettront des actes de violence. »

Le dispositif est donc d’environ un cinquième supérieur à celui du 17 octobre. Les militaires de l’opération Sentinelle, déployés depuis mardi sur des missions de garde statique, libèrent des policiers et des gendarmes pour le maintien de l’ordre. Le gouvernement promet en même temps de distinguer les revendications légitimes des actes de délinquance.

Quels musées et lieux culturels resteront fermés samedi ?

Le ministère de la Culture a confirmé à l’Associated Press que le Louvre, le musée d’Orsay, le musée Picasso et le Grand Palais fermeraient samedi. Le Louvre a précisé que les visiteurs ayant réservé pour cette date seront remboursés automatiquement. Les établissements sous tutelle du ministère ont reçu pour consigne de prendre les mesures nécessaires à la sécurité des visiteurs, à la protection des agents et à la préservation des œuvres.

Le Grand Palais, qui accueillait Art Basel, annule sa programmation du week-end : la foire d’art contemporain avait ouvert au public vendredi pour une seule journée. Côté commerces, la semaine a été celle des planches en bois. Près de la place de la République, l’un des points chauds du 17 octobre, une agence bancaire et des boutiques se sont barricadées pour décourager d’éventuels pillards.

Tags sur un mur de Paris après la journée de manifestations du 17 octobre

Tags sur un mur de Paris, témoins de la journée de manifestations du 17 octobre qui a conduit au déploiement massif de ce samedi. (Photo : Wikimedia Commons / FreCha)

Que faire ce samedi si vous sortez ?

Quelques réflexes simples pour traverser cette journée particulière :

  • Avant de partir, vérifiez l’arrêté pris par votre préfecture : dans plusieurs villes, défiler hors cadre syndical sera interdit.
  • À Paris, le seul parcours autorisé est Bastille → Nation, déclaré par la CGT. Renseignez-vous sur l’heure de départ auprès des organisateurs.
  • Anticipez des contrôles aux gares et sur les grands axes routiers : les forces de l’ordre cherchent à intercepter armes et projectiles.
  • Si vous aviez prévu de visiter le Louvre, Orsay, le musée Picasso ou le Grand Palais, reportez votre venue : ils seront fermés ce samedi.
  • À Orléans, évitez le centre-ville dans l’après-midi si vous n’êtes ni congressiste ni manifestant : la ville se prépare à une journée de tension.

Et après samedi ?

Rien n’est réglé. Les lycéens reçus vendredi par Emmanuel Macron exigent des propositions concrètes et seront reçus lundi par le Premier ministre. La CGT, qui défilera dans le seul cortège parisien autorisé, appelle à une grève générale le 5 novembre. Et la coordination des gilets jaunes avait annoncé un « acte III » le 31 octobre. Six mois avant la présidentielle, chaque samedi est désormais un test pour le gouvernement.

Ce samedi dira si la fermeté promise suffit à faire retomber la pression, ou si le mouvement né dans les lycées est devenu l’affaire de tout un pays.