Le cortège parisien venait à peine de se disperser que le premier chiffre tombait. En fin d’après-midi ce samedi 31 octobre, le ministère de l’Intérieur comptait 272 interpellations dans toute la France pour l’acte III de la mobilisation contre la vie chère. À Lyon, les forces de l’ordre ont affronté des groupes violents en marge du cortège. À Paris, un cortège non déclaré a été refoulé alors qu’il se dirigeait vers l’Élysée. La journée n’est pas terminée, et c’est la soirée qui inquiète désormais les autorités.
Les manifestations 31 octobre bilan interpellations donnent un premier chiffre ce samedi en fin d’après-midi : 272 personnes interpellées en France, selon un point du ministère de l’Intérieur relayé en fin d’après-midi. Le chiffre reste provisoire : il bougera au fil de la soirée.
Troisième samedi de suite, même décor : des cortèges tenus loin des centres-villes, 70 000 policiers et gendarmes déployés, et 350 actions recensées avant la journée, pour 350 000 à 450 000 participants attendus selon la police. La CGT avance plus de 500 000 participants. L’écart n’a rien d’inédit. Il dit une chose : la journée a été massive, et elle a dérapé par endroits, sans basculer dans le scénario du 17 octobre.
Ce que ça change pour vous ce soir
Combien ? 272 interpellations en fin d’après-midi, selon le ministère de l’Intérieur. À titre de comparaison, la journée du 24 octobre s’était soldée par 1 435 interpellations, et celle du 17 octobre par près de 1 800. Le bilan de ce samedi reste donc, à cette heure, nettement en dessous des deux précédents samedis.
Quand ? Le couvre-feu parisien entre en vigueur ce soir, de 23 heures à 6 heures à République et aux Halles, pour les nuits de samedi à dimanche et de dimanche à lundi. Les mineurs non accompagnés sont concernés dès 21 heures dans plusieurs secteurs du centre.
Qui est concerné ? Les habitants de Paris, de Lyon et de Bordeaux, tous ceux qui comptaient sortir fêter Halloween en centre-ville, et les commerçants : selon l’Alliance du commerce, citée par l’AFP, 2 500 commerces ont été touchés depuis le début du mouvement, et 600 n’ont pas rouvert.
Que faire ? Évitez République et les Halles après 23 heures à Paris, et la presqu’île de Lyon la nuit, où les attroupements sont interdits de 23 heures à 6 heures. Vérifiez le trafic RATP avant tout déplacement dans l’est parisien, où 40 stations ont fermé entre 5 h 30 et 20 heures.
La chronologie de l’après-midi : de Bagnolet à la place Guichard
À Paris, le cortège autorisé est parti à 14 heures de la porte de Bagnolet, comme l’avait tranché le Conseil d’État dans la nuit, et a rejoint la porte de Charenton par les boulevards des Maréchaux, dans le calme pour l’essentiel. La préfecture avait signalé plus de 1 200 contrôles à la mi-journée dans les gares parisiennes.
À Lyon, le cortège déclaré a quitté la Manufacture des Tabacs à 14 heures vers la place Jean-Macé, hors de l’hyper-centre. C’est en marge de ce parcours que la situation s’est tendue. Le Figaro parle de premiers affrontements avec des black blocs. La préfecture a signalé des jets de projectiles, puis demandé aux manifestants de quitter la place Guichard en raison de la présence de groupes violents.
Un cortège dans les rues de Lyon, lors d’une précédente journée de mobilisation. Photo d’illustration.
Lyon : projectiles, un feu rue Duguesclin, un engin artisanal saisi
Lyon concentre les incidents les plus documentés. Un feu a été signalé rue Duguesclin, avec l’intervention des pompiers. À Rillieux-la-Pape, des poubelles ont brûlé et des forces de l’ordre ont été visées par des projectiles, avec trois interpellations selon BFM Lyon. Un individu a aussi été contrôlé avec des éléments permettant de fabriquer un engin artisanal, selon la préfecture relayée par CNews et France 3.
Le dispositif lyonnais en tenait compte : 1 000 forces de l’ordre selon BFM Lyon, centre-ville interdit de 10 heures à 23 heures, et couvre-feu pour les mineurs non accompagnés sur la presqu’île de 23 heures à 6 heures.
Paris : un cortège sauvage refoulé, République enfumée
Paris n’a pas connu le même niveau de tensions. Un cortège non déclaré a été refoulé alors qu’il se dirigeait vers l’Élysée, selon la préfecture de police. Place de la République, des poubelles et un kiosque ont brûlé, et une voiture a été incendiée selon les premiers récits d’agences.
« Contraints, forcés et la mort dans l’âme », c’est ainsi que Karl Ghazi, co-secrétaire général de l’UD CGT Paris, a décrit à l’AFP le parcours imposé aux manifestants parisiens, de Bagnolet à Charenton, loin de Bastille et de Nation.
Les organisateurs avaient demandé Bastille-Nation. Le tribunal administratif leur avait d’abord donné raison vendredi, avant que le Conseil d’État annule cette décision dans la nuit et valide le tracé de la préfecture. Ce débat sur le parcours continuera de peser sur la suite du mouvement.
Des policiers en tenue d’intervention lors d’une manifestation en France. Photo d’illustration.
Bordeaux, et les villes restées calmes
À Bordeaux, le rassemblement de 7 000 manifestants a dégénéré en affrontements, selon les premiers bilans relayés samedi. La préfecture avait autorisé le cortège tout en anticipant une journée difficile.
Ailleurs, la journée est restée calme : Niort, Valenciennes, Guéret avec environ 400 personnes, et Clermont-Ferrand avec jusqu’à 2 000 manifestants à l’écart du centre, sans incident majeur selon la préfecture.
Manifestations 31 octobre bilan interpellations : pourquoi ce chiffre va encore bouger
Le chiffre de 272 interpellations ne raconte qu’une partie de la journée. Il ne dit rien des gardes à vue, des blessés, ni des dégradations constatées au petit matin. Au 29 octobre, le ministère comptait 1 193 policiers et gendarmes blessés depuis le 17 octobre.
Et maintenant, que se passe-t-il ce soir et demain ?
Ce soir, tout se joue après 23 heures. Les couvre-feux de Paris, de Lyon, de Tours, de Marseille et d’Avignon visent les attroupements nocturnes et les mineurs non accompagnés. Laurent Nuñez avait prévenu dès jeudi que le risque de violences urbaines était très élevé pour la soirée, en lien avec Halloween.
Demain, le ministère publiera un bilan consolidé : manifestants, interpellations, blessés, dégradations. Les organisateurs ont déjà appelé à poursuivre la mobilisation, avec une journée interprofessionnelle le jeudi 5 novembre. Sur les revendications, la vie chère, la suppression de Parcoursup, la rénovation des établissements et davantage d’enseignants, aucune annonce n’est tombée samedi.
