Ce jeudi 29 octobre, en fin de journée, le ministre de l’Intérieur a sifflé la fin de la récréation pour samedi. Laurent Nuñez parle d’une journée « à risque très élevé », annonce 70 000 policiers et gendarmes sur le terrain et confirme la règle qui va rythmer le week-end : pas de cortège en centre-ville. Pour les manifestants comme pour les familles qui comptaient sortir fêter Halloween, le samedi 31 octobre ne ressemblera à aucun autre.

Le dispositif est tombé ce jeudi 29 octobre, en deux temps : un télégramme adressé aux préfets, dont BFMTV a révélé le contenu et que Le Figaro a pu vérifier auprès d’une source au ministère de l’Intérieur, puis une conférence de presse de Laurent Nuñez, relayée par l’AFP et Reuters. Le message tient en une phrase : pour les manifestations du 31 octobre, centres-villes interdits aux cortèges, 70 000 policiers et gendarmes déployés dans tout le pays, et une doctrine annoncée comme « extrêmement réactive ».

« On ne tolérera aucun débordement, il y aura des interventions systématiques », a prévenu le ministre. Il s’attend à une mobilisation « aussi importante que lors de la journée du 24 octobre » : 410 000 personnes selon Beauvau, 800 000 selon la CGT, et plus de 1 400 interpellations. Cette fois, la mobilisation tombe le soir d’Halloween, et c’est ce qui change tout.

Ce que ça change pour vous : les réponses en bref

Combien ? 70 000 policiers et gendarmes, comme le 24 octobre. S’y ajoutent la BRI, le RAID et le GIGN, 26 blindés Centaure et tous les engins lanceurs d’eau disponibles. Le taux de disponibilité des effectifs est porté à 75 %, après suspension des repos là où c’était nécessaire.

Quand ? Samedi 31 octobre, toute la journée, avec un pic de vigilance du début de soirée jusque tard dans la nuit. Le télégramme demande « une attention toute particulière » aux rassemblements sur les places publiques à partir de 20 heures.

Qui est concerné ? Les manifestants, d’abord : aucun cortège ne passera par les centres-villes. Les habitants des centres-villes, ensuite, qui verront des périmètres interdits et des contrôles renforcés. Les parents, aussi, là où la circulation des mineurs non accompagnés est restreinte le soir. Et les usagers des transports, dans les agglomérations où les réseaux s’adaptent.

Que faire ? Vérifier l’arrêté de votre préfecture samedi matin, garder une pièce d’identité en gare, et rester sur le parcours autorisé si vous manifestez.

Pourquoi samedi est jugé « à risque très élevé » ?

Trois éléments se superposent. La colère sociale dure depuis la mi-septembre, née dans les lycées avant de s’étendre aux salaires, au coût de la vie et aux services publics. La soirée d’Halloween, traditionnellement agitée, arrive avec ses déguisements et ses rassemblements nocturnes. Et la menace terroriste reste élevée, une semaine après l’attentat raciste de Trappes et La Verrière.

Sur les réseaux sociaux, les services de renseignement ont repéré « de multiples appels à rassemblements dans les centres-villes, sur toutes les places publiques, au prétexte de la fête d’Halloween », écrit le ministre. Il vise des « groupes à risque » d’ultragauche et des appels venus de sites de Gilets jaunes radicaux, qui invitent à se rassembler dans les rues à partir de 20 heures dans de nombreuses villes.

« On ne tolérera aucun débordement, il y aura des interventions systématiques. »

Rappel utile : lundi 26 octobre, Emmanuel Macron, en déplacement à Marseille, avait déjà demandé que les parcours du 31 octobre puis du 5 novembre soient tracés hors des centres-villes, en citant le modèle du 24 octobre.

Des CRS face à un cortège, lors d’une précédente mobilisation en France Des CRS face à un cortège, lors d’une précédente mobilisation en France (photo d’illustration).

Puis-je encore manifester en centre-ville samedi ?

Non, sauf exception locale décidée par le préfet. « Les manifestations ne se tiendront pas dans les centres-villes et elles ne pourront se dérouler qu’à la périphérie et quand les organisations auront présenté des garanties », a déclaré Laurent Nuñez.

À Paris, la préfecture de police a refusé les deux parcours déclarés : Bastille-Concorde pour la coordination des Gilets jaunes, Bastille-Nation pour la CGT. Le préfet a proposé un tracé le long du périphérique, de la porte de Bagnolet à la porte de Charenton, sur le modèle de la semaine précédente. L’intersyndicale refuse ce changement de parcours. Le préfet pourra l’imposer.

Que prévoit le dispositif, concrètement ?

Des contrôles de flux en amont des rassemblements. Dans les gares et sur les axes de transport, les forces de l’ordre chercheront les matériels destinés à des violences : cagoules, masques, feux d’artifice, mortiers. Des contrôles d’identité renforcés sont prévus dans les zones sensibles, et des drones filmeront les parcours.

Un point mérite l’attention des familles : depuis une loi de 2019, se dissimuler le visage dans une manifestation où des troubles sont commis constitue un délit. Un déguisement d’Halloween qui masque le visage, dans un cortège qui dégénère, n’est donc pas un détail.

Des policiers en tenue anti-émeute, boucliers levés, lors d’une manifestation en France Des policiers en tenue anti-émeute, boucliers levés, lors d’une manifestation en France (photo d’illustration).

Et dans les autres villes : les arrêtés déjà tombés

À Toulon, le préfet du Var a interdit ce jeudi les manifestations dans le centre-ville, tout en acceptant un parcours autour du centre-ville, de la Bourse du Travail à la place Martin-Bidouré. La circulation des mineurs non accompagnés sera interdite du samedi 31 octobre à 17 heures au dimanche 1er novembre à 8 heures, autour du centre commercial Mayol, des Galeries Lafayette et de la place de la Liberté.

À Tours, les rassemblements sont de nouveau interdits en centre-ville, quasiment toute la zone entre Loire et Cher. À Rouen et au Havre, les rassemblements sont interdits dans des secteurs des centres-villes de 9 heures à minuit, contre 20 heures le 24 octobre. À Brest, le réseau Bibus dévie les lignes 12 à 19 dès 10 heures, ne dessert plus le centre-ville et ne fait plus circuler aucun bus ni tram après 20 heures.

Que faire si vous sortez samedi soir ?

Prévoyez de la marge : les contrôles dans les gares peuvent ralentir les trajets, et les bus de plusieurs agglomérations s’interrompent plus tôt que d’habitude. Évitez les places publiques en centre-ville après 20 heures : c’est le créneau que les autorités surveillent. Si vos enfants sortent fêter Halloween, vérifiez s’il existe un arrêté local les concernant, comme à Toulon.