Ce mercredi matin, à Saint-Gervais, les géomètres-experts ont annoncé le chiffre attendu depuis trois ans : 4 807,47 mètres. Le toit des Alpes a repris 1,88 mètre. La montagne, elle, n’a pas bougé d’un centimètre.

La nouvelle altitude Mont-Blanc 2026 est désormais officielle : 4 807,47 mètres. Le chiffre a été dévoilé ce mercredi 14 octobre à Saint-Gervais-les-Bains, en Haute-Savoie, par la Chambre départementale des géomètres-experts. Il remplace les 4 805,59 mètres mesurés en 2023, soit 1,88 mètre de plus.

Comment les géomètres-experts ont mesuré le sommet

Pour arriver à ce chiffre, une trentaine de géomètres-experts, de scientifiques et de guides sont montés au sommet au mois de septembre. L’expédition est partie de Saint-Gervais le 15 septembre, et les mesures ont été réalisées le 17 septembre, au lever du soleil. Ils étaient montés avec leurs instruments : récepteurs de positionnement par satellite, drone, géoradar et gravimètre. Deux heures de mesures, puis les résultats dévoilés près d’un mois plus tard, ce mercredi.

Calotte de neige et de glace coiffant le massif du Mont-Blanc La calotte de neige et de glace qui coiffe le sommet : c’est elle qui fait varier l’altitude d’une mesure à l’autre.

Altitude Mont-Blanc 2026 : pourquoi le chiffre bouge à chaque mesure

Le Mont-Blanc ne se comporte pas comme les autres sommets. Son socle rocheux culmine à environ 4 792 mètres. Tout ce qui dépasse, c’est de la neige et de la glace tassées par les saisons. Et cette calotte bouge. Un hiver bien enneigé l’épaissit, le vent sculpte la crête et déplace la neige d’un versant à l’autre, et des températures douces la tassent peu à peu. Résultat : la cime monte ou descend de plusieurs mètres d’une mesure à l’autre, sans que la montagne elle-même ne gagne ni ne perde un mètre de rocher.

Le Mont-Blanc grandit-il vraiment ?

Non, pas au sens où on l’entend d’habitude. Regardez la série des mesures modernes, lancées en 2001 par les géomètres-experts de Haute-Savoie. En 2007, le sommet atteignait 4 810,90 mètres, le plus haut chiffre de la série. En 2019, il n’était plus qu’à 4 806,03 mètres. En 2021, il remontait à 4 807,81 mètres. En 2023, il tombait à 4 805,59 mètres, le point le plus bas depuis 2001. Et ce mercredi, il remonte à 4 807,47 mètres. La courbe fait des zigzags. Elle ne dessine pas une pente.

Le chiffre ne mesure pas la montagne. Il mesure la neige posée dessus.

Les chiffres de 2026 ramènent aussi à une vieille référence. Entre 1892 et 1894, les cousins Joseph et Henri Vallot avaient mesuré le sommet à 4 807,20 mètres, avec les instruments de l’époque. La nouvelle mesure se situe 27 centimètres au-dessus. Après plus de cent trente ans d’instruments de plus en plus précis, on retombe presque au même point.

Est-ce que cette mesure dit quelque chose sur le climat ?

À elle seule, non. C’est le point sur lequel les géomètres-experts insistent à chaque campagne : leur métier, c’est de mesurer, pas d’interpréter. Une altitude en hausse ne veut pas dire que le climat se refroidit, comme une altitude en baisse ne prouverait pas à elle seule qu’il se réchauffe. Ce que la mesure raconte, c’est l’état de la calotte au moment précis de l’expédition, après les neiges et les vents des mois précédents. Pour parler du climat, les scientifiques ont besoin d’autre chose : des séries longues, des bilans de masse des glaciers, des températures relevées année après année. La mesure du Mont-Blanc y ajoute un point, un seul.

Alpinistes sur une arête enneigée du massif du Mont-Blanc Des alpinistes sur une arête du massif : pour eux, 1,88 mètre ne change rien à la montée.

Que change cette nouvelle mesure pour les randonneurs ?

Sur le terrain, rien. La voie normale reste la même, les refuges aussi, et la préparation que demande l’ascension ne change pas avec 1,88 mètre de plus. Ce qui change, c’est le chiffre de référence. Et pour les scientifiques, la série de mesures commencée en 2001 gagne un point de plus, un repère de plus pour suivre la calotte sommitale au fil des ans.

Ce qu’il faut retenir

  • Le chiffre à retenir : 4 807,47 mètres, annoncé le 14 octobre 2026 à Saint-Gervais-les-Bains.
  • L’écart avec 2023 : 1,88 mètre de plus, après un point bas à 4 805,59 mètres.
  • Le rocher, lui, reste à environ 4 792 mètres : c’est la neige qui bouge, pas la montagne.

La montagne n’a pas bougé. C’est la neige, le vent et le travail d’une trentaine de personnes qui ont déplacé le chiffre de 1,88 mètre.