Ce lundi 2 novembre, à Bercy, les ministres du Commerce et de l’Agriculture réunissent les acteurs des négociations commerciales qui fixeront vos prix alimentaires de 2027. Les distributeurs menacent de boycotter la réunion, les industriels dénoncent leur absence, et le gouvernement promet des directives pour tout le monde. Aucune hausse n’est décidée aujourd’hui, mais tout ce qui se jouera entre le 1er décembre et le 1er mars part de cet après-midi.
Ce lundi 2 novembre, les négociations commerciales ont rendez-vous à Bercy. Le comité préparatoire réunit cet après-midi les industriels de l’agroalimentaire et les distributeurs, sous l’égide de Serge Papin, ministre du Commerce et du Pouvoir d’achat, et d’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture. Prévue le 28 octobre, la réunion a été reportée parce que les deux ministres devaient siéger au Conseil des ministres, décalé ce jour-là. Un compte rendu à la presse est prévu à 18 heures.
Chaque année, du 1er décembre au 1er mars, les supermarchés et leurs fournisseurs fixent les tarifs auxquels les produits seront achetés, puis revendus en rayon. Les prix décidés cet hiver s’appliqueront à l’année 2027, pour les produits de marque. Les marques propres des distributeurs ne passent pas par cette négociation.
Ce que ça change pour vous : les quatre réponses
Combien ? Aucune hausse n’est décidée aujourd’hui. Les chiffres qui circulent sont des demandes, pas des tarifs. Le 14 octobre, Michel-Édouard Leclerc a averti que certains industriels réclameraient des hausses supérieures à 4 %. À titre d’ordre de grandeur, 4 % sur un panier de 100 euros, cela fait 4 euros. Les industriels invoquent leurs coûts : l’énergie a bondi de 16,7 % sur un an en août, et le prix repère du gaz a encore pris 6,6 % au 1er novembre.
Quand ? Les négociations s’ouvrent le 1er décembre et doivent s’achever au plus tard le 1er mars 2027. Pour les fournisseurs de moins de 350 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel mondial, la date butoir est le 31 janvier. Les nouveaux tarifs entreront en vigueur au printemps.
Qui est concerné ? Tous les clients des supermarchés qui achètent des produits de marque. Les agriculteurs aussi, par ricochet : ces négociations sont régulièrement accusées de mettre sous pression leur rémunération. C’est le point sur lequel les distributeurs disent vouloir des garanties.
Que faire ? Rien d’immédiat, et surtout ne pas anticiper une hausse qui n’existe pas encore. Le réflexe utile, cet hiver, sera de comparer : les marques propres, qui échappent à cette négociation, resteront un repère de prix. Le vrai rendez-vous pour votre budget, c’est le 1er mars, quand les accords seront signés.
Le ministère de l’Économie et des Finances, à Bercy, où se tient la réunion préparatoire de ce lundi 2 novembre.
Négociations commerciales 2 novembre : pourquoi les distributeurs menacent de boycotter
La Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui représente E.Leclerc, Carrefour et Intermarché, avait annoncé qu’elle ne participerait pas à ce comité tant que deux exigences ne seraient pas reconnues par tous. D’abord, la transparence sur les coûts de la matière première agricole : les distributeurs veulent savoir précisément quel poids pèse la matière première dans les tarifs demandés. Ensuite, un traitement différencié pour les PME, dont la fragilité financière n’a rien à voir avec celle des multinationales.
Lundi matin, sur Radio Classique, la déléguée générale de la FCD, Judith Jiguet, n’a pas fermé la porte. Elle a dit vouloir sortir de réunions sans décision, tout en précisant que l’absence des distributeurs n’était pas encore actée et que la fédération disposait de toute la matinée pour se décider.
« On aimerait y participer. C’est juste qu’on veut sortir de ces réunions qui sont un théâtre et des postures où on ne prend aucune décision. »
Le gouvernement veut imposer son tempo. Il y a deux semaines, il a annoncé vouloir réunir les parties prenantes en amont, en vue d’un « pacte de responsabilité ». Dimanche, le cabinet de Serge Papin a expliqué que les directives concerneraient l’ensemble des acteurs, avec un objectif affiché : « la recherche d’un équilibre entre le pouvoir d’achat des Français et une inflation importée qui pénalise nos agriculteurs et nos PME ».
Ce que les industriels répondent : marges des multinationales contre « cynisme »
Dans un communiqué commun, l’Ania, l’Ilec, Culture Viande, La Coopération agricole et les industries avicoles ont fustigé l’absence de la FCD, estimant qu’elle leur « évite surtout d’avoir à rendre compte de leurs propres pratiques ». Le président de l’Ania, Jean-François Loiseau, avait déjà dénoncé un « cynisme » qui « dépasse la décence ».
La FCD est arrivée lundi avec une étude du cabinet Asterès, publiée le jour même : les multinationales qui fournissent la grande distribution, Coca-Cola, Danone ou L’Oréal par exemple, ont dégagé une marge nette moyenne de 13 % entre 2017 et 2025, contre 3,5 % pour l’ensemble de l’industrie agroalimentaire française entre 2018 et 2024. Judith Jiguet en tire une conclusion chiffrée : les trois quarts de ces négociations portent sur ces multinationales, et c’est là, selon elle, que l’effort peut être fait pour tenir à la fois des prix accessibles et la préservation des agriculteurs et des PME. L’Ania a répliqué que cette étude était « hors sujet ».
Les tarifs négociés cet hiver détermineront les prix en rayon des produits de marque pour toute l’année 2027.
Le calendrier qui décidera de vos prix
Trois dates à garder : le 1er décembre, ouverture des négociations ; le 31 janvier, date butoir pour les petits fournisseurs ; le 1er mars, fin des tractations pour les plus grands. Entre-temps, les distributeurs rappelleront que l’Insee voit le pouvoir d’achat baisser de 0,4 % en 2026. Carrefour, de son côté, s’est vu infliger une amende de 6,1 millions d’euros pour non-respect de la date butoir, et la répression des fraudes examine les contrats de 260 fournisseurs.
À 18 heures, les cabinets des deux ministres doivent rendre compte à la presse de la réunion de l’après-midi. On saura alors si les distributeurs sont venus, et si le « pacte de responsabilité » annoncé il y a deux semaines a pris une forme concrète. D’ici là, une chose est sûre : la bataille des prix de 2027 ne se jouera pas en rayon, mais autour d’une table, entre le 1er décembre et le 1er mars.
