Un pesticide homologué aujourd’hui resterait autorisé pour toujours, sans jamais être réexaminé. C’est exactement ce que prévoit le projet européen contre lequel des milliers de personnes descendent dans la rue ce week-end, casseroles en main.

Samedi 10 et dimanche 11 octobre, des rassemblements « bruyants » sont annoncés dans une cinquantaine de villes de France, de Paris à Lyon et Marseille. Leur mot d’ordre : « Pesticides à vie ? Non merci ! ». À l’appel de plus de 100 organisations, des milliers de citoyens veulent faire reculer un projet de loi européen qui changerait profondément les règles d’autorisation des pesticides. Voici ce que contient vraiment l’« omnibus pesticides », et ce qu’il changerait pour vous.

Qu’est-ce que l’« omnibus pesticides » ?

Derrière ce nom technique se cache un projet de règlement porté par la Commission européenne, présenté comme un paquet de « simplification » de la réglementation sur la sécurité des aliments. Les associations l’appellent l’« omnibus pesticides » (ou « omnibus X »).

Sa mesure la plus contestée : supprimer le système actuel de réexamen périodique des autorisations de mise sur le marché des pesticides. Concrètement, les substances actives bénéficieraient d’une autorisation illimitée dans le temps, sans obligation de les réévaluer à la lumière des nouvelles connaissances scientifiques. Seules les substances les plus dangereuses, classées cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, échapperaient à ce régime.

Aujourd’hui, les fabricants doivent se soumettre tous les dix à quinze ans à une réévaluation des risques de leurs molécules pour obtenir le renouvellement de leur autorisation. Selon l’association Générations Futures, ce sont 90 % des substances actives qui basculeraient dans l’autorisation à vie.

Tracteur procédant à l’épandage de pesticides dans un champ Un épandage de pesticides dans un champ : aujourd’hui, chaque substance doit être réévaluée tous les dix à quinze ans pour rester autorisée.

Pourquoi les associations parlent-elles d’un « recul de plusieurs décennies » ?

Parce que c’est grâce à ces réexamens réguliers qu’une trentaine de pesticides ont été retirés du marché en quinze ans, selon Le Monde. L’association Générations Futures cite le chlorpyrifos (neurotoxique) et le mancozèbe (perturbateur endocrinien) : sans les réévaluations périodiques, ces substances seraient encore utilisées aujourd’hui.

« Les mesures proposées dans cet Omnibus nous ramènent des décennies en arrière, en défaisant des protections imparfaites mais durement acquises. » — La coalition contre l’omnibus pesticides

Le texte contiendrait aussi d’autres assouplissements plus discrets, listés par Greenpeace : des périodes de grâce allongées (une substance interdite pourrait continuer à être utilisée plus longtemps), des dérogations d’usage facilitées, une moindre prise en compte de la littérature scientifique indépendante et la possibilité d’épandre par drone.

Plus de 400 substances actives sont actuellement autorisées dans l’Union européenne. La communauté scientifique alerte régulièrement sur leur rôle dans l’augmentation de certaines pathologies, notamment des cancers et des maladies neurodégénératives, ainsi que sur leurs effets sur la biodiversité.

Ce que ça change pour vous, concrètement

Vous n’êtes pas agriculteur ? Ce texte vous concerne quand même, par trois canaux.

Votre assiette. Des autorisations sans limite de durée signifient des résidus de pesticides qui pourraient persister plus longtemps dans les fruits, les légumes et les céréales, sans réévaluation régulière de leurs effets sur la santé.

Votre eau. Les pesticides finissent dans les nappes phréatiques et les cours d’eau. Moins de réexamens, c’est moins de chances de retirer à temps les substances qui contaminent l’eau potable.

Votre jardin et vos abeilles. Les jardiniers amateurs français n’ont plus le droit d’utiliser des pesticides de synthèse depuis 2019. Mais les abeilles, elles, butinent aussi les champs voisins : les insecticides restent l’une des causes du déclin des pollinisateurs, dont dépend une grande partie de notre alimentation.

Une abeille butinant une fleur Les pollinisateurs, dont les abeilles, restent exposés aux pesticides utilisés dans les champs voisins.

Où et quand manifester ce week-end ?

Une semaine après la grande marche de Normandie, qui avait réuni plusieurs milliers de personnes près d’une usine du fabricant Syngenta dans l’Eure, la mobilisation repart. Voici quelques-uns des rassemblements annoncés :

  • Paris : samedi 10 octobre, 11h, place de l’Europe – Simone Veil (8e arrondissement)
  • Lyon : samedi 10 octobre, 11h-15h, place de la République
  • Marseille : vendredi 9 octobre, 18h, sous l’Ombrière du Vieux-Port
  • Nantes : samedi 10 octobre, 11h, place de la Liberté à Treillières
  • Strasbourg : samedi 10 octobre, 10h-16h, place Kléber
  • Besançon : samedi 10 octobre, 18h, place Pasteur

Les organisateurs invitent chacun à venir avec ses casseroles : l’idée est de faire du bruit pour se faire entendre jusqu’à Bruxelles.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Le vote du texte au Parlement européen était prévu fin octobre 2026. Il a déjà été repoussé une première fois, et les associations y voient le résultat direct de la mobilisation citoyenne. Rien n’est donc joué : les eurodéputés devront encore se prononcer, et la coalition demande leur rejet pur et simple du texte.

Ce week-end de mobilisation est présenté comme le premier acte d’une campagne plus longue. Les collectifs annoncent déjà un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg le jour du vote, avec le même mot d’ordre : casseroles et banderoles.

Reste une question, posée par des milliers de manifestants ce week-end : veut-on vraiment des pesticides autorisés à vie ?