Vendredi 9 octobre, l’ONU a dit suivre « avec inquiétude » les manifestations lycéennes en France. Le même jour, la Chancellerie comptait 6 877 gardes à vue depuis la rentrée, dont 86 % de mineurs. Si votre adolescent manifeste, voici ce que vous devez vraiment savoir.
C’est à Genève, vendredi 9 octobre, que l’affaire a changé de dimension. Shabia Mantoo, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, a déclaré suivre « avec inquiétude » les incidents liés aux manifestations des lycéens en France. Si votre adolescent manifeste, la question que vous vous posez sûrement : que faire si mon enfant est placé en garde à vue ? Voici les réponses, avec les faits.
« Nous suivons avec inquiétude les incidents liés aux manifestations étudiantes en France, dont certains ont dégénéré en violences. »
La déclaration suit la saisine de l’ONU par la Ligue des droits de l’homme, qui dénonce une « répression sans précédent », et le rappel du porte-parole du secrétaire général de l’ONU : chacun a le droit de manifester pacifiquement. À Genève, Mme Mantoo a appelé chacun à veiller à ce que les rassemblements restent pacifiques et à ce que les forces de l’ordre ne recourent pas de manière disproportionnée à la force : le droit de réunion pacifique, a-t-elle insisté, « doit être respecté ».
Ce que ça change pour vous, parents
Ce qui frappe, ce sont les chiffres. Depuis la rentrée, le ministère de la Justice recense 6 877 personnes placées en garde à vue, dont 5 890 mineurs, soit 86 %. Les parquets ont engagé des poursuites contre 2 376 d’entre elles, dont 1 923 mineurs : environ un mineur gardé à vue sur trois se retrouve devant la justice. Vingt et une personnes ont été placées en détention provisoire, dont six mineurs.
Et les parents ne sont pas de simples spectateurs : le garde des sceaux, Gérald Darmanin, a demandé aux parquets d’engager la responsabilité civile des parents des mineurs auteurs de dégradations, en vertu de la loi du 23 juin 2025. Les parents doivent, selon lui, se montrer « solidaires financièrement » des dégradations commises par leurs enfants.
Une interpellation lors d’une manifestation à Paris : les forces de l’ordre sont en première ligne face aux blocages lycéens.
Trois semaines de tension, les faits
Le mouvement a commencé à la mi-septembre. Les lycéens réclament davantage de moyens pour l’Éducation nationale, plus d’enseignants, des classes moins chargées, des bâtiments rénovés et la fin de la sélection par Parcoursup.
Le 6 octobre, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) avait déjà tiré la sonnette d’alarme : elle dénonce des interventions policières qu’elle juge manifestement disproportionnées et réclame une désescalade.
Le bilan humain est lourd des deux côtés : 190 élèves blessés selon le ministre Édouard Geffray, dont un lycéen de 15 ans qui a eu la main arrachée à Lens et un autre, de 16 ans, éborgné à Tours ; 761 membres des forces de l’ordre blessés au 7 octobre selon le syndicat UN1TE. Plus d’une vingtaine d’enquêtes ont été confiées à l’IGPN, dont une ouverte vendredi après la diffusion d’une vidéo montrant un policier asséner un coup de genou à un manifestant place de la Bastille.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a jugé « excessif de parler de répression policière » : selon lui, les forces de l’ordre n’interviennent pas lorsque les lycéens manifestent pacifiquement. La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a qualifié les interpellations d’« inédites ».
Quels droits a un mineur placé en garde à vue ?
La garde à vue des mineurs n’est pas celle des adultes : le Code de la justice pénale des mineurs prévoit des règles qui varient selon l’âge.
Pour les 10 à 12 ans, on parle de « retenue » : 24 heures maximum, et les parents sont obligatoirement prévenus dès le début. Pour les 13 à 15 ans, 48 heures maximum. Pour les 16 à 17 ans, jusqu’à 72 heures. Pendant toute la mesure, les interrogatoires sont filmés et enregistrés, et l’assistance d’un avocat est obligatoire de 10 à 16 ans. En dessous de 16 ans, un examen médical est obligatoire.
À l’issue, le mineur est soit remis en liberté, l’enquêteur appelant le représentant légal pour venir le chercher, soit déféré devant le juge des enfants. Une prolongation de 24 heures n’est possible que pour les infractions punies d’au moins 5 ans de prison, avec une présentation au magistrat.
Un cortège de jeunes manifestants : le mouvement lycéen mobilise des dizaines de milliers d’élèves depuis la mi-septembre.
Que faire si votre enfant est interpellé pendant une manifestation ?
Voici les réflexes recommandés par les avocats pénalistes :
- Exigez d’être prévenu immédiatement. Pour les moins de 16 ans, c’est un droit : les parents sont informés dès le début de la mesure.
- Faites appeler un avocat. Il est obligatoire jusqu’à 16 ans et peut être sollicité dès le début.
- Demandez un examen médical. Il est obligatoire pour les moins de 16 ans ; au-delà, exigez-le si votre enfant est blessé ou choqué.
- Notez les heures et les faits. Heure de l’interpellation, durée des auditions : tout ce qui permet de vérifier que les délais ont été respectés.
- Préparez les documents scolaires. Bulletins et attestations éclairent le juge sur la situation de votre enfant.
Rappelez-vous qu’un mineur peut être placé en garde à vue sans avoir commis de dégradations : la simple présence lors d’un blocus qui dégénère suffit parfois. Pendant que l’ONU pose la question à voix haute : combien de temps répondra-t-on par des gardes à vue à la colère de ses enfants ?
