Vendredi 2 octobre, Marie-Pierre Vedrenne a annoncé au Figaro la généralisation de la suspension du permis pour téléphone au volant. Une instruction signée le 29 septembre demande aux préfets de l’appliquer partout en France. Le simple fait de tenir son téléphone en main suffit désormais à risquer une suspension.

Jeter un œil à un message reçu au feu rouge, répondre vite à un appel, vérifier l’itinéraire à la main : ces gestes que près de huit Français sur dix reconnaissent faire au volant viennent de changer de statut. Vendredi 2 octobre, la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, Marie-Pierre Vedrenne, a annoncé dans Le Figaro que la suspension du permis pour téléphone au volant était désormais généralisée à l’ensemble du territoire. Jusqu’ici, seuls une vingtaine de départements appliquaient la mesure. Une instruction conjointe signée le 29 septembre par Laurent Nuñez et Marie-Pierre Vedrenne demande maintenant à tous les préfets de la prononcer, au cas par cas.

Le point de bascule tient en une phrase de la ministre : « Le simple fait de tenir son téléphone à la main, sans que cela n’entraîne un excès de vitesse ou toute autre infraction, pourra désormais entraîner une suspension administrative du permis ». Plus besoin d’être pris en excès de vitesse ou en franchissement de ligne en même temps. Le téléphone tenu en main, seul, suffit.

Conducteur consultant son téléphone au volant Un automobiliste consulte son téléphone en conduisant : un geste banal, désormais sanctionné par une suspension possible du permis.

« Cette suspension concernera M. et Mme Tout-le-Monde »

Marie-Pierre Vedrenne assume une cible large. Interrogée par Le Figaro, elle affirme que la mesure s’adresse à l’ensemble des conducteurs, pas à une frange de récidivistes. La justification chiffrée est lourde : en 2025, 3 515 personnes ont perdu la vie sur les routes de France, et la ministre rappelle que près de 80 % des Français admettent manipuler leur téléphone en conduisant. La Sécurité routière, elle, évalue le risque : téléphoner au volant multiplie par trois le risque d’accident, et jusqu’à vingt-trois fois quand il s’agit de lire un SMS.

« Vous pouvez avoir sur la conscience une mort, tout ça parce que vous avez voulu envoyer un SMS. » — Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée chargée de la Citoyenneté

La suspension du permis pour téléphone au volant n’est ni automatique ni immédiate

Attention à ne pas surinterpréter l’annonce. La suspension ne tombe pas sur le bord de la route. Le policier ou le gendarme qui constate l’infraction dresse le procès-verbal, mais c’est le préfet qui décide, ensuite, de prononcer ou non une suspension administrative, et qui en fixe la durée. Le Journal des Français précise qu’elle est « notifiée à l’automobiliste », et ne résulte pas d’une décision prise sur place par les forces de l’ordre.

La durée se décide au cas par cas. Dans les départements qui appliquaient déjà le dispositif, la suspension était généralement fixée autour de quinze jours, avec une fourchette pouvant aller de quinze jours à six mois selon les circonstances. Et la suspension ne remplace pas le reste : l’amende forfaitaire de 135 € et le retrait de 3 points sur le permis, prévus par l’article R412-6-1 du Code de la route pour l’usage d’un téléphone tenu en main, restent pleinement applicables. Les trois sanctions peuvent donc se cumuler.

Les Landes, laboratoire de la mesure : 300 permis suspendus en trois mois

Le gouvernement ne part pas de zéro. Dans les Landes, où le dispositif est en vigueur depuis novembre 2025, environ 300 permis ont été suspendus au cours des trois premiers mois d’application, selon Le Monde. Le ministère de l’Intérieur assure que l’usage visible du téléphone au volant y a reculé de 12 % sur la période. C’est ce bilan qui a servi de vitrine à la généralisation, le gouvernement défendant une réponse « ferme, lisible et proportionnée » destinée à provoquer une prise de conscience plutôt qu’à « sanctionner pour sanctionner », selon les mots de la ministre au Huffington Post.

Comment éviter la suspension : quatre réflexes simples

La règle est simple à retenir : tout ce qui évite le téléphone tenu en main évite la sanction. Quatre réflexes suffisent :

  • Brancher le Bluetooth ou le CarPlay avant de démarrer, et piloter à la voix.
  • Laisser le téléphone hors de portée, dans la boîte à gants ou le sac à l’arrière.
  • En cas d’appel ou de message vraiment urgent : se garer avant de répondre.
  • Ne jamais tenir le smartphone en main, même en mode GPS : c’est bien le fait de le tenir qui est visé.

Autoroute française à la campagne Sur autoroute comme en ville, la suspension administrative peut désormais être prononcée partout en France.

Le kit mains libres et le Bluetooth intégré restent en dehors du coup : la mesure vise le téléphone tenu en main. Reste que le geste le plus dangereux, lire un message, est aussi celui qui multiplie le plus le risque d’accident. Sur la route, la minute d’inattention coûte désormais bien plus qu’une amende.