Ce lundi soir, le ministère de l’Éducation nationale ouvre sa « plateforme de concertation » à tous les lycéens de France. Deux questions, des réponses possibles jusqu’au vendredi 16 octobre, et une promesse : que chaque contribution soit lue, analysée et publiée.

Ce que ça change pour vous, si vous êtes lycéen

« Tous les élèves de France » pourront répondre, à titre individuel ou en groupe, et de façon « territorialisée », c’est-à-dire en rattachant leur réponse à leur établissement ou leur académie. C’est la promesse faite vendredi par Édouard Geffray, après avoir reçu les représentants des syndicats lycéens.

Les deux questions sont d’une simplicité assumée : « Quelles sont vos difficultés ? » et « Quelles sont vos attentes ? » La plateforme ouvre dès ce lundi soir et restera accessible jusqu’au vendredi 16 octobre. Le ministre assure que les réponses seront analysées avec l’aide de l’intelligence artificielle, puis publiées. Une « restitution nationale » suivra au retour des vacances de la Toussaint, pour « apporter des réponses structurées ».

Si votre lycée est bloqué ce lundi, si vos cours sautent faute de remplaçant, c’est le canal officiel que le gouvernement vous propose pour le dire.

Des élèves en classe Tous les lycéens de France, comme ces élèves en classe, sont invités à répondre aux deux questions de la plateforme jusqu’au 16 octobre.

Une semaine sous haute tension : comment on en est arrivé là

  • Mi-septembre. Les premiers blocages apparaissent dans des lycées de banlieue parisienne. Les revendications sont déjà claires : classes surchargées, professeurs absents non remplacés, bâtiments vétustes.
  • Mercredi 30 septembre. En conférence de presse, Édouard Geffray et Laurent Nuñez annoncent la création prochaine de cette plateforme, « lundi, ou mardi matin au plus tard ». Ce jour-là, 356 établissements sont touchés et 625 personnes sont interpellées.
  • Jeudi 1er octobre. Le ministre rencontre des lycéens élus du conseil académique de la vie lycéenne à Versailles. À Tours, un jeune homme est blessé à la tête, hospitalisé pour des lésions « compatibles » avec un tir de LBD.
  • Vendredi 2 octobre. Geffray reçoit trois syndicats lycéens et annonce un plan d’action pour accélérer les remplacements, en priorité dans les classes à examen. 735 établissements sont perturbés. Le projet de budget 2027, avec ses suppressions de postes annoncées, donne un nouveau motif de colère. Les syndicats, déçus, appellent à un « acte III » mardi.
  • Samedi 3 octobre. Le bilan s’alourdit : 1 747 interpellations vendredi, plus de 5 000 depuis lundi, dont 85 % de mineurs. Les régions chiffrent les dégradations : 7 millions d’euros en Île-de-France, 25 à 30 millions en Auvergne-Rhône-Alpes.
  • Dimanche 4 octobre. Le ministre annonce la suspension des cours dans 400 à 500 lycées ce lundi. Depuis le début du mouvement, 24 établissements ont été incendiés ou saccagés et 78 personnels de l’Éducation nationale blessés.
  • Lundi 5 octobre. La plateforme de concertation ouvre. Elle était annoncée, elle est là.

Pourquoi le ministre parie sur cette plateforme

Édouard Geffray veut offrir aux lycéens un « cadre démocratique organisé » pour exprimer leurs revendications. Le Huffington Post y voit un écho aux « cahiers de doléances » des Gilets jaunes, huit ans plus tard, avec une différence de taille : le ministre promet cette fois la publication des résultats.

La plateforme n’arrive pas seule. Le ministre a aussi annoncé un plan d’action pour « accélérer » le remplacement des professeurs absents, des échanges avec les collectivités sur l’état des bâtiments, et un « travail de fond » sur les rythmes scolaires, en reconnaissant qu’aucune décision ne serait possible pour la rentrée 2027.

La question que les syndicats posent depuis vendredi tient en une phrase : une consultation peut-elle remplacer des mesures ?

Les syndicats lycéens y croient-ils ?

Pas vraiment. Louis Letoublon, vice-président de l’organisation Les lycéens !, a salué « l’écoute » du ministre tout en regrettant l’absence de mesures immédiates. Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne, est allé plus loin : « Nous avons dépassé une ligne rouge », a-t-il déclaré, appelant à poursuivre la mobilisation.

« Chers lycéens, je peux vous dire que vous êtes écoutés, que vous êtes entendus et que vous êtes crus. »

C’est par ces mots qu’Édouard Geffray a conclu vendredi. Les organisations lycéennes, elles, ont quitté le ministère en appelant à « l’acte III ».

Des manifestants avec des banderoles demandant plus de moyens pour les lycéens « Plus de moyens pour les lycéens » : les banderoles résument les revendications que la plateforme est censée recueillir.

Et demain ? L’acte III se prépare pour mardi

Mardi 6 octobre, une troisième journée d’action est annoncée, avec une grande manifestation nationale. Une large intersyndicale de l’Éducation nationale (FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, SUD, Solidaires) a appelé à y participer, « y compris par la grève ». La CGT a fait savoir qu’elle serait « aux côtés » des lycéens, et des appels à des blocages quotidiens circulent sur les réseaux sociaux.

Participer, en trois gestes

  • Mettre des mots sur votre quotidien. Classes bondées, heures de permanence faute de remplaçant, salles en mauvais état : ce sont les sujets que le mouvement a mis sur la table depuis trois semaines.
  • Répondre seul ou en groupe. La plateforme accepte les contributions individuelles et collectives, de façon territorialisée. Parlez-en avec vos camarades : une réponse collective porte plus loin qu’un avis isolé.
  • Surveiller la suite. La restitution nationale est prévue au retour des vacances de la Toussaint. C’est là que le ministre devra dire ce qu’il fait des réponses reçues.

Deux questions, posées à des centaines de milliers de lycéens, pendant que les grilles se rouvrent et que les cortèges de mardi se préparent. Les réponses arriveront vite. Reste à voir ce que le ministère en fera.