Un Français sur dix affiche encore un sentiment positif sur son pouvoir d’achat. Les autres, 89 %, disent l’inverse : fins de mois qui ne bouclent pas, épargne qui fond, vacances reportées à plus tard. Le nouveau baromètre OpinionWay pour Bonial, publié le 9 octobre, photographie une fatigue très concrète des portefeuilles.
Le baromètre du pouvoir d’achat et des fins de mois d’octobre 2026 est sans appel : 39 % des Français n’arrivent plus à boucler leurs fins de mois. L’enquête OpinionWay pour Bonial, 15e vague, a interrogé 1 001 personnes représentatives de la population adulte les 9 et 10 septembre, au moment où l’inflation repartait à la hausse, tirée par les prix des carburants. Les réponses ont empiré depuis mai : 89 % expriment désormais un sentiment négatif sur leur pouvoir d’achat, contre 86 % cinq mois plus tôt. L’inquiétude domine (53 %), devant le mécontentement (39 %) et l’impuissance (32 %). Seuls 15 % se déclarent encore positifs, quatre points de moins qu’en mai.
Derrière les pourcentages, il y a les comptes du mois. 46 % des sondés estiment que leurs revenus ne leur permettent plus de vivre décemment, cinq points de plus qu’en mai. Pour tenir, 42 % ont dû puiser dans leur épargne pour couvrir les dépenses courantes, une érosion directe du matelas de sécurité des ménages.
Pourquoi les fins de mois coincent-elles autant en octobre ?
La réponse tient en deux postes de dépenses. D’abord les charges incompressibles : 78 % des Français constatent une forte hausse des dépenses contraintes, le logement, l’énergie et les transports en tête. Quand le loyer, l’électricité et le plein augmentent en même temps, c’est l’argent des loisirs et des projets qui disparaît en premier. Ensuite l’alimentation : 75 % des sondés observent une hausse des prix alimentaires, et le panier du supermarché est devenu l’endroit où la perte de pouvoir d’achat se voit le plus vite.
Les factures passées au crible, à la cuisine : 42 % des Français ont dû puiser dans leur épargne pour couvrir leurs dépenses mensuelles.
Le sentiment ne tombe pas du ciel. L’Institut français d’économie, dans des calculs réalisés pour Le Monde, chiffre la perte de pouvoir d’achat depuis 2024 à 1 200 euros en valeur réelle pour une famille de deux adultes et deux enfants, et 600 euros pour une personne seule. Le pouvoir d’achat par unité de consommation a reculé de 0,7 % en 2025, et un nouveau recul de 0,7 % est déjà acquis pour 2026 : c’est seulement la troisième fois depuis 1960 que la France perd du pouvoir d’achat deux années de suite, après le tournant de la rigueur de 1983-1984 et la période 2010-2013. Depuis 2019, l’inflation a augmenté de 21,3 % pendant que les salaires ne progressaient que de 18,7 %.
Une famille de deux adultes et deux enfants a perdu 1 200 euros en valeur réelle depuis 2024. Pour une personne seule, la perte atteint 600 euros, selon les calculs de l’Institut français d’économie réalisés pour Le Monde.
Vacances de la Toussaint : un Français sur deux renonce déjà
La privation n’est plus théorique. 54 % des sondés déclarent ne pas pouvoir s’offrir de vacances et 57 % renoncent aux petits plaisirs du quotidien. Les trois quarts, 76 %, disent ne pas pouvoir investir. À une semaine des vacances de la Toussaint, qui commencent le 17 octobre, le départ en vacances est devenu un luxe pour une moitié du pays.
Le panier du supermarché, là où la perte de pouvoir d’achat se voit le plus vite : 75 % des Français constatent la hausse des prix alimentaires.
Pouvoir d’achat : ce que font déjà des millions de Français pour boucler leurs fins de mois
Le baromètre ne mesure pas seulement le découragement, il photographie les stratégies de survie budgétaire. Voici ce que les Français déclarent faire, chiffres à l’appui :
- 63 % se sont limités au strict minimum le mois dernier, une discipline de dépenses devenue la norme ;
- 70 % se sont montrés plus vigilants que d’habitude sur leurs dépenses, en scrutant chaque ticket de caisse ;
- 60 % ont reporté un achat ou un projet prévu, et pour 54 % d’entre eux ce report est devenu un renoncement définitif ;
- 42 % ont puisé dans leur épargne pour boucler le mois, au lieu de la reconstituer ;
- les postes les plus arbitrés sont les courses alimentaires, les déplacements et les achats non essentiels, alors que les prix des carburants repartent à la hausse.
Ces chiffres rejoignent une réalité que beaucoup connaissent déjà : quand les dépenses contraintes gonflent, le « reste à vivre » fond plus vite que le salaire. Reste la question que le baromètre pose sans y répondre : combien de temps un pays peut-il tenir en puisant dans son épargne pour payer les factures ?
