Ils ont choisi le jour où le budget se débat à l’Assemblée pour frapper fort. Quatre-vingts présidentes et présidents d’université demandent 1 milliard d’euros supplémentaires dès 2027 pour sauver l’enseignement supérieur public. Voici, ligne par ligne, ce que ce milliard changerait concrètement pour les étudiants.
Quatre-vingts présidentes et présidents d’université ont publié ce mardi 20 octobre un manifeste qui sonne comme un ultimatum : 1 milliard d’euros supplémentaires dès 2027 pour l’enseignement supérieur public. Le texte, porté par l’association France Universités, tombe en pleine discussion du budget à l’Assemblée. Et il ne mâche pas ses mots : « la situation est grave ».
« Combien de violences faudra-t-il subir pour que nous puissions recommencer à aller de l’avant ? » écrivent les signataires, d’habitude plus mesurés, en référence aux dégradations et aux blocages qui secouent les campus. France Universités alerte depuis des années sur la dégradation des conditions d’études et de travail. Aujourd’hui, l’association dit que la limite est atteinte : « Nous n’avons tout simplement plus les moyens de mener à bien nos missions de service public. »
Ce que ça changerait pour vous, concrètement
Combien ? Un milliard d’euros dès 2027, réparti ainsi : 340 millions pour revaloriser les bourses sur critères sociaux, 500 millions pour le fonctionnement des universités, 200 millions de fonds d’urgence pour les campus. À partir de 2028, un grand plan d’investissement immobilier d’un milliard d’euros par an prendrait le relais, pour rénover les bâtiments et les adapter à la chaleur d’été.
Quand ? Rien n’est voté : c’est une demande, pas une décision. Les arbitrages se joueront dans la loi de finances 2027, examinée par les députés en ce moment même. Si le gouvernement suit, les premiers effets se feraient sentir dès 2027.
Qui est concerné ? Les étudiants boursiers d’abord : montants revalorisés, accès élargi. Les futurs étudiants ensuite, avec 20 000 places en plus. Les personnels, avec la fin du gel des emplois. À l’inverse, l’enseignement privé lucratif perdrait ses aides à l’apprentissage.
Que faire ? Pour l’instant, rien : aucune démarche, aucun dossier à déposer. Le texte s’adresse au gouvernement, pas aux étudiants. Reste à suivre les arbitrages du budget dans les prochaines semaines.
Un amphithéâtre plein à l’université : les présidents demandent 20 000 places supplémentaires.
Où irait ce milliard, précisément ?
Le manifeste détaille trois priorités, chiffrées au million près :
- La précarité étudiante : 340 millions. Une réforme des bourses sur critères sociaux : montants revalorisés, meilleure progressivité, accès élargi. C’est la première urgence citée.
- Les moyens des universités : 500 millions récurrents. Pour compenser des décisions de l’État payées par les établissements : 200 millions pour les mesures salariales et la hausse du CAS Pensions, 90 millions pour les recrutements et les carrières, 30 millions pour la réforme des études de santé, 80 millions pour 20 000 places en plus, 100 millions pour la nouvelle contractualisation État-universités.
- Les campus : 200 millions dès 2027. Un fonds d’urgence qui amorcerait un nouveau plan Campus : rénovation énergétique, adaptation aux canicules, modernisation des espaces pédagogiques.
« Nous n’avons tout simplement plus les moyens de mener à bien nos missions de service public et de tenir la promesse républicaine de l’égalité des chances. »
Pourquoi les présidents d’université réclament-ils 1 milliard d’euros ?
Le calendrier n’a rien d’un hasard. Les Assises du financement des universités, conclues en 2026, avaient déjà estimé qu’une correction structurelle d’un milliard d’euros des dotations de fonctionnement était nécessaire. Depuis, la crise étudiante a explosé : mobilisations, blocages de campus, violences verbales et dégradations. Le 18 octobre, Emmanuel Macron a proposé des discussions avec les corps intermédiaires. Le manifeste répond : « une première étape », mais « pas suffisante ».
Les présidents veulent plus large : des « états généraux de la jeunesse », associant jeunes, citoyens et experts, pour débattre des grands choix à quelques mois de la présidentielle de 2027.
Les universités disent ne plus avoir les moyens de leurs missions de service public.
Comment l’État pourrait-il payer ?
Les signataires proposent aussi deux pistes de financement, jugées « aisément mobilisables ». D’abord, une réforme paramétrique du crédit d’impôt recherche, qui coûte près de 8 milliards d’euros par an à l’État. Ensuite, la suppression des aides publiques à l’apprentissage pour l’enseignement privé lucratif.
Ce second point vise juste. La Cour des comptes estime à 1,5 milliard d’euros par an les aides publiques versées au secteur privé lucratif, et entre 40 % et 70 % du chiffre d’affaires des écoles privées lucratives proviendrait de fonds publics.
Les bourses vont-elles vraiment augmenter ?
Soyons clairs : pas encore. Le manifeste est une revendication adressée au gouvernement, pas une mesure votée. La réforme des bourses est un vieux serpent de mer : un premier pas avait été fait en 2022, qui devait amorcer une grande réforme. Elle n’a jamais vu le jour. Cette fois, les présidents chiffrent la facture à 340 millions d’euros et demandent des montants revalorisés, une meilleure progressivité et un accès élargi. La balle est désormais dans le camp du gouvernement, et les députés qui votent le budget en ce moment même.
