Jeudi 8 octobre, devant des centaines d’éleveurs réunis à Cournon-d’Auvergne, la ministre de l’Agriculture a dégainé une annonce à 2 milliards d’euros : des prêts à taux zéro pour acheter du fourrage et passer l’hiver. Mais l’argent n’est pas encore sur les comptes, et tout le monde n’y aura pas droit. Voici ce que l’on sait, chiffres à l’appui.

Jeudi 8 octobre, Annie Genevard est montée à la tribune du Sommet de l’élevage, à Cournon-d’Auvergne, dans le Puy-de-Dôme. Face à des éleveurs qui n’ont presque rien fauché depuis le printemps, la ministre de l’Agriculture a annoncé des prêts à taux zéro pour les agriculteurs frappés par la sécheresse, sur un encours pouvant atteindre 2 milliards d’euros. Objectif affiché : renflouer les trésoreries pour acheter du fourrage et des intrants, et tenir jusqu’au bout de l’hiver.

L’annonce ne tombe pas dans le vide. Un mois plus tôt, le gouvernement avait déjà dévoilé un plan d’urgence de plus d’un milliard d’euros, jugé insuffisant par les syndicats agricoles. Le déficit de pousse des prairies atteint cette année un niveau inédit, supérieur à celui de la canicule de 2003 : au 30 septembre, la pousse cumulée des prairies permanentes était de 42 % inférieure à la moyenne de référence, selon le service statistique du ministère. Les prairies n’ont quasiment pas poussé, et les éleveurs ont entamé les stocks de fourrage prévus pour l’hiver.

Des bottes de foin dans un champ : le fourrage que les prêts à taux zéro doivent permettre d’acheter Des bottes de foin en réserve : les prêts à taux zéro financeront l’achat de fourrage et d’intrants pour passer l’hiver.

Combien allez-vous vraiment économiser ?

Le mécanisme est simple. Les banques commercialisent déjà des prêts de trésorerie dits « sécheresse » à des taux réduits, autour de 2,5 %. L’État prendra à sa charge les intérêts restants, de façon à créer l’équivalent d’un prêt à taux zéro pour l’agriculteur. Le ministère donne un exemple précis : un exploitant qui souscrit un prêt à 2,5 % sur deux ans paiera zéro euro d’intérêts. Pour fixer les idées, sur 50 000 €, cela représente environ 2 500 € d’intérêts absorbés par l’État.

Attention toutefois à un point que la ministre n’a pas caché : il ne s’agit pas d’un chèque de 2 milliards versé aux exploitations. C’est un dispositif de financement, dont l’État prend en charge le coût des intérêts, chiffré par la FNSEA à environ 50 millions d’euros.

Qui peut en bénéficier ?

La mesure vise les exploitations touchées par la sécheresse, pour financer l’achat de fourrage et d’intrants. Les banques ont déjà lancé leurs propres offres : le Crédit agricole a débloqué 1,5 milliard dès septembre, le Crédit mutuel et les Banques populaires prêtent à 2,5 %.

« Ce plan n’était pas pour solde de tout compte », a déclaré la ministre devant les éleveurs réunis à Cournon-d’Auvergne, où une quarantaine de militants FNSEA et Jeunes Agriculteurs assistaient à son discours.

Un dispositif spécifique est prévu pour les jeunes agriculteurs récemment installés. Quand la banque accorde un report du remboursement du capital, l’État prendra en charge les intérêts et le surcoût liés à ce report. En revanche, comme souvent avec ces dispositifs, les fermes devront disposer d’une capacité d’endettement : pour les exploitations les plus endettées, les banques proposent des prêts de restructuration garantis par Bpifrance, un outil qui existe depuis dix-huit mois.

Quand le dispositif démarre-t-il ?

« Les premiers prêts pourront être décaissés en 2026 », a promis la ministre, sans préciser les montants ni l’outil budgétaire. Mais la prudence reste de mise : la mesure sera présentée sous forme d’amendement au projet de budget pour 2027, dont l’adoption est incertaine en l’absence de majorité au Parlement. La FNSEA, qui réclamait la mesure dans l’immédiat, reste sur ses gardes.

Des vaches dans une pâture : les éleveurs sont les premiers visés par le dispositif Les éleveurs, prioritaires du dispositif, ont entamé leurs stocks de fourrage avant l’hiver.

Comment en profiter : la marche à suivre

Pas de guichet unique encore ouvert, mais le chemin se dessine :

  • Parlez d’abord à votre banque : les prêts « sécheresse » à 2,5 % sont déjà commercialisés. La prise en charge des intérêts s’appliquera à ces financements.
  • Contactez votre chambre d’agriculture : elle accompagne les dossiers de trésorerie et vérifie votre éligibilité aux autres mesures.
  • Préparez vos justificatifs : pour les aides aux engrais, une facture non réglée ou un bon de commande suffit pour enregistrer la demande.
  • Ne traînez pas sur le guichet européen : le gouvernement presse les exploitants de déposer leurs dossiers, les 107 millions d’euros de crédits européens partant vite.

En parallèle, le gouvernement a débloqué 21 millions d’euros du fonds de réarmement agricole, mis 235 millions à la disposition des préfets, rouvert le guichet d’aide au gazole non routier jusqu’à fin décembre, et pris en charge 70 % des cotisations d’assurance-récolte. Une carte actualisée des pertes des prairies, contestée sur le terrain, sera publiée à la mi-octobre.

Pour les syndicats, le compte n’y est pas : la FNSEA évalue les pertes de l’été à 10 milliards d’euros. Le prêt à taux zéro aidera à passer l’hiver. Pour la suite, les éleveurs attendent le vote du budget, et avec lui, la preuve que l’annonce du 8 octobre n’était pas qu’un discours de salon agricole.